Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Etat et partis : Impuissance généralisée

Posted by jeunempl sur juillet 29, 2012

Julien Abi Ramia – L’Hebdo Magazine

Les journaliers de l’EDL, dont les problèmes ne sont toujours pas réglés, ont ouvert la voie à l’ensemble des fonctionnaires du service public qui manifestent, depuis plusieurs jours, contre la stagnation de leurs salaires. Une colère sociale qui reflète l’apathie du monde politique traversé de multiples remises en cause.

L’enchevêtrement de crises qui secouent le pays depuis des mois ne doit rien au hasard. Le verdict est sans appel. La politique de distanciation, promue par le gouvernement vis-à-vis du conflit en Syrie, a lamentablement échoué. Avec en son sein un Hezbollah plus proche que jamais de la ligne de mire de la communauté internationale et d’Israël, un Najib Mikati décidé à satisfaire les instincts communautaires des sunnites et un CPL incapable d’imposer son agenda intérieur, le résultat était connu d’avance. Dernière preuve de cet échec, l’affaire Mansour-Sleiman. Lundi, le chef de l’Etat a demandé au ministre des Affaires étrangères, Adnan Mansour, de convoquer l’ambassadeur syrien à Beyrouth, Ali Abdel Karim Ali, et de lui remettre une lettre de protestation contre les atteintes répétées à la souveraineté du Liban. Mais le ministre, nommé par Nabih Berry, a préféré lui envoyer une note diplomatique, estimant que «la convocation n’est pas de mise entre frères».

Plus occupés par la survie ou non du régime de Bachar el-Assad, les politiques ont délaissé ce qui devrait être leur rôle premier en ces temps incertains: canaliser la colère de la population. Depuis plusieurs semaines, ils sont débordés de toutes parts. Jusque dans les institutions publiques, infectées jusqu’à la moelle par le cancer le plus agressif dont souffre le pays, à savoir la surpuissance des partis qui ont annihilé il y a 40 ans toute notion d’intérêt général et d’impartialité.

Le corporatisme à la sauce libanaise

A la faveur de la paralysie du gouvernement, les fonctionnaires mettent la pression. Après plus de 80 jours de grève, de sit-in et de manifestations, le mouvement des journaliers de l’EDL persiste. Devant le siège de l’institution à Beyrouth, ils sont quelques dizaines, à intervalles réguliers, à entraver le travail de la compagnie en brûlant des poubelles ou en empêchant les techniciens de terrain d’utiliser leurs véhicules de fonction. Le mouvement s’est externalisé dans le Sud et dans la Békaa où les journaliers n’hésitent pas à bloquer les routes.

On le sait, l’affaire dépasse largement les questions légitimes de revendication salariale. Le bras de fer qui oppose les employés de l’EDL à la direction se joue sur le terrain politique entre Nabih Berry et le CPL. Pour apaiser les tensions, Gebran Bassil a rencontré ces derniers jours des hauts responsables du Hezbollah et le leader des Marada. Sleiman Frangié, jusque-là extrêmement discret, s’est entretenu avec le président du Parlement. Le ministre de l’Energie a par ailleurs appelé les partisans du CPL «à la retenue». «Il faut s’exprimer de manière civilisée, le message parviendra à son destinataire et les droits de tous seront satisfaits. Je comprends le profond malaise des employés et j’espère qu’ils feront preuve de compréhension». Un discours de circonstance, solidarité politique oblige. Car, entre les deux partenaires, le contrat de confiance a été sévèrement écorné et rien ne laisse présager de la fin du mouvement.

D’autant que, malgré les mises en garde des autorités de tutelle, le comité de coordination de la Fonction publique a appelé lundi à une grève générale pour protester contre le retard que prend la promulgation d’une nouvelle échelle des traitements et salaires. Le lendemain, ce sont plus de 200 000 fonctionnaires qui se sont mis en congé de travail. Des piquets de grève ont été mis en place aux entrées de nombreux ministères. Premier touché, le ministère de l’Education qui devrait plancher en ce moment sur la correction des épreuves officielles. Le ministre Hassan Diab proteste contre ce qu’il a qualifié de «grève sauvage qui compromet les inscriptions universitaires de 40 000 élèves des classes terminales et la seconde session d’environ 60 000 élèves du brevet. Ce sont 100000 élèves ainsi pris en otage».

Dans la mesure du possible

Pour répondre à la colère sociale, il ne faudra pas compter sur la prochaine séance de dialogue. La semaine dernière, au cours d’une réunion élargie de ses cadres à Beit el-Wassat, le 14 mars a décidé d’y suspendre sa participation. Pour un éventuel retour à la table des négociations, l’opposition réclame deux mesures préventives. D’abord l’ouverture à la justice des données téléphoniques suite aux tentatives d’assassinat dont ont été victimes Sami Gemayel, Samir Geagea et Boutros Harb, ensuite l’inscription à l’ordre du jour de la question des armes de la Résistance. Une position qui a sans doute mis le président Sleiman dans l’embarras. Le chef de l’Etat a dépêché Khalil Hraoui auprès des piliers du 14 mars pour les convaincre de revenir sur leur décision. La tentative ayant échoué, le couperet est tombé mardi. «A la suite des concertations entreprises par le chef de l’Etat avec les divers protagonistes du comité de dialogue, et du fait de la nécessité d’entreprendre des concertations supplémentaires, le président de la République a décidé de reporter la séance au 16 août», a indiqué un communiqué émanant de Baabda.

Visiblement, l’opposition est dans une phase d’attente. La précipitation des événements en Syrie l’a sans doute conduite à rester en retrait et à observer l’évolution de la situation de l’autre côté de la frontière. Sur le plan institutionnel, le 14 mars est dans une position confortable. En tout cas, il a su unifier ses rangs. Une gageure au vu de ce qui se passe du côté du gouvernement et de la majorité.

L’enchevêtrement de crises qui secouent le pays depuis des mois ne doit rien au hasard. D’autant que la communauté internationale s’intéresse désormais de très près à ce qui se passe au Liban car elle estime aujourd’hui que le pays du Cèdre est devenu partie intégrante du conflit en Syrie.

Au cours d’un entretien mardi avec le Premier ministre Najib Mikati, le coordonnateur spécial des Nations unies pour le Liban, Derek Plumbly, a exprimé sa préoccupation devant les incidents qui se sont récemment produits le long de la frontière avec la Syrie. Israël a mis en garde contre un éventuel acheminement d’armes chimiques syriennes à destination du Hezbollah et des milliers de réfugiés syriens ont afflué ces derniers jours. Le Liban entre en zone de turbulences.
Julien Abi-Ramia

Houssam Houssam réapparaît

Dimanche dernier, une vidéo, postée par les rebelles syriens, a annoncé la capture, la veille, dans le quartier de Mazzé à Damas, de Houssam Houssam, ce supposé agent des renseignements syriens qui avait présenté un faux témoignage dans l’affaire de l’assassinat de Rafic Hariri. L’homme qui apparaît sur les images présente en effet une forte ressemblance avec l’agent syrien en question. Il se présente comme «Houssam Taher Houssam, témoin de l’affaire du martyr et défunt Rafic Hariri». «J’ai des informations, emmenez-moi à Beyrouth, laissez-moi juste rejoindre Beyrouth et je vous révélerai de grandes surprises que vous n’avez même pas rêvé d’avoir, emmenez-moi juste à Beyrouth». Le chef du groupe rebelle, Abou Ali Doumani, a expliqué: «l’enquête que nous avons menée avec Houssam a révélé des sujets explosifs jusque-là inconnus du public qui sera surpris de les entendre». Au Liban, les réactions ne se sont pas fait attendre. Du côté du Courant du futur et de Marwan Hamadé, on préfère adopter une position de méfiance vis-à-vis de Houssam. «Il faudrait que la justice l’entende», a déclaré l’ancien ministre. Au bureau du TSL, on explique que c’est au procureur du tribunal de décider s’il veut entendre les «surprises» promises par le captif des rebelles syriens. Il faut noter que Le TSL ne considère pas Houssam Houssam comme un faux témoin, puisqu’il n’a pas encore témoigné devant le Tribunal, mais seulement devant la Commission d’enquête internationale.

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