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Passedroits, corruption, lourdeurs administratives… : Dans les méandres de la sécurité à l’AIB

Posted by jeunempl sur octobre 24, 2010

Joumana Nahas – L’Hebdo Magazine

La sécurité de l’aéroport Rafic Hariri est-elle bien ficelée? Certains incidents permettent d’en douter, notamment celui de l’individu qui a réussi à se glisser sous l’avion saoudien, provoquant la démission du chef de la Sûreté de l’AIB et le désarroi des voyageurs. Au-delà de ce genre d’accidents, somme toute rares, il est bon aussi de se demander si le va-et-vient quotidien de marchandises et d’hommes est bien contrôlé. Magazine a mené l’enquête au cœur d’un système de contrôle compliqué, et pourtant, parfois dangereusement poreux.

Bilal Hamié travaille depuis 23 ans en tant que transitaire à son propre compte, à l’Aéroport international de Beyrouth (aéroport Rafic Hariri). C’est dire s’il en a vu des choses, pas toutes très nettes, depuis les dernières années de la guerre civile, en passant par les 15 ans de tutelle, et pour finir, par les temps troubles que nous vivons depuis 2005. L’homme, pragmatique et travailleur, a dû, comme beaucoup de ses collègues, «s’ajuster» à l’ambiance du moment, aux changements de normes et de camps. C’est sans état d’âme qu’il raconte à Magazine que, de nos jours, la seule institution «incorruptible» à l’aéroport est bien celle de la Sûreté des lieux, organe relevant directement du ministère de l’Intérieur.

Un peu gêné, le transitaire explique que les seuls moments de trac dans l’opération de sortie des marchandises sont ceux de leur passage sous les rayons laser des hommes de la Sûreté. Pour le reste, tout serait question de sous, et les barrières sauteraient aisément contre monnaies sonnantes et trébuchantes… Ce que nous racontent Bilal Hamié ainsi que d’autres personnes travaillant dans l’enceinte de l’aéroport, mais qui désirent garder l’anonymat, laisse pantois.

Tout d’abord, la lourdeur des procédures administratives pour passer le seul portique de la douane, est tel qu’il en devient caricatural. La procédure, pourtant, peut paraître simple à prime abord: en exhibant le manifeste et les marchandises, vous recevez soit un feu vert soit un feu rouge. Dans le premier cas, l’affaire est aisée et le passage est plus ou moins rapide. En revanche, pour un feu rouge, c’est une autre paire de manches. Il faut passer par quelque dix ou onze signatures avant de libérer les biens reçus, tout en laissant, selon les transitaires, plusieurs petites sommes dans les tiroirs. Et la corruption ne se limiterait pas, toujours selon nos sources, aux seuls agents de la Douane, mais aussi aux différents bureaux adjacents, comme par exemple celui représentant la protection des consommateurs.

Pour Hamié, tout le monde, avant d’atteindre les hommes de la Sûreté, accepte de fermer les yeux contre une marchandise contrefaite, contre une fausse déclaration, un manque de conformité avec le manifeste, des caisses d’aliments périmés, etc. L’enjeu pour les transitaires, et, derrière eux, leurs clients, est d’éviter de payer la taxe exacte due selon la qualité et le poids de la marchandise, parfois exorbitant, et de s’en sortir avec des sommes tout compte fait minimes versées aux mains des fonctionnaires.

L’énormité de ces affirmations est cependant tempérée du côté de la douane. Un ancien officier de la douane, aujourd’hui retraité, a accepté de parler à Magazine, sous couvert d’anonymat, de ce qu’il en est véritablement. L’homme affirme par exemple, que «les transitaires gonflent à souhait les chiffres, pour arrondir de leur côté leurs honoraires». Ainsi, notre source, qui ne nie pas la présence d’une certaine corruption, refuse en bloc le fait qu’elle soit généralisée comme veulent bien le faire croire les transitaires, qui essaient, à leur tour, d’induire leurs clients en erreur pour leur extorquer des sommes indues.

L’ancien officier affirme que toute personne peut, quand elle a un dossier en règle, sortir ses biens de l’enceinte de l’aéroport en s’acquittant uniquement des taxes légales. En revanche, il explique que quand il y a un souci, par exemple quand le manifeste présenté ne semble pas correspondre à la marchandise reçue, le contrôle se fait certes plus serré, et les douaniers ne laisseraient en aucun cas passer ces illégalités.

La corruption serait donc, selon notre source, due tout d’abord au fait que les transitaires eux-mêmes l’encouragent, et n’essaient pas d’appliquer les procédures sans verser de surplus. Or, ces derniers répètent que, en glissant des sommes plus ou moins importantes dans les mains des fonctionnaires, on arrive à finir son travail plus vite et sans embûches. Dans le cas contraire, ce serait la galère. La Douane a le droit, par exemple, dans le doute, de demander à contrôler jusqu’à 10% de la marchandise, une part choisie au hasard parmi les biens présentés.

Est-il vrai que quelques billets bien placés suffisent à calmer les doutes? C’est la parole des uns contre la parole des autres. L’ancien douanier reconnaît que la lourdeur et la complexité de la procédure à suivre encouragent aussi, indirectement, la corruption.
En effet, quand on doit passer par un premier surveillant, puis un contrôleur en chef, puis un chef de service, ensuite le bureau d’accréditation du ministère de l’Agriculture pour les produits alimentaires, et ainsi de suite, c’est la porte ouverte aux enchères… Même si, sans doute, l’intention du législateur avait été, à la base, de fortifier le contrôle.

Aujourd’hui, seule une nouvelle législation pourrait simplifier la procédure et permettre peut-être de limiter les fuites. Parce que ces «fuites» et d’autres, qui ne relèvent pas de la Douane, peuvent être parfois dangereuses pour la sécurité et l’ordre public, un décret, datant du mandat du président Elias Sarkis, a créé un organe militaire et policier spécial pour la protection de l’aéroport. Un autre décret d’application, promulgué en 1982, en précise les fonctions: la protection et la défense de l’aéroport de tout danger, de quelque nature qu’il soit.

Pour en savoir plus sur le fonctionnement de cet organe, Magazine a été à la rencontre du chef par intérim de la Sûreté à l’aéroport de Beyrouth, le général Yasser Mahmoud. L’homme est avenant et essaie d’être aussi transparent que possible. Il refusera cependant de s’exprimer sur «l’événement» Jamil Sayyed, ou sur l’arrivée de Johnny Abdo, quelques jours auparavant. Questions par trop politisées, qui risquent bien de mettre notre homme dans l’embarras en cas de prise de position.

C’est donc sur la sécurité en général que le général Mahmoud nous renseigne. Il précise tout d’abord qu’il n’y a nullement de conflit de compétences entre la Sûreté de l’aéroport et la Douane. Si les hommes de la Sûreté scannent, la marchandise déjà contrôlée par les douaniers, ce n’est pas pour marcher sur leurs platebandes. C’est tout simplement pour s’assurer qu’aucun bien de nature à menacer la sécurité du pays ne passe entre les mailles du filet. Les hommes de Mahmoud vérifient donc à nouveau la marchandise, en la scannant, et il n’est pas rare qu’ils y découvrent des produits illicites ou des incongruités entre le manifeste et la réalité des produits scannés! Mais, encore une fois, l’homme explique: «Notre rôle n’est pas de poursuivre les fraudeurs au fisc, mais bien d’arrêter toute transaction qui peut être dangereuse. S’il y a simplement non-conformité au manifeste, nous renvoyons les caisses à la Douane. En revanche, si nous découvrons des produits de contrebande, nous faisons nous-mêmes le nécessaire».

D’autre part, la Sûreté de l’aéroport est aussi en charge, bien entendu, de la sécurité de tout le périmètre, à l’intérieur des murs, ou tout autour de la muraille. Or, c’est vraisemblablement de là que l’individu qui s’est accroché sous l’avion saoudien a pu grimper. Il y a bien des fils de fer barbelé tout autour, mais point de caméras. De plus, exposé à l’air marin, le fer rouille facilement et se désintègre avec le temps. «Une étude a bien été soumise pour développer un meilleur système de contrôle, avec vidéos reliées à nos bureaux, mais nous attendons encore son exécution. Nous manquons cruellement de moyens, financiers et humains, pour parfaire la sécurité des lieux», explique Mahmoud.

Pourtant, la sécurité de l’aéroport, régulièrement contrôlée par des audits étrangers, correspond, grosso modo, aux standards internationaux. Par exemple, toute personne travaillant dans l’enceinte de l’aéroport est «fichée» par les services de renseignement de la Sûreté avant de recevoir une carte d’accès. Deux contrôles des bagages plutôt qu’un sont effectués, l’un à l’entrée, l’autre par scanner, lors du check-in.

Enfin, Mahmoud nous assure que les passe-droits et autres fuites sont limités au maximum, comme par exemple l’interdiction, depuis quelque temps, pour les hommes de la Sûreté, d’accueillir quelques «VIP» à la porte même de l’avion. Bien sûr, le chef de la Sûreté par intérim avoue que les failles persistent, mais qu’avec les moyens disponibles, c’est encore ce que l’on peut faire de mieux…

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