Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Les agriculteurs libanais menacés par la crise syrienne

Posted by jeunempl sur juin 17, 2013

Irin-news

agriculture - haricots & poisAutour de ce petit village, dans la Vallée de la Beka’a, région reculée de Jordanie proche de la frontière syrienne, les moyens de subsistance de douzaines d’agriculteurs sont menacés.

Selon les paysans locaux, de nombreux agriculteurs cultivant dans le no man’s land qui sépare les postes-frontière syrien et libanais, appelé Mashari El Qaa, ont abandonné leur ferme ces derniers mois. Certains ont laissé tout leur matériel et se sont enfuis en voyant les rebelles syriens approcher. D’autres ont arrêté de planter à cause des mines terrestres ou se rendent plus rarement dans leurs champs.

« Nous n’y allons plus tous les jours comme avant », a dit Joseph, un agriculteur local. « Nous y allons une ou deux fois par semaine et nous récoltons ou plantons ce que nous pouvons. Nous récoltons un peu, mais nous avons beaucoup de pertes. Nous n’avons pas [le temps] de récolter correctement. Nous le faisons à la va-vite. »

Déjà floue, la frontière entre la Syrie et le Liban l’est encore plus depuis quelques mois, car les rebelles syriens et les soldats du régime pénètrent sur le territoire libanais pour combattre.

Jusqu’à 60 pour cent de la population de cette zone frontalière vit de l’agriculture et de l’élevage. Ces sources de revenus sont cependant de plus en plus mises en péril par les affrontements transfrontaliers entre les forces du régime de Bachar Al-Assad et ses opposants.

Les rebelles syriens utilisent les fermes libanaises pour lancer des roquettes sur les villages chiites du district d’Hermel, à 17 km d’El Qaa. Ils viseraient les villages contrôlés par le mouvement libanais Hezbollah, qui combat en Syrie aux côtés des forces de M. Al-Assad. L’armée syrienne a également poursuivi des rebelles jusque sur le territoire libanais.

Baisse du marché

Les agriculteurs qui parviennent à obtenir quelques récoltes malgré l’insécurité peinent à vendre leurs produits, car la concurrence est rude avec les produits de contrebande syriens vendus moins cher.

« La situation est mauvaise en Syrie, a dit Pierre Saad, un autre agriculteur d’El Qaa, alors ils passent leurs fruits en contrebande et les vendent ici, où ils obtiennent un meilleur prix qu’en Syrie. C’est une dure concurrence pour nous. Les consommateurs […] choisissent simplement les produits les moins chers. »

C’est l’une des raisons pour lesquelles, à Firzil, l’un des plus grands marchés de fruits et légumes de la fertile vallée de la Bekaa libanaise, la plupart des camions sont encore aux trois quarts pleins lorsqu’ils quittent le marché.

« La semaine dernière, j’ai vendu mon basilic à 2 000 livres libanaises [1,33 dollar] le kilo », a dit Mohssein Taleb en montrant ses fruits et légumes invendus lors d’une visite en mai. « Cette semaine, je l’ai vendu pour 800 livres le kilo. Avant, je le vendais jusqu’à 3 000 livres le kilo. »

Selon lui, le problème est en partie dû à l’absence de gros acheteurs pour l’exportation.

Selon les services douaniers libanais, les exportations agricoles du Liban vers la Syrie ont diminué de 37 pour cent entre 2011 et 2012, passant de 234 725 à 148 414 tonnes. Exprimée en dollars, cette baisse n’est cependant que de 1,8 pour cent, passant de 95 279 dollars en 2011 à 93 578 en 2012.

Avant le début du conflit, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 20 pour cent des produits libanais étaient exportés vers la Syrie. La Syrie est d’ailleurs la seule voie de commerce terrestre entre le Liban et l’Irak, la Turquie et les pays du Golfe, qui constituent de loin le plus grand marché de la région.

Or le poste-frontière de Mashari El Qaa est actuellement fermé. Selon la FAO, le transit de produits agricoles entre la Syrie et le Liban a été bloqué pendant la quasi-totalité des mois d’avril et de mai. Certains postes-frontière ont rouvert à la fin du mois dernier, mais le transport de marchandises à travers la Syrie reste extrêmement risqué.

(Voir l’article d’IRIN sur les conséquences de la crise syrienne sur la chaîne alimentaire régionale)

De nombreux produits agricoles sont désormais exportés via les ports de Beyrouth et Tripoli. Mais tous les commerçants n’ont pas les moyens d’exporter leurs marchandises par bateau ou par avion.

À peine de quoi vivre

Une récente évaluation de la FAO sur l’impact de la crise syrienne sur la sécurité alimentaire et les activités agricoles dans les pays voisins a révélé qu’il était devenu extrêmement difficile pour les paysans libanais de maintenir leurs moyens de subsistance.

« Nous ne mourrons pas de faim, mais nous allons finir par cultiver seulement pour nous-mêmes, car nous ne pouvons pas exporter ni vendre facilement sur le marché local », a dit M. Saad.

Les personnes les plus touchées le long de la frontière sont les plus pauvres et les plus vulnérables. Les plus gros exploitants agricoles ne prennent pas le risque de s’installer dans des régions frontalières dangereuses, a expliqué Lisbeth Albinus, responsable de la politique humanitaire de la FAO au Liban.

Nombre de ces petits agriculteurs survivaient grâce à la contrebande de tabac, de carburant, de nourriture et d’appareils électroniques vers la Syrie. Le conflit rend cependant cette activité bien plus difficile.

La FAO craint que l’ensemble de ces facteurs accroisse la vulnérabilité des agriculteurs à long terme.

« L’un des mécanismes d’adaptation que nous avons observés est la vente de bétail et donc la perte de sources de revenus », a déploré Mme Albinus.

Dans un communiqué de presse du 7 juin, la FAO a averti que s’ils ne bénéficiaient pas d’un plus grand soutien, les agriculteurs allaient être plus nombreux à abandonner leurs terres et vendre leur bétail.

Mouvements transfrontaliers

Le conflit a également interrompu les mouvements migratoires.

Selon l’évaluation de la FAO, environ 30 000 petits exploitants libanais qui pratiquaient l’agriculture en Syrie depuis plusieurs générations ont dû revenir au Liban.

Les rapatriés libanais sont « paniqués », a révélé l’évaluation. Ils vendent leur bétail au tiers de leur valeur marchande à cause du prix élevé du fourrage, de l’absence de pâturage d’hiver et du besoin immédiat d’argent pour les dépenses domestiques courantes.

De nombreux paysans syriens se sont également installés du côté libanais de la frontière. Ils ont tout d’abord cherché refuge à Mashari El Qaa et certains se sont à nouveau déplacés.

Certains sont arrivés les mains vides. Ils « ont tout perdu et vivent dans des conditions très difficiles », a dit Mme Albinus, de la FAO.

D’autres ont emporté leur bétail et louent des fermes abandonnées pour disposer de pâturages.

Selon la FAO, des centaines de vaches et 12 000 chèvres de montagne et chèvres shami syriennes ont traversé la frontière, augmentant les risques de surpâturage, de dégradation des terres et de désertification.

À cela s’ajoute le fait que des éleveurs pastoraux qui avaient l’habitude de passer l’été du côté libanais de la frontière et l’hiver du côté syrien, où le climat est plus sec, n’ont pas pu se rendre en Syrie depuis deux ans.

Selon la FAO, le prix du bétail a chuté de 60 pour cent.

Risques de maladies

Avant la crise syrienne, les intrants agricoles, tels que les vaccins, les équipements, les semences, les engrais, les pesticides, le fourrage et les médicaments étaient largement subventionnés en Syrie. Les services vétérinaires syriens ont cependant été fortement affaiblis par le conflit. Les bêtes provenant du marché syrien ne sont plus soumises à aucun contrôle et certaines ne sont pas vaccinées, a alerté la FAO.

« L’une de nos principales préoccupations concerne les maladies que les animaux non vaccinés pourraient introduire [dans le pays] », a dit Mme Albinus.

En l’absence de contrôles adaptés, l’augmentation du nombre de produits agricoles passés en contrebande depuis la Syrie accroît de manière importante le risque de maladies animales et végétales, comme les phytoparasites ou la fièvre aphteuse et la peste des petits ruminants (maladie virale également connue sous le nom de « peste caprine »), les deux maladies animales transfrontalières les plus communes dans la région.

La dernière épizootie transfrontalière au Liban s’est déclarée en mars 2010, avant la crise syrienne. Depuis, le ministère de l’Agriculture a réussi à contenir cette menace. « Nous craignons sincèrement […] qu’une autre épidémie semblable ou d’une autre maladie transfrontalière se déclare au Liban », a cependant dit Mme Albinus.

Mais comme à toute chose malheur est bon, le Liban, qui importe habituellement 60 pour cent de ses produits laitiers, pourrait retirer un avantage de l’arrivée d’éleveurs syriens, qui pourraient favoriser la production de lait locale. Avec le soutien adéquat, « les agriculteurs libanais et syriens pourraient, en collaborant, améliorer leurs revenus, malgré la crise syrienne », s’est réjouie Mme Albinus.

Financements

Les agriculteurs de Mashari El Qaa disent que des fonctionnaires leur ont rendu visite pour évaluer leurs pertes. « Mais jusqu’à présent, nous n’avons reçu aucune aide concrète », a dit M. Saad.

En raison des contraintes financières, la FAO n’a pu venir en aide qu’aux paysans les plus vulnérables du Liban, notamment les petits exploitants les plus pauvres, les ménages dirigés par une femme et les familles dont l’un des membres est handicapé.

La FAO a appelé à un soutien financier d’urgence pour mettre en place des coopératives agricoles, augmenter le nombre de centres de collecte du lait, lancer une campagne de vaccination afin d’éviter la propagation des maladies animales et mettre sur pied des contrôles de salubrité alimentaire à la frontière.

La FAO a demandé 8,5 millions de dollars pour des projets au Liban dans le cadre d’un appel régional coordonné par les Nations Unies d’un montant de 4,4 milliards de dollars lancé le 7 juin et visant à aider les personnes dans le besoin en Syrie et dans les pays voisins touchés par la crise.

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