Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Gérer l’angoisse à Beyrouth

Posted by jeunempl sur avril 25, 2008

(La Libre Belgique – Emilie Sueur)

La prolongation de la crise politique sème l’inquiétude parmi la population. Elle qui garde les séquelles psychologiques de 15 années de guerre civile…
Correspondante à Beyrouth

Au Liban, quand le réseau de téléphonie mobile est coupé, le premier réflexe des utilisateurs n’est pas de penser que la compagnie en charge fait face à un problème technique. Quand le réseau est coupé, un mot s’affiche immédiatement dans le cerveau des Libanais : attentat. A chaque attentat, le réseau téléphonique, saturé, est en effet systématiquement hors-service pendant une bonne demi-heure.

Depuis l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, les Libanais ont appris à vivre dans un climat de crise, rythmé par des attentats – plus d’une quinzaine en trois ans -, des déclarations virulentes de la part des politiciens, des clashs meurtriers entre différentes communautés et une guerre, en juillet 2006, entre le Hezbollah et Israël. Des événements qui viennent se greffer sur un autre vécu collectif, la guerre civile qui a ensanglanté le pays de 1975 à 1991.

Dans ce contexte, les repères des Libanais sont transformés. « Un quart de la population libanaise est touché d’une manière ou d’une autre par la guerre », explique Elie Karam, psychiatre et chef de l’unité de psychologie et de psychiatrie d’un hôpital beyrouthin. Au terme d’une enquête nationale menée en 2002 par le Dr Karam, et dont les résultats ont été publiés dans la prestigieuse revue scientifique « The Lancet », la guerre se traduit, au Liban, par un niveau accru de stress post-traumatique, de dépressions et de troubles du contrôle des impulsions. « Notre étude a été réalisée dix ans après la fin de la guerre civile. Et nous avons eu la confirmation que la guerre poursuit les gens, elle affecte toute la vie des personnes qui y sont exposées », souligne Elie Karam.

Aujourd’hui, alors que l’on ne parle que d’armes, de crise, de la possibilité d’une guerre et alors que certains pays, comme l’Arabie Saoudite, ont appelé leurs ressortissants à quitter le Liban, « toute la peur accumulée pendant des années remonte à la surface », souligne le Dr Karam. Tous les événements sont analysés au travers du prisme des expériences passées. « Au Liban, un incident n’en reste pas au stade du simple incident, il renvoie immédiatement à l’idée de guerre », explique-t-il.

Ainsi, l’annonce par les Américains de l’envoi de leur destroyer USS Cole est immédiatement mise en parallèle avec le déploiement américain durant la guerre civile. « Ce type de réaction crée beaucoup d’angoisse », ajoute le Dr Karam. « Depuis un mois, quand je laisse mes filles seules à la maison, je ferme la double porte de métal derrière moi, explique Lina, une mère de famille. On ne sait jamais. »  » Vous pensez qu’il y aura bientôt une guerre ? » est la question la plus fréquemment posée aux journalistes par les Libanais. « En ce moment, les enfants viennent me voir et me posent des questions sur la situation. En plus, ils sont plus dissipés, plus stressés que d’habitude », explique May, institutrice à Beyrouth.

Malgré tout, la vie continue. Avec quelques adaptations. Aller au restaurant un vendredi soir, alors qu’un dirigeant politique est interviewé à la télévision, nécessite de longer les murs, afin que les balcons stoppent la chute d’une éventuelle balle perdue. Depuis quelques mois, à chaque fois qu’un leader politique, de quelque camp qu’il soit, s’exprime publiquement, ses partisans tirent en l’air. Tirs de kalachnikovs, grenades sonores, voire tirs de lance-roquettes. Beyrouth crépite. Pas suffisant toutefois pour empêcher les Libanais de vivre. Dès que l’interview du leader politique s’achève, les restaurants, bars et boîtes de nuits se remplissent.

« Nous n’avons pas encore de résultat définitif pour comprendre ce comportement. Mais il semble que ceci soit lié au tempérament des Libanais », souligne Elie Karam. En psychologie, cinq tempéraments sont définis : l’irritable, l’angoissé, le cyclothymique, le disthymique et l’hyperthymique. « A priori, le tempérament hyperthymique, qui tend à être plus optimiste, plus jouisseur, est prévalant au Liban », selon le Dr Karam. « Ceci pourrait expliquer le caractère résilient des Libanais », conclut-il.

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