Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

« Damas, parmi d’autres pistes »

Posted by jeunempl sur octobre 24, 2012

La Libre – Vincent Braun

Qui a voulu la mort du général Wissam al Hassan ?

Rudolf El-Kareh, politologue et sociologue libanais, nous dit pourquoi la piste de Damas n’est pas la seule dans l’enquête sur l’attentat à la voiture piégée, vendredi dernier à Beyrouth. Trois personnes y avaient péri, dont le général Wissam al Hassan, le chef du service de renseignement des Forces de sécurité intérieure (équivalent à la gendarmerie en Occident). Le Premier ministre libanais Najib Mikati, qui avait consécutivement présenté sa démission au chef de l’Etat Michel Sleimane, est resté en place.

Cet attentat avait-il pour objet d’obliger le gouvernement libanais à modifier sa position neutre face à la crise en Syrie ?

Oui, de l’entraîner à prendre position pour l’une ou l’autre partie, au détriment des relations officielles d’Etat à Etat. Le Liban serait devenu un territoire ouvert à tous les vents, ce qui aurait affaibli ses institutions et l’aurait fragilisé face aux Israéliens. Dans la crise syrienne, toutes les puissances régionales sont impliquées. Conscient de la fragilité du Liban, le gouvernement libanais a décidé une politique de non-engagement, axée sur les liens officiels entre les deux Etats, afin d’éviter un débordement de cette crise sur le pays. L’expression arabe signifie d’ailleurs « je me mets en réserve », ce qui signifie que je ne m’implique pas aux côtés des uns ou des autres. Compte tenu des divergences entre les différentes fractions politiques libanaises, cette attitude a jusqu’à présent protégé le Liban et préservé son unité.

Cette position est-elle toujours tenable ?

Elle l’est d’autant plus qu’elle est soutenue officiellement par les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi que par l’Union européenne. Pour l’instant, le gouvernement Mikati sort renforcé de cette épreuve.

Qui a voulu la mort du général Wissam al Hassan ?

On sait que le général assassiné et le département de renseignement de la gendarmerie qu’il dirigeait ont agi à divers niveaux. Certaines des opérations ont pu plaire aux uns et déplaire aux autres. La position du directeur général des Forces de sécurité intérieure (le général Achraf Rifi, supérieur hiérarchique d’al Hassan, NdlR) paraît intelligente et sage. Il a fourni des hypothèses et n’en a exclu aucune, ce qui est normal quand on fait une enquête sur ce type d’attentat. L’hypothèse de vengeance de Damas est l’une des hypothèses envisagées, comme celle d’une action menée par les Israéliens en réponse au démantèlement de 24 réseaux d’espionnage au Liban et de 17 réseaux en Syrie. La piste de l’extrémisme radical est aussi soulevée car, dans la ligne politique fixée par l’Etat libanais, le terrorisme radical est placé sur le même plan que le terrorisme d’Etat israélien.

S’agissait-il de déstabiliser le Liban ?

Un attentat politique a toujours pour but de provoquer une réaction dans un contexte donné. Il semble que la première phase de la stratégie initiée par l’attentat ait échoué. Le gouvernement Mikati est toujours là et il conforte ses positions après avoir tenu ses engagements internationaux. Dans le désordre actuel, l’absence de gouvernement ne peut aboutir qu’au désordre et au chaos, ce qui pourrait être extrêmement grave pout l’Etat libanais et la société.

Qui a intérêt aujourd’hui à déstabiliser le Liban ?

Des analyses superficielles prétendent que la Syrie a intérêt à exporter son conflit au Liban. Or, il semblerait que le rapport de force dans la partie qui se joue dans la crise syrienne bascule progressivement en faveur du pouvoir en place. L’Etat et les institutions sont toujours présents. Dans cet ordre d’idée, on ne voit pas a priori l’intérêt de déstabiliser le Liban. Le pouvoir syrien a au contraire intérêt à ce que le Liban maintienne sa politique de « réserve positive ».

Mais pourquoi y a-t-il cet unanimisme pour pointer Damas d’un doigt accusateur ?

Lorsqu’on profère une accusation automatique, cela se rapproche d’un procès politique. C’est de l’orientation idéologique. La propagande fonctionne, comme vous le savez, sur les processus de personnalisation et de diabolisation. Et aujourd’hui, par le biais du battage médiatique, le président syrien est aux yeux d’une bonne partie de l’opinion mondiale le diable incarné.

Faut-il lire cet événement dans le contexte régional ?

Je pense qu’il faut analyser l’attentat dans le grand jeu géopolitique dont la région est le théâtre et dans le contexte de ses implications internationales. La Russie et la Chine sont de retour. La puissance absolue des Etats-Unis conséquente à la chute du Mur de Berlin est remise en cause. L’Europe s’est révélée incapable de construire sont autonomie politique. Celle-ci lui aurait permis de jouer un rôle médiateur dans les crises internationales dont le Proche-Orient est aujourd’hui la scène centrale.

Compte tenu des évolutions actuelles, il semble que l’on se dirige aujourd’hui en Syrie vers la recherche d’un compromis, dans le cadre d’un arrangement stratégique entre la Russie et les Etats-Unis. Celui-ci se traduirait aux niveaux régional et international par une nouvelle configuration politique et économique. Dans cette perspective, il semble que l’ensemble des protagonistes cherchent à renforcer leurs positions et leurs atouts.

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