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Syrie : Lifting américain pour l’opposition

Posted by jeunempl sur novembre 17, 2012

L’Hebdo Magazine – Antoine Wénisch

Il y a quelques jours, les Américains donnaient le coup de grâce à un Conseil national syrien (CNS) déjà en état de mort cérébrale. Réunies en grande cérémonie à Doha jusqu’à dimanche dernier, différentes branches de l’opposition au régime syrien renaissaient triomphalement de leurs cendres, unies par la pression internationale. Du moins en apparence.

Après une réunion au long cours largement médiatisée, entamée dès jeudi 8 novembre à Doha sous le patronage de la Ligue arabe et du Qatar, plusieurs composantes de l’opposition syrienne ont paraphé dans la nuit de dimanche à lundi, un accord mettant en place la Coalition nationale syrienne des forces de l’opposition et de la révolution. Etaient présents entre autres lobbyistes internationaux, le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, le prince du Qatar Hamad Ben Khalifa Al Thani et la secrétaire d’Etat adjointe américaine pour le Proche-Orient, Elizabeth Jones. Autant dire que la nouvelle organisation d’opposants ne s’est pas construite toute seule. Souvenons-nous.

Le CNS dézingué

Le mercredi 31 octobre dernier, la secrétaire d’Etat américaine reniait le CNS. En déclarant que celui-ci ne pouvait «plus être considéré comme le dirigeant visible de l’opposition», Hillary Clinton amorçait un virage diplomatique conséquent. Elle plaidait désormais pour que le CNS devienne une «partie d’une opposition élargie» soulignant que les Etats-Unis travaillaient à l’unification de l’opposition. En clair, la diplomatie américaine dressait un constat d’incompétence peu flatteur pour les Frères musulmans, majoritaires au sein du CNS. Pour accroître leur aide en fonds et en armes afin d’accélérer la chute du régime de Bachar el-Assad, les Occidentaux, les Turcs et les monarchies du Golfe ont besoin d’un interlocuteur syrien légitime, stable et digne de confiance. Ce que n’était plus le CNS. Un diplomate américain en Europe l’affirme en ces termes: «Un soutien financier, médiatique et diplomatique. Jamais, nous n’avons fait autant. On a demandé à tout le monde de le soutenir. Finalement, le CNS n’a pas été à la hauteur». Lui trouver un substitut plus facile à exposer publiquement devenait indispensable. Il n’a cependant pas été facile de convaincre les Frères de se fondre dans une entité plus importante, eux qui condamnaient initialement tout projet «visant à passer au-dessus du Conseil ou à créer des instances le remplaçant». Ils n’ont pas voulu lâcher sans conditions un monopole qu’ils tenaient depuis le début du conflit. On comprend que quatre jours n’avaient pas été de trop pour négocier.

Après la présidence kurde de Basset Seyda qui avait le défaut majeur de ne représenter que lui-même, le CNS avait élu à sa tête vendredi, un ancien communiste de confession chrétienne pour tenter de se poser en organisation représentative. Dernier réflexe de survie.

Objectif zéro négociation

Au moins officiellement, le CNS craignait plus que tout que les efforts américains ne visent à forcer l’opposition à négocier avec Bachar el-Assad. Un de ses membres déclarait: «Cela ne se fera pas et le peuple ne l’acceptera pas». De fait, le document d’entente entre les composantes de la nouvelle opposition officielle est assez clair là-dessus. Le point trois stipule en effet que «la coalition s’engage à n’accepter ni dialogue, ni négociation avec le régime». Ce détail crucial enterre complètement les accords de Genève. Signés cet été entre Russes et Occidentaux, ces derniers prévoyaient que des négociations devaient s’ouvrir pour organiser une transition vers l’après-Assad.

A la question de savoir comment renverser le régime, les opposants de Doha répondent sans détour: par la force. Premier point.

Deuxième point. Quelle stabilité, quelle gouvernance pour l’après-Assad? Puisque les opposants de Doha anticipent la chute du président syrien, il faut bien qu’ils s’y préparent. La période post-régime s’annonce chaotique, on peut raisonnablement imaginer que les brigades armées les plus radicales ne viendront pas la bouche en cœur déposer leurs armes aux pieds des nouveaux dirigeants. Un scénario à l’irakienne est redouté. Comment l’opposition envisage-t-elle de construire la stabilité future? Pas par l’armée, si l’on en croit son document. Le deuxième point de l’accord de Doha précise en effet: «Les parties signataires ont pour objectif commun de renverser le régime, ses bases et ses symboles, de démanteler les appareils sécuritaires et de déférer en justice ceux qui ont été impliqués dans les crimes commis contre les Syriens». La reconstruction de l’Etat à partir de zéro. La débaasification totale du régime. Une des pires erreurs américaines en Irak comme le rappelle le spécialiste Moyen-Orient du Figaro, Georges Malbrunot.

Pour remplacer le régime, les opposants de Doha se proposent de former un gouvernement provisoire dès sa reconnaissance internationale. Gouvernement provisoire qui deviendra gouvernement intérimaire lors de la chute du régime. La coalition se dissoudra à ce moment-là.

Un «modéré» à la présidence

Si tout n’est pas réglé dans la mesure où on ne connaît pas encore à qui seront distribués les sièges, le commandement de la coalition a été choisi. Le cheikh Ahmad Maaz al-Khatib, ancien imam de la grande mosquée des Omeyades de Damas, a été élu à la tête de la nouvelle coalition. Emprisonné à maintes reprises par le régime avant de se réfugier en Egypte, il y a quelques mois, son parcours lui permet d’être légitime aux yeux des militants. Affirmant que le régime se livre à «une exécution systématique de son peuple», il passe toutefois pour être un modéré. Ses acolytes Souheir el-Atassi, militante issue des comités locaux et Riad Seif, homme d’affaires damascène et ancien député libéral, sont plus propices à satisfaire les exigences occidentales de présentation. Faux-nez des islamistes ou fruits d’une réelle ouverture, l’avenir nous le dira. En tout cas, ces trois dirigeants sont des opposants de l’intérieur contrairement aux principaux leaders du défunt CNS, qui étaient pour la plupart exilés depuis plusieurs années.

A noter également que deux figures historiques et majeures de l’opposition syrienne Michel Kilo et son front démocratique, ainsi que Haytham Manna et sa Coalition pour le changement démocratique, n’ont pas accepté de prendre part à cette nouvelle opposition. Trop largement dominée par le CNS et pas ouverte au dialogue disent-ils. Signe que les divergences demeurent.

Sans surprise, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni se sont félicités de la signature de l’accord, le ministre français des Affaires étrangères le définissant comme «une étape majeure dans le processus indispensable d’unification de l’opposition syrienne». Sans surprise non plus, la Russie préfère le dialogue et le régime syrien ne doute pas d’un nouvel échec.

Force est de constater en définitive que peu de lignes bougent. Ou comme disait Lampedusa dans Le guépard, que citent tous ceux qui ne l’ont pas lu, «il faut que tout change pour que rien ne change».

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