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Réconcilier patronat et salariés autour d’un projet de croissance

Posted by jeunempl sur octobre 25, 2011

Par Charbel Nahas (publié sur L’Orient le Jour)

« La compétitivité du Liban est en flagrant recul », note le ministre du Travail, Charbel Nahas. Analyse Patronat et salariés sont mécontents de la décision d’ajustement des salaires qui a été prise en Conseil des ministres. Cela était prévisible. Dès le départ, le Comité de l’indice des prix que je préside en tant que ministre du Travail a cherché à sortir du tête-à-tête dans lequel employeurs et employés ont été placés pour proposer une solution satisfaisant les revendications légitimes des deux parties, ainsi que celles de l’ensemble des Libanais, à travers une redéfinition des priorités de la politique économique et sociale de l’État. Les instances économiques en appellent aujourd’hui au dialogue pour la définition d’une politique « globale » dont la traduction doit se faire dans le budget pour l’année 2012. Je suis prêt à engager ce dialogue dans les plus brefs délais. En attendant, je pense utile de porter à la connaissance du public les propositions remises par le Comité de l’indice des prix dans son rapport au Conseil des ministres. Pour comprendre ces propositions, il est nécessaire au préalable de brosser le tableau de la situation de l’emploi, de l’inflation et de la répartition des richesses au Liban.

Forte inflation

Le niveau des prix a beaucoup augmenté. En valeur absolue, le taux d’inflation entre 1996 et 2011 a atteint les 100 %. Par comparaison avec le niveau des prix mondiaux, la hausse est supérieure de 21 % au Liban.
L’augmentation des prix des biens et services non échangeables (comme le transport, les télécommunications, l’enseignement, les loisirs, etc.) est le principal facteur de cette inflation sur le long terme. L’augmentation des prix alimentaires (et des produits ménagers en général) est restée relativement limitée jusqu’à ce que la crise alimentaire mondiale ne provoque leur flambée ces dernières années. Mais le fait que les prix de ces denrées augmentent trois fois plus au Liban que les moyennes mondiales révèlent bien que les causes de l’inflation sont internes.

Recul de la compétitivité de l’économie

La compétitivité du Liban est en flagrant recul. Entre 1991 et 2009, le taux de change réel a triplé suivant en cela la même augmentation que les dépôts bancaires. L’explication tient au fait que les flux de capitaux d’une abondance exceptionnelle dont a bénéficié le Liban ont surtout alimenté la consommation au détriment de l’investissement productif. En 17 ans, 147 milliards de dollars de capitaux nets sont entrés au Liban, ce qui représente 37 000 dollars par habitant. Par comparaison, l’Europe a reçu 170 milliards de dollars au titre du plan Marshall au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (les prix ont été ajustés pour la comparaison dans le temps). Pour la seule Allemagne, ces entrées de capitaux ont représenté 10 milliards de dollars, soit 210 dollars par habitant. Alors que l’Allemagne a réussi à orienter ces ressources pour faire de son économie l’une des plus productives au monde, le Liban, au contraire, a choisi la voie de la consommation, se contentant de consacrer dans l’immédiat après-guerre une toute petite part de ses capitaux à de l’investissement.

Une économie qui ne crée pas d’emplois

Le résultat est dramatique pour l’emploi : quelque 20 000 jeunes entrent tous les ans sur le marché du travail, mais, dans le meilleur des cas, seuls 3 000 de ces nouveaux entrants trouvent un emploi. Le taux de chômage est donc de 11 % malgré une forte émigration qui réduit de facto la taille de la population active : un demi-million de Libanais ont quitté le pays depuis la fin de la guerre empêchant le Liban de bénéficier de la dynamique de croissance majeure de la transition démographique qu’il est en train de vivre contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres pays.

Le salariat est loin d’être la forme d’organisation du travail majoritaire au Liban

L’écrasante majorité des entreprises sont des microentreprises familiales. Les effectifs de celles qui dépassent les 10 salariés sont d’à peine 150 000 personnes. Les salariés formels ne représentent que 29 % de la population active sachant que la moitié d’entre eux travaillent dans le secteur public.

La part des salaires dans le PIB est très faible

Le PIB nominal a exceptionnellement augmenté de 75 % entre 2006 et 2010 sous l’effet des afflux exceptionnels de capitaux enregistrés sur la période. Malgré cela, le revenu par habitant (à prix constants) reste aujourd’hui inférieur de 60 % par rapport à son niveau de 1973. Avant la guerre, le salaire minimum était plus élevé que le revenu moyen par habitant. Il est tombé sous ce seuil au fil des ans pour revenir à son niveau au cours des dernières années, si on y comptabilise les allocations diverses qui lui ont été ajoutées (transport, éducation). Quant au salaire moyen, il a reculé de 30 % par rapport au revenu par habitant. Résultat, la part des salaires dans le PIB est tombée à moins de 30 % alors qu’elle se situe aux alentours de 66 % dans les pays développés.

Une fiscalité qui décourage l’investissement productif

Les politiques budgétaires et monétaires qui ont été suivies au cours des dernières années n’ont pas corrigé ces évolutions. Au contraire. Le système fiscal actuel repose majoritairement sur la fiscalité indirecte qui vise la consommation et donc les catégories sociales au revenu faible ou moyen (plus de 80 % des recettes fiscales). Il concentre aussi la fiscalité directe sur les activités de production alors que les revenus des rentes (intérêts, plus-values foncières…) sont à peine voire pas du tout taxés. Pris globalement, le système fiscal est un poids pour l’économie productive, et un instrument majeur de l’allocation des ressources vers les secteurs peu productifs.

Propositions

– Intégrer au salaire nominal les différents ajouts qui lui ont été faits, notamment les indemnités de transport et d’éducation tout en clarifiant le mécanisme de constitution de provisions pour les indemnités de fin de service qui ne doit plus représenter un tel fardeau pour les entreprises.
– Après intégration des indemnités diverses, augmenter les salaires de 20 % (avec un plafond de 2,5 millions de livres).
– Annuler les cotisations salariales (2 %) et patronales (7 %) aux caisses d’assurance maladie et maternité.
Au total, l’augmentation de salaire serait donc de 31 % pour les bas salaires, ce qui permettrait au salaire moyen d’évoluer au même rythme que le revenu national par habitant.
– Élargir à tous les Libanais résidents le bénéfice de l’assurance médicale en transférant sur l’impôt le coût de ce dispositif.
Les conséquences sont multiples : on allège le poids des cotisations sociales assumées par les entreprises et donc le coût du travail, ce qui a un impact positif sur la production nationale et l’emploi ; en déchargeant les ménages des coûts de santé qu’ils assument aujourd’hui directement, on augmente automatiquement leur pouvoir d’achat et donc la demande de consommation ou la capacité d’épargne nationale.
Le choix de l’impôt devant financer le surcoût pour l’État lié à l’élargissement de la couverture santé n’est pas neutre. Celui qui s’impose est l’impôt sur la plus-value foncière, car il permet de corriger le déséquilibre fiscal qui oriente aujourd’hui les capitaux vers des placements spéculatifs au détriment des investissements productifs.
– Remplacer les indemnités de fin de service par un système de pensions de retraite.
– Limiter les effets de dumping sur le marché du travail de la main-d’œuvre immigrée à travers l’instauration de quotas par branches d’activité pour l’emploi des étrangers.
– Encourager l’emploi des jeunes à travers des exemptions d’impôt sur les bénéfices pendant deux ans aux entreprises qui embaucheront de nouveaux entrants sur le marché du travail.
– Conditionner les incitations fiscales et les crédits subventionnés à des objectifs précis : nombre d’emplois créés, valeur ajoutée attendue, part des salaires dans cette valeur ajoutée, volume des exportations…
– Relancer l’investissement public dans les infrastructures fondamentales de l’économie (transport, électricité, télécommunications) afin de relever la productivité globale de l’économie, en particulier celle des secteurs productifs.

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