Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Le film anti guerre « Valse avec Bachir » n’est qu’une mascarade

Posted by dodzi sur mars 7, 2009

Altermonde-sans-frontières

Personnellement, je trouve le film exaspérant, inquiétant, scandaleux et trompeur. Il mérite un Oscar pour les illustrations et l’animation, mais une marque d’infamie pour son message. Ce n’est pas par accident que lors de la cérémonie du Golden Globe, Folman n’a même pas mentionné la guerre de Gaza qui faisait rage au moment où il acceptait ce prix prestigieux. Les images en provenance de Gaza ce jour-là ressemblaient étonnamment à celles de son film. Mais il a gardé le silence. Aussi, avant que nous ne chantions les louanges de Folman, louanges que nous nous adresserions bien sûr à nous-mêmes, nous ferions bien de nous rappeler que ce n’est pas un film contre la guerre, ni même un film qui critique Israël en tant que puissance militariste et occupante. C’est une tromperie et une escroquerie d’auto congratulation, qui nous dit à nous et aux autres combien nous sommes adorables.

Par Gideon Levy

Hollywood sera sous le charme, l’Europe applaudira et le ministère israélien des affaires étrangères enverra le film et ses réalisateurs dans le monde entier pour montrer le pays sous son beau jour. Mais en vérité, c’est de la propagande. Ses réalisateurs ont de la classe, ils sont sophistiqués et doués et ils ont du goût, mais le film est de la propagande. Un nouvel ambassadeur de la culture rejoindra Amos Oz et A.B. Yehoshua et lui aussi sera considéré comme fabuleusement éclairé – à l’inverse des soldats assoiffés de sang aux postes de contrôle, des pilotes qui bombardent les quartiers résidentiels, des artilleurs qui tuent les femmes et les enfants, et des ingénieurs de combat qui défoncent les rues. Ici, vous avez le tableau opposé. Et qui plus est, en dessin animé. C’est un bel Israël, éclairé, angoissé et moralisateur, qui danse une valse avec et sans Bachir. Pourquoi aurions-nous besoin de propagandistes, d’attachés, de commentateurs et de porte-paroles pour diffuser « l’information » ? Nous avons cette valse. La valse repose sur deux fondements idéologiques. Le premier est le syndrome « nous avons tué et nous pleurons » : oh ! Qu’est ce que nous avons pleuré et pourtant nous n’avons pas de sang sur les mains. Ajoutez une pincée d’holocauste sans lequel il n’y a pas d’introspection israélienne qui vaille. Et une larme de victimisation- autre ingrédient absolument essentiel dans le discours public national- et c’est fait ! Vous avez le portrait trompeur d’Israël en 2008, en paroles et en images.

Folman a participé à la guerre du Liban en 1982, et 24 ans plus tard, il pense à en faire un film. Il est tourmenté. Il retourne voir ses camarades de régiment, avale des lampées de whisky dans un bar avec l’un d’entre eux, fume des joints en Hollande avec un autre, réveille son copain thérapeute à l’aube et va chez son psychiatre pour une autre séance – tout cela pour se libérer enfin du cauchemar qui le hante. Et ce cauchemar est toujours le nôtre et uniquement le nôtre.

Il est très commode de faire des films au sujet de la première guerre du Liban à présent lointaine. Nous en avons déjà envoyé un, « Beaufort », au concours des Oscars. Et il est encore plus pratique de se concentrer spécifiquement sur les camps de réfugiés de Beyrouth, Sabra et Chatila.

Même à l’époque, après l’énorme protestation qu’avait soulevée le massacre perpétré dans ces camps, on avait toujours déclaré, que malgré tout – malgré le feu vert au massacre donné à notre laquais, la Phalange, et le fait qu’il ait été perpétré dans un territoire occupé par Israël – les mains cruelles et brutales qui avaient répandu le sang n’étaient pas les nôtres. Élevons nos voix pour protester contre tous les sauvages de type Bachir que nous avons connus. Et même un peu contre nous-mêmes pour avoir fermé les yeux, voire pour avoir encouragé le massacre. Mais non : ce sang, ce n’est pas nous. Ce sont eux, pas nous.

Nous n’avons pas encore fait de film au sujet de l’autre sang, celui que nous avons versé et que nous laissons continuer à se répandre de Djénine à Rafah- un film qui n’arrivera certainement pas aux Oscars. Et pas par hasard.

Dans « Valse avec Bachir » les soldats de l’armée la plus morale du monde chantent quelque chose du genre «  Bonjour Liban. Puisses-tu ne plus avoir de chagrin. Que tes rêves se réalisent, que tes cauchemars se dissipent, que ta vie soit une bénédiction ».

Gentil non ? Quelle autre armée au monde a une chanson comme ça en pleine guerre ? Après ils chantent « Liban, l’amour de ma vie, une vie courte ». Et ensuite, le tank d’où sort ce noble chant éclairé écrase pour commencer une voiture comme une boîte de conserve, puis il pilonne un immeuble résidentiel et menace de le faire culbuter. C’est comme ça que nous sommes. Nous chantons et nous démolissons. Où d’autre trouvera-t-on des soldats aussi délicats ? Il vaudrait vraiment mieux qu’ils crient d’une voix éraillée : Mort aux Arabes !

J’ai vu la « Valse » deux fois. La première fois c’était dans un cinéma et j’ai été renversé par sa beauté artistique. Quel style, quel talent ! Les illustrations sont parfaites, les voix sont authentiques, la musique ajoute à sa beauté. Même le doigt sectionné de Ron Ben Yishai fait juste. Il ne manque aucun détail, aucune nuance n’est estompée. Tous les héros sont des héros, terriblement classe, comme Folman lui-même : ils s’expriment bien, ils sont branchés, à la mode, des gauchistes – tellement sensibles et intelligents.

Et puis, je l’ai revu chez moi quelques semaines plus tard. Cette fois, j’ai écouté le dialogue et j’ai saisi le message qui émerge derrière le talent. J’ai été de plus en plus scandalisé. C’est un film extraordinairement exaspérant, précisément parce qu’il est fait avec tant de talent. L’art a été recruté ici au service d’une entreprise malhonnête. La guerre a été dépeinte avec des couleurs douces caressantes, comme dans les bandes dessinées. Même le sang est étonnamment esthétique et la souffrance n’est pas vraiment de la souffrance quand on la dessine. La bande sonore passe en arrière-fond, derrière les drinks et les joints et les bars. Les fauteurs de guerre ont été mobilisés pour faire leur service actif, un service qui les plonge dans la stupeur et les tourments.

Boaz est anéanti d’avoir tué 26 chiens errants et il se souvient de chacun d’entre. Maintenant, il cherche «  un thérapeute, un psychiatre, du shiatsu, n’importe quoi ». Pauvre Boaz. Et pauvre Folman aussi : il est diablement incapable de se souvenir de ce qui s’est passé pendant le massacre. « Les films sont aussi une psychothérapie »- lui dit-on, un conseil gratuit. Sabra et Chatila ? « Pour tout vous dire, je ne l’ai pas dans mon système ». Tout ça est dit dans un hébreu tellement branché que c’est à pleurer. Après la rencontre réelle avec Boaz en 2006, 24 ans plus tard, le « flash » arrive, le grand flash qui a engendré le grand film.

Un gars arrive à la guerre avec La Croisière s’amuse, un autre s’enfuit en nageant. Un s’arrose de patchouli, un autre mange une omelette au Spam. Le réalisateur – héros de la « Valse » se souvient de cet été avec beaucoup de tristesse : c’est à ce moment là que Yaeli l’a laissé tomber. L’un dans l’autre, ils ont tué et détruit aveuglément. Le commandant regarde des vidéos porno dans une villa de Beyrouth et Ben Yishai loge à Ba’abda. Un soir, il se tape un demi verre de whisky, et téléphone à Arik Sharon, au ranch, pour l’informer du massacre. Et personne ne demande à qui appartiennent ces appartements pillés et mis à sac, zut, ni où se trouvent leurs propriétaires, ni, en premier lieu, ce qu’y font nos soldats ? Ça ne fait pas partie du cauchemar.

Ce qui reste c’est l’hallucination, un océan de peurs que le héros révèle en se rendant chez son thérapeute ; celui-ci s’empresse de le calmer et lui explique que si le héros s’intéresse au massacre dans le camp c’est à cause d’un autre massacre – celui des camps dont ses parents sont revenus. Bingo ! Comment n’y avions-nous pas pensé ? Ce n’est pas du tout nous, ce sont les nazis, que leur nom et leur mémoire soient maudits. C’est à cause d’eux que nous sommes ce que nous sommes. Un autre thérapeute le rassure : « On t’a mis dans le rôle du nazi contre ta volonté », comme s’il citait Golda Meier quand elle disait que nous ne pardonnerions jamais aux Arabes de nous avoir fait ce que nous sommes. Ce que nous sommes ? Le thérapeute dit que nous avons éclairé la scène, mais que « nous n’avons pas perpétré le massacre ». Quel soulagement ! Nos mains sont propres ; elles n’ont pas trempé dans le sale boulot, pas du tout.

Et en outre, ce n’était absolument pas nous : comme il est agréable de voir la cruauté de l’autre. Les membres amputés que les phalangistes, que leur nom soit maudit, fourraient dans le formol ; les exécutions qu’ils perpétraient ; les symboles qu’ils entaillaient sur leurs victimes. Regardez-les et regardez- nous : nous ne faisons jamais des choses comme ça.

Quand Ben Yishai entre dans les camps de Beyrouth, il se souvient des scènes du ghetto de Varsovie. Brusquement, sortant des décombres, il voit une petite main et une tête bouclée, comme celle de sa fille. « Arrêtez de tirer, tout le monde rentre chez soi » crie Amos, le commandant, dans un mégaphone, en anglais. Le massacre s’arrête brusquement. Coupez.

Et puis, tout à coup, les illustrations cèdent la place à de vraies images : l’horreur des femmes se lamentant parmi les ruines et les cadavres. Pour la première fois dans le film, nous voyons non seulement des images vraies, mais aussi des victimes réelles. Non pas celles qui ont besoin d’un psychiatre et d’un drink pour surmonter leur expérience, mais celles qui sont endeuillées à tout jamais, sans toit, sans bras ou sans jambes et estropiées. Aucun drink et aucun psychiatre ne peut les aider. Et ça c’est le premier (et le dernier) moment de vérité et de douleur dans « Valse avec Bachir ».

source : haaretz.com
Traduction : Anne-Marie Goossens
info-palestine.net

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