Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Salaire, augmentation du pouvoir d’achat et grèves

Posted by jeunempl sur mars 5, 2013

François el Bacha

L’un des principaux faits marquants de la semaine a été l’entrée en grève des fonctionnaires et de certains employés d’entreprises privées. Ainsi de nombreuses manifestations ont eu lieu -certaines importantes- et pourtant leurs impacts ont été diminués par les médias libanais. Ces mouvements de grève interviennent alors que le gouvernement a pourtant adopté le principe d’augmentation du salaire minimum à l’équivalent de 450 usd/mois et cela de manière échelonnée ensuite.  Ainsi, l’augmentation sera de 200 000 LL entre 1 million de livres libanaises et 1,5 millions de Livres Libanaises et de 299 000 LL pour les salaires dépassant les 1,5 millions. Cette augmentation se heurte cependant à des problèmes techniques et est refusée par le Ministre des Finances Mohammed Safadi… et heureusement que cela soit le cas:

Inflation - Liban

Le taux d’inflation au cours des dernières années a été estimé entre 6% et 7% pour 2012 – 5,2% en 2011 et 4% en 2010 – , ce chiffre doit cependant être nuancé et a été peut-être largement sous-estimé: la hausse de l’immobilier de 11,2% annuellement entre 2005 et 2010, la hausse du prix des ressources énergétiques, la hausse du cours des matières premières, etc… ont été plus importantes et ont abouti à une diminution de 40% du pouvoir d’achat selon certaines sources.  La hausse demandée par les syndicats équivaut aujourd’hui à augmenter la part allouée aux salaires de la fonction publique de 1 milliard de dollars et cela dans un environnement économique actuellement maussade – perte de points de croissance qui s’établit désormais à 2,8% en raison des conditions géopolitiques alors qu’il faudrait un taux de 4,8% pour diminuer le ratio Dette/PIB, risques de récession -, alors que la dette publique libanaise atteint 136% du PIB.

Alors que le projet de budget 2012 présenté prévoyait une réduction des déficits publics avec l’introduction de nouvelles taxes sur l’immobilier, sur les gains du capital via une taxe sur l’épargne bancaire passant de 5%  à 8%,  avec la hausse de la TVA qui passera de 10% à 12% permettant une hausse des revenus du budget de 3,71%, l’augmentation des salaires à hauteur de 1 milliard de dollars augmentera les dépenses budgétaires prévues à plus de 15 milliards de dollars. Elle pourrait aussi mettre à mal les projets de développement économique nécessaires à la relance de la croissance économique dont ceux consistant à la réhabilitation des réseaux électriques ou des structures de transport ou de télécommunication.

Comme on l’aura donc compris, toute hausse des salaires sera donc difficile en raison du nécessaire financement des projets pour encourager la croissance et en raison des déficits budgétaires accumulés ces 20 dernières années. Cette même hausse du coût salarial a été largement anticipée par les opérateurs économiques parce qu’ayant été annoncée depuis de nombreuses années d’où l’inflation préalable des derniers semestres.

Le cheval de bataille pour améliorer les conditions socio-économiques ne devront donc pas se faire au niveau intrinsèque de la grille salariale mais au niveau plus général du pouvoir d’achat et cela ne peut se faire théoriquement soit en diminuant les impôts, ce qui impossible en raison de la taille des déficits publics et alors que par ailleurs leur augmentation soit déjà à l’ordre du jour, soit en diminuant le prix des biens de consommation, ce qui pourrait s’avérer possible en limitant les marges bénéficiaires des agences exclusives.

Le Liban compte en effet plus de 1 000 agences exclusives recensées par le Ministère de l’Économie alors que ce Pays est importateur de 80% de ses besoins. Ces agences nuisent au pouvoir d’achat de la population libanaise en entretenant des marges souvent élevées sur des produits de consommation courants et qui constituent parfois des holdings assez développées, pour n’en citer quelques unes parmi les plus connues comme Ketteneh, Abou Adal ou Fattal. Certaines de ces agences exclusives font jusqu’à multiplier par 3 le prix de matériel médical ou de produits alimentaires, il suffit par exemple de comparer le prix hors taxe d’un pot de béarnaise d’une marque connue en France et au Liban. Pire encore, certaines facturent la TVA sur des produits qui sont pourtant légalement exemptés de toute TVA. Ce genre de pratique est devenue malheureusement courante à quelques exceptions prêts qu’il faut saluer.

L’existence de ces agences exclusives a transformé l’économie libanaise jusqu’alors considérée comme une économie libérale en une économie fait d’oligopoles et cela a provoqué l’arrêt de l’ascenseur social via l’obligation d’exil professionnel pour réussir sa vie et l’annihilation de la classe moyenne sujette à diverses autres pressions également. Aujourd’hui, le Liban ne doit en effet plus être considéré comme étant une économie libérale.

L’élimination des agences exclusives et donc l’élimination de ces intermédiaires parfois couteux pourraient donc profiter au pouvoir d’achat de la population libanaise en baissant le prix des marchandises sans augmentation des salaires. L’élimination d’une grande partie des marges des agences exclusives pourra donc directement bénéficier à tout individu et donc à la relance de l’économie locale via une remise en compétition économiquement saine. A plus long terme, cela pourrait aussi permettre le rééquilibrage de l’économie libanaise passant d’oligopoles à une économie libérale et permettant la remise en place de l’ascenseur social nécessaire pour conserver le savoir-faire des jeunes libanais aujourd’hui poussés à l’émigration et qui font bénéficier de leur expérience des pays étrangers.

Cependant, l’impact que ces entreprises ont sur le système libanais est trop important aujourd’hui pour que les Hommes Politiques qui se succèdent au pouvoir n’aient le courage d’entreprendre une quelconque action à leur encontre. Un projet de loi visant l’abolition des agences exclusives existe depuis plus de 12 ans. Il a même été voté en Conseil des Ministres et pourtant, il n’a jamais été publié au Journal Officiel et donc demeure inappliqué.

François el Bacha
Economiste

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