Mouvement pour le Liban

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Tariq Jdidé : La forteresse sunnite

Posted by jeunempl sur mai 28, 2012

L’Hebdo Magazine – Arlette Kassas

Il n’a fallu que quelques heures à la tension provoquée au Akkar par la mort des deux cheikhs, Ahmad Abdel-Wahed et Khaled Merheb, pour s’étendre à Beyrouth, plus précisément à Tariq Jdidé, théâtre de très nombreux incidents ces dernières années.

Du Akkar à Beyrouth, le chemin fut court. Des combats de rue à l’arme automatique et aux roquettes ont opposé, dans le périmètre de la Cité sportive et de l’Université arabe, le Parti du courant arabe, de Chaker Berjaoui, une petite formation sunnite proche du Hezbollah, à des partisans du Courant du futur. Les combats ont eu lieu autour de la permanence de Berjaoui.

Deux versions sont avancées. La première dit que les affrontements ont commencé lorsqu’une dizaine d’hommes de Berjaoui ont ouvert le feu sur des adolescents du quartier qui brûlaient des pneus en réaction à la mort des deux dignitaires sunnites au Akkar. Les incidents ont rapidement dégénéré, les jeunes ayant été rejoints par des adultes armés.

La deuxième version renverse les rôles. Les sympathisants du Courant du futur s’en seraient pris aux partisans de Berjaoui, et ont attaqué le bureau où il se trouvait en compagnie de douze autres personnes. Des armes légères et moyennes, dont des roquettes RPG7, ont transformé la rue en terre brûlée. Berjaoui assure que ses partisans ne s’en sont pas pris aux manifestants qui ont bloqué les rues et mis à feu à son bureau mais que les actions de ces derniers reflètent une volonté de supprimer une force sunnite qui ne partage pas leur point de vue. Bilan des combats: deux morts parmi les partisans de Berjaoui et dix-huit blessés, alors que le chef du Courant arabe est évacué in extremis à bord d’une voiture blindée envoyée, avec des gardes du corps, par ses alliés des Mourabitoun. Le calme est revenu dans la région. Vingt-cinq roquettes RPG7 et une centaine de grenades auraient été tirées pendant les combats.

Retour à un passé récent

Tariq Jdidé est, depuis plusieurs années, le théâtre d’incidents qui secouent la capitale. Cette région s’étend du Horch de Beyrouth, au nord, jusqu’à la fin de la rue Sabra, côté sud. Elle compte plus d‘un quart des habitants de Beyrouth.

Vers le début des années 90, Tariq Jdidé change de face. L’ombre politique de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, commence à planer sur elle. Les services rendus en son nom dans la région lui donnaient une place de choix chez les habitants. Toutefois, son premier contact direct avec ces derniers n’a lieu qu’en 1996, durant les élections législatives qui l’ont placé à la tête du gouvernement. Le poids des autres leaders sunnites n’a pas résisté. Les petits «abadays» de rues ont évacué la place et la région est devenue quasiment pro-haririenne.

En 1996, l’étoile de Taha Qoleilat commençait à briller, mais le scandale de la banque al-Madina l’éteignit rapidement. Les élections législatives de 2000 consacrent le leadership de Hariri sur Tariq Jdidé, après la violente campagne médiatique menée contre lui, et dont il sort victorieux.

Avec l’assassinat de l’ancien Premier ministre, le 14 février 2005, les habitants de Tariq Jdidé s’insurgent contre les Syriens. La région n’était déjà pas favorable à l’armée syrienne depuis le début des années 80, lorsque les maisons du quartier avaient été perquisitionnées par les Syriens en quête d’armes. Ils avaient manifesté leur mécontentement après l’assassinat du mufti Hassan Khaled, et à plusieurs autres reprises, mais ils avaient fini par apprendre à composer, comme bien d’autres, avec la présence syrienne. Le choc provoqué par la mort de Hariri et les événements qui l’ont accompagnée ont isolé la région de son environnement.

«Allah, Hariri, Tariq Jdidé»

Le 23 janvier 2007, l’opposition manifeste contre le gouvernement de Fouad Siniora. Les jeunes de Tariq Jdidé se mobilisent et demandent des armes. Deux jours plus tard, des incidents éclatent à l’Université arabe entre partisans du Courant du futur et sympathisants du Hezbollah et du mouvement Amal. Le bureau du Parti syrien national social (PSNS) dans le quartier est incendié. Le 18 avril dernier, la Cour militaire interpelle dix-neuf jeunes de la région, impliqués dans les incidents de 2007, accusés d’avoir porté atteinte à la paix civile et avoir tenu tête aux forces de sécurité. Tariq Jdidé devient la «forteresse des sunnites», fidèle à Saad Hariri en mémoire de son père.

Le 29 avril, le Courant du futur tient un meeting de solidarité avec le peuple syrien dans le quartier, interprété comme un test à sa popularité malgré l’absence de Saad Hariri et la réduction des aides sociales et financières distribuées par son parti.

Outre le courant de Berjaoui, Tariq Jdidé abrite l‘Association des projets de bienfaisance islamique, un mouvement islamiste soufi, jadis très proche de la Syrie et hostile au wahhabisme.

Appelés les Ahbache, apparus pendant la guerre du Liban, sous la houlette d’un cheikh éthiopien établi au Proche-Orient, ils se voient reconnaître une légitimité par des représentants de l’Université al-Azhar.

Vers la mi-mai, de violents affrontements opposent des partisans des Ahbache et de la Jamaa islamiya. Bilan: deux blessés. L’un d’eux, Abdel-Salam Mouftah, décède à ses blessures samedi dernier. Les Ahbache décrètent une grève d’un jour et demandent aux autorités de poursuivre l’enquête afin d’arrêter les criminels.

Les salafistes et les Palestiniens de Sabra y sont également présents ainsi que La Jamaa islamiya, la branche libanaise des Frères musulmans. Cette dernière s’est installée au Liban à partir de 1952, durant l’exil à Beyrouth de Moustapha Sibaï, superviseur général des Frères musulmans syriens, sous le régime d’Adib Chichakli. Mais ce n’est qu’en 1964 que la Jamaa islamiya est officiellement établie en parti politique. Son premier secrétaire général fut Fathi Yakan.

Egalement présent à Tariq Jdidé le Mouvement des nassériens indépendants (Mourabitoun), fondé par Ibrahim Qoleilat, qui a participé à la révolution de 1958 et rejoint, en 1975, le Mouvement national libanais (gauche pro-palestinienne) conduit par Kamal Joumblatt. Les Mourabitoun possèdent alors la plus importante milice sunnite sur la place libanaise. Avec l’évacuation des troupes palestiniennes du Liban et la sortie de l’OLP de Beyrouth, le mouvement perd son principal allié et soutien, et entre dans différents conflits avec les autres factions pour le contrôle de Beyrouth-Ouest. En 2001, le mouvement annonce son retour sur la scène politique. Il participe aux événements de mai 2008 et réussit à occuper deux bureaux du Courant du futur dont il restitue un au propriétaire, après l’accord de Doha, alors que l’autre est livré à l’Armée libanaise.

Cependant, le Courant du futur reste le mouvement le plus populaire dans ce quartier, affichant le slogan: «Allah, Hariri, Tariq Jdidé».

Une vieille histoire sunnite

La région de Tariq Jdidé a toujours réagi aux incidents politiques. Après l’assassinat de l’ancien Premier ministre de l’Indépendance, Riad Solh, les habitants du quartier se sont dirigés vers les souks et ont brisé les vitrines de plusieurs magasins. Solh était le symbole de tous les habitants quelle que soit leur condition sociale.

Qui est Chaker Berjaoui?

Chaker Berjaoui a participé à la guerre civile de 1975 alors qu’il n’avait que 14 ans. Il est blessé durant la bataille des hôtels. Il est chassé d‘Allemagne de l’Est, où il poursuivait ses études, pour avoir frappé un camarade. Il part au Yémen du Sud avant de revenir occuper au Liban un poste de responsabilité dans le Baas irakien. Il est de nouveau blessé au Napalm durant l’invasion israélienne de 1982 alors qu’il combattait contre les Israéliens. Il forme le Mouvement du 6 février dont les bureaux ont été occupés par Amal en 1984. Il est arrêté par les Syriens, et passe plus de cinq ans dans les prisons syriennes. Au Liban, il se retrouve derrière les barreaux pendant un an pour avoir enlevé une patrouille libanaise. Il en sort en 1996. En 2000, il change le nom de son mouvement en Parti du courant arabe. Il part en Suède après l’assassinat d’Elie Hobeika, et retourne deux ans plus tard. Il fait alors partie de la cellule Hamad. Sympathisant avec le Courant du futur pendant un certain temps, il se retourne contre lui en 2006.

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