Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

L’affaire des otages et le plan pour discréditer le Hezbollah

Posted by jeunempl sur mai 29, 2012

(Scarlett Haddad – L’Orient le Jour)

Il est difficile de s’y retrouver dans l’étrange affaire de l’enlèvement des onze pèlerins libanais près d’Alep, en Syrie. Le cafouillage généralisé, les informations contradictoires et le flot de déclarations faites par des personnalités jusque-là pratiquement inconnues du grand public, sans parler des correspondances multiples des envoyés spéciaux dans la banlieue sud, en Turquie et ailleurs, ont ajouté à la confusion générale. Mais il reste qu’en gros, il ya deux lectures de l’événement. La première consiste à considérer que le passage des pèlerins a été considéré comme une aubaine pour un des groupes de l’opposition syrienne qui a estimé qu’il pourrait les échanger « utilement », avant que l’affaire ne le dépasse complètement et ne devienne un enjeu régional. En d’autres termes, selon cette lecture, l’enlèvement aurait eu lieu par hasard, avant d’être récupéré par des parties régionales, un peu dans le genre de ce qui se passait au Liban dans les années 80.

L’autre lecture est de considérer que cet enlèvement s’inscrit dans le cadre du complot visant à susciter une discorde entre sunnites et chiites au Liban. Il est intervenu après une série d’incidents qui avaient le même objectif et qui se sont articulés selon la logique suivante : il s’agissait d’abord de discréditer les institutions de l’État qui rassemblent les Libanais, l’armée, les services de sécurité et la justice. Il fallait ensuite entraîner les différentes composantes de la société libanaise dans des affrontements qui pousseraient chaque groupe à se replier sur lui-même. C’est d’ailleurs l’importance de recourir à des francs-tireurs dont l’action empêche les échanges entre deux quartiers et deux camps adverses. De la sorte, la tension ne cesse de monter entre les différentes factions et le terrain devient favorable à l’éclatement de la discorde.

C’est dans ce climat que se produit l’enlèvement des onze pèlerins près d’Alep qui était destiné à pousser leurs proches à manifester dans la rue, alors que la tension provoquée par la mort des deux cheikhs au Akkar n’avait pas encore baissé, provoquant ainsi des frictions avec la rue sunnite encore sous pression.

Mais le plan s’est heurté à la sagesse des commandements d’Amal et du Hezbollah qui ont rapidement demandé aux proches des pèlerins enlevés de ne pas descendre dans la rue et d’attendre les résultats des négociations. Plus encore, l’enlèvement des pèlerins a provoqué, à la surprise générale, une sorte d’élan national, l’ancien Premier ministre Saad Hariri ayant été le premier à donner le ton en se déclarant prêt à déployer tous les efforts nécessaires pour aider à la relaxe des otages. Il a même mis son avion personnel à la disposition des pèlerins pour les ramener de Turquie au Liban. Un scénario idéal avait même été évoqué selon lequel Saad Hariri reviendrait au Liban avec les pèlerins et serait pratiquement accueilli en sauveur par ceux-là mêmes qui avaient œuvré au renversement de son gouvernement. De la sorte, une issue honorable pour tout le monde serait trouvée et l’ex-Premier ministre, dont le courant a perdu un peu de son influence sur la rue sunnite au profit des islamistes, reprendrait en quelque sorte la main à partir d’une position de force. Le dialogue national (réclamé d’ailleurs par le roi Abdallah d’Arabie) reprendrait dans des conditions plus favorables et le Liban aurait ainsi mis en échec toutes les tentatives de discorde confessionnelle interne.

Or c’est justement ce que ne voulaient pas ceux qui ont commandité l’enlèvement des pèlerins. C’est pourquoi après la série de bonnes nouvelles, le cafouillage a été total. Une source médiatique révèle à cet égard qu’une chaîne de télévision arabe avait reçu des informations vendredi soir sur le fait que les pèlerins libanais ne seraient pas libérés. Elle était d’ailleurs la seule à donner ce son de cloche alors que tous les autres médias se préparaient à les accueillir, certains ayant même envoyé des équipes en Turquie.

À ce sujet, l’attitude des autorités turques reste une énigme. Elles avaient annoncé vendredi soir aux dirigeants libanais que les pèlerins se trouvaient sur leur territoire et qu’ils seraient libérés dans les prochaines heures, avant de se rétracter le lendemain, invoquant un malentendu. Mais comment celui-ci a-t-il pu se produire avec tour à tour le ministre des Affaires étrangères, le Premier ministre et Saad Hariri ?

La version qui circule dans les milieux proches du Hezbollah est que les dirigeants turcs ont changé d’avis, après avoir subi des pressions en ce sens. Ceux qui veulent déstabiliser le Liban auraient ainsi vu que l’enlèvement des pèlerins est en train de consolider l’unité nationale. Il fallait par conséquent reporter leur libération. D’abord pour discréditer le secrétaire général du Hezbollah qui avait promis leur relaxe imminente, le jour-même où il célébrait la libération du Sud en 2000 et, ensuite, pour pousser les proches des pèlerins à se soulever contre lui.

Ceux qui veulent déstabiliser le Liban misent, toujours selon les milieux proches du Hezbollah, sur le fait que les proches des pèlerins ne peuvent pas attendre éternellement et qu’ils finiront par se rebeller contre le Hezbollah qui ne tient pas ses promesses. En tout cas, la lenteur dans le règlement de cette affaire ne peut que nuire à ce parti qui oblige la rue à la retenue, mais ne peut rien lui donner en contrepartie et, au contraire, veut l’entraîner malgré elle dans le conflit syrien.

Les milieux proches du Hezbollah s’empressent d’ajouter que ces paris sur un soulèvement chiite contre le parti échoueront, comme tous les autres plans imaginés pour frapper la résistance, car celle-ci ne se laissera pas détourner de sa bataille initiale qui reste contre l’ennemi israélien. Mais ils précisent que les manœuvres visant à reporter la libération des pèlerins n’auraient pas été possibles si les négociations entre l’Iran et la communauté internationale qui se sont déroulées à Bagdad avaient été un succès. Contrairement aux prévisions iraniennes, ces négociations n’ont pas abouti à une percée notoire, en raison notamment du fait que certaines parties ne veulent pas d’un accord global…

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