Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Un chercheur libanais met au point une technique pour rendre les plantes résistantes à la salinité excessive

Posted by jeunempl sur juillet 21, 2008

(L’Orient le Jour – Suzanne Baaklini)

Les émigrés d’origine libanaise dans le monde se sont souvent illustrés dans des domaines très divers, et la recherche scientifique en fait partie. Michel Ghanem est l’un d’eux : ayant suivi des études d’agronomie au Liban, il est aujourd’hui président du corps scientifique de l’Université catholique de Louvain. Avec son équipe, il est l’auteur d’une découverte majeure dans le domaine de l’agriculture, surtout pour des pays comme le nôtre, vulnérable à la sécheresse : celle de rendre les plantes plus résistantes à la salinité excessive. Voici le compte rendu de l’interview que nous a accordée ce scientifique de haut niveau, qui, malgré les années d’exil, porte toujours le Liban dans son coeur.

Q- Pourriez-vous nous donner une idée plus exacte de votre parcours ?
R- « Je suis ingénieur agronome diplômé de l’Université Saint- Joseph de Beyrouth, sorti de l’École supérieure d’ingénieurs d’agronomie méditerranéenne (Esiam). J’ai terminé mes études en 2001, et j’étais major de promotion. Mon mémoire de fin d’études portait sur l’introduction de la culture de l’ananas (Ananas comosus L.) au Liban sous la direction du Pr Pierre Wittouck (à la fois professeur à l’USJ et à l’UCL, Belgique). À la fin de mes études, j’ai travaillé pendant un an à la Chambre de commerce internationale (ICC). Soutenu par le Pr Wittouck, j’ai réussi à décrocher une bourse pour poursuivre mes études à l’Université catholique de Louvain (UCL, Belgique), où j’ai obtenu mon DEA en biologie sous la direction des Prs Stanley Lutts et Jean-Marie Kinet.
J’ai ensuite été engagé à l’UCL comme assistant et j’ai entamé une thèse de doctorat en sciences (biologie) sous la codirection du Pr Stanley Lutts du Groupe de recherche en physiologie végétale (GRPV) de l’UCL et du Dr Francisco Perez-Alfocea du Cebas-CSIC de Murcie (en Espagne), qui portait justement sur les mécanismes de résistance des plantes à la salinité. Ma plante d’étude était la tomate. À l’heure actuelle, je travaille toujours au GRPV à l’UCL en tant que chercheur. En septembre 2007, j’ai été élu à la tête du corps scientifique (Corsci) de l’Université catholique de Louvain, qui est l’organe officiel de la représentation de tous les scientifiques et chercheurs de l’UCL (1 800 personnes) auprès de nos autorités. Je siège également au conseil du corps scientifique des universités belges francophones. »

Q- Quand avez-vous quitté le Liban et quels liens entretenez-vous encore avec votre pays natal ?
R – « J’ai quitté définitivement le Liban en 2002 parce que je ne voyais pas de perspective de carrière pour moi dans mon pays, et que j’avais la volonté de continuer mes études et percer dans le domaine de la recherche scientifique. Beaucoup de jeunes avaient fait de même à l’époque. Or, il se trouve que les sentiments d’une personne envers la terre qu’elle a quittée ne sont jamais simples. Si je suis parti, c’est qu’il y avait des choses que j’avais rejetées : la répression, l’absence d’horizon, le manque de confiance en l’avenir du Liban. Mais il est fréquent que ce rejet s’accompagne d’un sentiment de culpabilité. Il y a des proches que l’on s’en veut d’avoir abandonnés, une maison où l’on a grandi, des souvenirs agréables qui nous lient à ce beau pays. Il y a aussi des attaches qui persistent, celles de la langue, la musique, les compagnons “d’exil”, les fêtes, la cuisine… Le Liban continue d’être présent dans mon coeur et dans mon esprit. Je tiens aussi à transmettre à mon fils Joseph, qui a deux ans, cette passion pour mon pays et ma langue natale.
Professionnellement, je crois pouvoir être plus utile à mon pays tout en étant à l’étranger. J’ai toujours essayé de dresser des ponts entre le Liban et la Belgique, et je crois sincèrement que le meilleur vecteur de coopération reste les relations interuniversitaires. J’ai d’ailleurs participé, auprès du recteur de l’UCL, à la mission qui s’était rendue au Liban au mois de mars 2007 et qui a scellé un certain nombre d’accords de coopération avec différentes universités libanaises. Mon groupe vient d’ailleurs de décrocher un projet de recherche sur l’irrigation avec l’USJ (le Dr Yolla Ghorra, directrice de l’Esiam) et la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Zahlé et de la Békaa (le Dr Camille Hobeika, président de la commission agricole), qui permettra à des étudiants libanais de venir faire leur mémoire de fin d’études en Belgique et, parallèlement, à des étudiants belges de l’UCL de faire leur mémoire au Liban. Un autre projet de recherche sur les rosiers est en cours d’élaboration avec l’USEK. »

Q- Pouvez-vous donner de plus amples indications sur votre découverte ?

R- « L’agriculture mondiale perd chaque année environ 10 millions d’hectares en raison de l’arrosage et des problèmes d’évaporation excessive ou de déforestation, qui rendent le sol trop salé, donc inutilisable. Comme je l’ai dit, mon groupe de recherche tente de comprendre comment les plantes, notamment la tomate, surmontent les contraintes de leur environnement (c’est ce qu’on appelle le stress abiotique). Ce que j’étudie en particulier, c’est la façon dont certaines hormones peuvent intervenir pour améliorer la résistance de ces plantes à la salinité. On a longtemps cru que la résistance au sel était une propriété difficile à acquérir. Cette résistance est sans doute complexe, mais elle n’est pas impossible à obtenir. C’est dans ce contexte que je viens d’établir qu’une plante dont le statut hormonal a été modifié réagit de façon remarquable et inattendue lorsqu’elle est soumise à une dose importante de sel.

En effet, une intervention génétique dans le système hormonal de plants de tomate, uniquement au niveau de la racine, a permis de diminuer l’effet négatif du stress salin sur la plante. Dans des conditions de croissance optimales, les plants de tomates génétiquement modifiés se sont comportés exactement comme les plantes non modifiées. En soumettant les plantes non modifiées à une dose importante de sel (l’équivalent d’un quart de la concentration en sel de mer), ces plantes ont commencé, comme prévu, à se faner, et leur croissance a été largement réduite. En revanche, les plantes génétiquement modifiées – en induisant l’expression d’un gène responsable d’une hormone au niveau de la racine dans des conditions très précises – ont subi une légère réduction de leur croissance, mais n’ont pas présenté les signes de vieillissement des feuilles ni la forte réduction de croissance que nous avons observés chez les plantes non modifiées. Les plantes conventionnelles qui ont reçu du sel dans leur eau d’arrosage ont réduit leur masse de deux tiers. Pour les plants de tomates transgéniques, il s’agissait d’une réduction d’un sixième seulement. La croissance des plantes n’a donc été affectée que légèrement par l’excès de sel.

L’avantage du système et sa grande nouveauté, c’est qu’il montre que l’on pourrait utiliser uniquement le système de la racine d’une plante modifiée comme porte-greffe, sur lequel on grefferait une tomate non transformée – et donc propre à la consommation car beaucoup de gens ont peur des plantes transgéniques – permettant ainsi la culture de tomates sur des terres à forte salinité. Je tiens à préciser que cette découverte a pu être effectuée grâce à la collaboration d’un groupe de travail international composé de chercheurs espagnols, tchèques et américains. »

Q- Comment cette découverte sera-t-elle exploitée en Belgique et ailleurs ? Y voyez-vous un potentiel pour le Liban ?
R- « À vrai dire, je n’en vois pas d’exploitation directe en Belgique, où la sécheresse et la salinité ne représentent pas un problème majeur. Ce sont les pays qui souffrent de ce genre de problèmes qui pourraient en profiter, dont les pays du pourtour méditerranéen, sécheresse et salinité allant généralement de pair. Pour l’instant, il n’est pas encore clair si cette nouvelle technique peut s’appliquer à d’autres plantes utiles – je pense notamment aux céréales et au riz. Nous tentons actuellement de trouver une réponse à ces questions. Étant donné que nous devons nous attendre à des périodes de sécheresse et des situations météorologiques extrêmes dues au réchauffement climatique, le développement de plantes résistant à la sécheresse et à la salinité pourrait contribuer à garantir l’apport en nourriture à long terme, surtout en cette période de crise alimentaire mondiale aiguë. Il est clair que dans ce contexte, le Liban a besoin de développer une agriculture plus moderne, qui serait soucieuse d’une utilisation raisonnée de l’eau et des techniques modernes de gestion d’arrosage qui pourraient pallier les graves problèmes environnementaux que nous connaissons. »

Q- Quels sont vos projets futurs ?
R- « Pour le moment, je compte continuer à vivre ma passion, la recherche à l’université. Malheureusement, il est impensable pour moi à l’heure actuelle de rentrer définitivement au Liban. Je le regrette profondément, même si je continuerai toujours à vouloir faire profiter mon pays de mes travaux, et dresser des ponts entre mon pays d’accueil et mon pays d’origine. Il est malheureux de dire que je ne pourrai pas à l’heure actuelle mener à bien des activités de recherche, comme je le souhaiterais, au Liban. Mais je continue d’espérer qu’un jour, une infrastructure de recherche biologique et environnementale performante deviendra disponible. Nos chercheurs font un très beau travail à l’étranger, il faudrait que le Liban leur donne les moyens et l’infrastructure pour entreprendre leur travail au pays même. »

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