Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Entre le Nord et le Sud, le facteur palestinien…

Posted by jeunempl sur juin 21, 2012

Scarlett Haddad (L’Orient le Jour)

Les incidents sécuritaires successifs qui se produisent presque quotidiennement entre le Nord, la Békaa et les camps palestiniens ont beau être minimisés par les milieux officiels, il reste qu’ils sont difficilement imputables au pur hasard. Au contraire, la plupart des observateurs s’accordent à dire qu’ils s’inscrivent dans le cadre d’un plan soigneusement mis au point, qui vise à utiliser la sécurité au Liban comme moyen de pression en rapport avec la crise syrienne. Certains rendent le régime syrien responsable de cette manœuvre dans le but de desserrer l’étau autour de lui et d’autres pensent au contraire que c’est l’opposition syrienne et ses parrains arabes et internationaux qui tiennent absolument à créer une zone tampon le long de la frontière syrienne pour faciliter la circulation des armes et des combattants vers l’intérieur syrien. En réalité, les deux versions pourraient ne pas être si contradictoires, l’opposition utilisant la carte du Nord et de la Békaa, et le régime faisant en partie bouger la carte palestinienne. Quelle que soit la version adoptée, le résultat sur le terrain reste inquiétant. Chaque nouvel incident est une atteinte de plus contre l’armée libanaise et son rôle dans les régions frontalières. S’il ne s’agit pas clairement de la pousser à se retirer, elle est en tout cas en train d’être paralysée. Et ces agissements posent un nouveau problème, celui de la sécurité des minorités dans ces régions.

À mesure que l’opposition syrienne aidée par des parties libanaises devient de mieux en mieux organisée au Liban, la situation libanaise devient de plus en plus liée aux développements en Syrie. Au village d’al-Dabbabiyé, par exemple, situé sur la côte du Akkar, à la frontière avec la Syrie, des éléments armés pro-opposition syrienne se sont déployés récemment sur les collines surplombant les positions de l’armée syrienne de l’autre côté de la frontière. Il y a quelques jours, il y a eu ainsi un véritable échange de tirs entre les deux camps, pendant près de cinq heures, selon les habitants du village qui sont chrétiens et musulmans. Une bonne entente règne d’ailleurs entre eux puisqu’à la suite des dernières élections municipales, ils ont convenu d’une présidence tournante du conseil municipal, deux ans pour les chrétiens et deux ans pour les musulmans.

Cette belle entente est désormais toutefois menacée, puisque certains éléments armés tirent sur les positions syriennes à partir du quartier chrétien, poussant les habitants de ce quartier à quitter leurs maisons par crainte de représailles. Simple hasard ou plan soigneusement établi ? Ajoutées au dynamitage des biens alaouites dans certains quartiers de Tripoli – qui ont fait l’objet de condamnations politiques sans la moindre poursuite judiciaire –, ces actions peuvent difficilement être classées dans la rubrique des dommages collatéraux. Elles visent probablement à créer un environnement confessionnel favorable à l’opposition syrienne et à la mouvance islamique. D’autant que si l’armée libanaise avait les coudées franches dans la région, les habitants ne se sentiraient pas menacés.

Il y a quelques jours, les forces sécuritaires avaient ainsi arrêté à Halba deux personnes appartenant à la mouvance islamiste transportant des armes. Aussitôt, des éléments armés ont bloqué les grands axes routiers du Akkar et, à cause de la pression politique et populaire, les deux personnes ont été relâchées. C’est dire que les forces de sécurité, pourtant plus puissantes militairement parlant, sont neutralisées par une sorte d’équilibre politico-confessionnel qui paralyse leur action.

Même situation dans le jurd de Ersal (à la frontière syrienne avec la Békaa) où après la mort d’un trafiquant à Kherbet Daoud, le chef de la municipalité du village a appelé les habitants à s’armer alors qu’une réunion se tenait pour constituer une milice « chargée de défendre » la localité.

C’est dans ce contexte que les camps palestiniens ont commencé à bouger. À la suite du premier incident avec l’armée à Nahr el-Bared, une délégation d’ulémas, venue en principe présenter ses condoléances à la suite de la mort d’un jeune Palestinien dans des circonstances peu claires, a cherché à enflammer la foule en appelant les Palestiniens des camps à rallier l’opposition syrienne. Les faits ne se sont pas limités à ce camp, puisque la seconde tentative a eu pour théâtre le camp de Beddaoui, dans la banlieue de Tripoli, avec la volonté de le faire basculer lui aussi aux côtés de l’opposition syrienne. De la sorte, en dépit de leurs moyens militaires, les forces de sécurité auraient désormais en face d’elles un environnement populaire hostile et ne pourraient donc plus remplir leur rôle dans la région. Et si, aux dernières nouvelles, un accord aurait été conclu entre les organisations palestiniennes à Nahr el-Bared et des représentants de l’armée, le prestige des forces militaires n’en reçoit pas moins un coup.

La « fièvre palestinienne » s’est ensuite étendue au camp de Aïn el-Héloué à Saïda, le plus important et le plus incontrôlable du Liban, où les forces les plus contradictoires cohabitent dans un équilibre très précaire. Faire bouger Aïn el-Héloué, c’est réveiller de vieux démons, mais aussi brouiller les cartes et détourner le conflit qui commence avec l’armée et se poursuit à travers une lutte entre les différentes factions palestiniennes dont certaines sont établies à Saïda même… C’est dire que l’utilisation de la carte palestinienne est une arme à double tranchant. En d’autres termes, c’est ajouter une nouvelle complication à une situation déjà suffisamment embrouillée. Certes, nul ne croit encore à une extension des troubles au Liban, mais la situation est particulièrement délicate et l’introduction du facteur palestinien dans les remous actuels n’est pas l’indice d’un apaisement imminent…

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