Mouvement pour le Liban

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L’armée se déploie après trois jours de combats : Tripoli, berceau du salafisme

Posted by jeunempl sur mai 18, 2012

L’Hebdo Magazine – Mona Alami

Le nom d’Allah domine Tripoli, sous forme de calligraphies ponctuant la ville ou de statues exposées sur les places. Le week-end dernier, il a une fois de plus été brandi dans les affrontements entre sunnites et alaouites, rééditant, comme par le passé, une nouvelle guerre pour les autres. Bilan: 9 morts et 90 blessés avant que l’armée, ayant obtenu une couverture politique complète, se soit déployée. Mais le feu couve sous la cendre.

Interviewé, il y a quatre ans, par Magazine, le prédicateur salafiste Omar Bakri lançait alors un avertissement: «Le bon fonctionnement des institutions étatiques maintiendrait les mouvances radicales (dont al-Qaïda) loin du Liban. Mais, au cas où le pays sombrerait dans la tourmente, la mouvance tenterait de gagner du terrain, l’organisation ne croit-elle pas à la théorie du chaos constructif?».

La question se pose une fois de plus. En effet, les divers gouvernements qui se sont succédé ces dernières années ont fait fi de ces recommandations et aucune mesure n’a été prise pour prémunir le chef-lieu du Liban-Nord contre les turbulences. A la suite de l’arrestation d’un membre de la communauté salafiste, Chadi Maoulawi, une nouvelle tempête a soufflé ce week-end sur la ville.

Ces violents affrontements ouvrent un nouveau chapitre, après tant d’autres, d’un conflit trentenaire. La ville se politise dans les années 70 et 80, les quartiers sunnite de Bab el-Tebbané et alaouite de Jabal Mohsen sont partagés selon leur allégeance ou leur opposition à la cause palestinienne, avec en toile de fond une islamisation de la rue sunnite. Des combats de rue firent de nombreux morts, de part et d’autre, culminant par un massacre perpétré à Bab el-Tebbané, en 1986, qui a fait près de 300 morts. Depuis, aucun véritable travail de réconciliation entre les communautés sunnite et alaouite n’a été entrepris et les habitants des deux quartiers se regardent en chiens de faïence.

L’après 2005

L’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, en 2005, n’a fait qu’attiser les tensions. Après cette tragédie, la ville a été secouée par de multiples attentats, orchestrés par des islamistes, suivis par la guerre de Nahr el-Bared ainsi que par de sanglants conflits entre alaouites et sunnites. Tripoli, où résident de nombreux salafistes accusés d’activités terroristes, fait régulièrement l’objet des grands titres des journaux. Elle est, depuis les années 60 du siècle dernier, le berceau du salafisme libanais. Le courant a été fondé par le cheikh Salem el-Chahal, père de l’actuel prédicateur Daï el-Islam el-Chahal, une des figures de proue du mouvement fondamentaliste. Après la mort de son fondateur, le mouvement se divise en plusieurs courants, tout en restant dominé par le cheikh Daï el-Islam el-Chahal. Au nombre de ces factions, souvent aux prises avec certaines rivalités, figurent celles du cheikh Siraj Mounir el-Boukhari et du cheikh Safouan Zohbi.

Mais le courant salafiste n’est pas seul à Tripoli où prolifèrent, également, de nombreux groupuscules islamistes à l’instar de l’Association des Ahbache et du Mouvement de l’unification islamique (Tawhid), fondé par cheikh Saïd Chaaban. Du vivant du cheikh Chaaban, les vues adoptées par les salafistes et les membres du Tawhid se rejoignaient, mais depuis sa mort, les deux factions sont aux antipodes l’une de l’autre en raison de l’allégeance du Tawhid à l’Iran et à la Syrie.

Tout donc condamne Tripoli à cette destinée trouble. Selon le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG), la ville abrite une population «divisée par les enjeux actuels, animée par les souvenirs de la guerre civile et livrée essentiellement à elle-même jusqu’à ce que l’éclatement des violences les intègre opportunément au jeu politique».

Deux éléments viennent compliquer la donne. Le recul de plus en plus palpable du Courant du futur (CF) – parti modéré – de la scène politique tripolitaine et le déséquilibre des forces entre sunnites et chiites au niveau national, en raison de la structure du gouvernement, perçu à Tripoli comme étant dominé par le Hezbollah, ce qui exacerbe le sentiment communautaire et contribue à l’émergence de mouvances plus radicales.

La soumission croissante de la population locale aux organisations islamiques et salafistes est facilitée par l’absence de l’Etat et le dénuement dans lequel se trouve la ville où, près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, selon une étude du Pnud. Les services publics de base et le système éducatif sont défaillants. La précarité pousse les plus jeunes à rejoindre les différentes mouvances politiques et islamiques. «Nous avons remarqué dernièrement que de plus en plus de jeunes adolescents, “de nouveaux radicaux”, rejoignent des organisations suspectes, sans allégeance ou hiérarchie claires, et disposant de moyens de financement importants», souligne une source salafiste sous couvert d’anonymat. Les organisations salafistes et islamiques traditionnelles sont, elles, financées en majeure partie par les pays arabes, tels l’Arabie saoudite, le Qatar et le Koweït et possèdent de nombreux organismes caritatifs, des écoles et des mosquées. La communauté salafiste se serait réorganisée récemment, en raison notamment des événements de Syrie qui auraient, d’une part, réduit la capacité du Hezbollah à recruter au sein des salafistes, et d’autre part lui auraient permis d’attirer un plus grand financement saoudien et qatari.

Les différents cheikhs salafistes entretiendraient également d’excellents rapports avec l’armée, la police et les services de renseignements qui les manipuleraient à volonté. De même ces «nouveaux radicaux», dont certains ont pris part aux événements du week-end dernier «sont eux aussi manipulés par les services de renseignements locaux et internationaux, qui ont intérêt à voir se produire une nouvelle poussée de violence», ajoute la source salafiste. Les services de renseignements et le CF sont également pointés du doigt dans ce milieu fermé.

Des acteurs extérieurs transposent donc leurs querelles à Tripoli, où la guerre est moins coûteuse et plus facilement gérable, selon ICG. Tant que la relation Damas-Riyad se maintenait, la rue sunnite était sous contrôle, bien que les rancœurs soient vives, démultipliées par l’affaire des détenus islamistes. Ces derniers, au nombre de 160, dont certains sont accusés d’appartenir à la mouvance radicale de Fateh el-islam, sont en prison, en attente d’un jugement… depuis plus de cinq ans. Le mufti de Tripoli, le cheikh Malek el-Chaar, commente les récents incidents en ces termes: «Il n’y aura pas de sécurité sans justice».
Le journaliste et écrivain Hazem el-Amine, auteur d’un ouvrage sur le salafisme, qualifie les événements de ce week-end de «significatifs». «C’est une leçon pour tout le monde, dit-il, les choses ne peuvent plus se passer comme ça au niveau de la rue sunnite qui refuse les arrestations arbitraires et exige le jugement des prisonniers islamistes».

Jusqu’à présent, la structure très particulière du Liban, la cohabitation d’une multitude de communautés et l’islam traditionnel pratiqué par les sunnites, empêchaient l’institutionnalisation, à proprement parler, de mouvements extrémistes comme al-Qaïda.

Selon Amine, les salafistes restent un phénomène peu répandu au Liban et peu attrayant aux yeux de la communauté sunnite. «Bien qu’al-Qaïda ait la capacité de recruter au sein des jeunes marginaux, son action reste limitée, elle est également fragilisée au niveau international», ajoute le journaliste.

Mais l’islamisation de la rue tripolitaine revêt un caractère inévitable, aujourd’hui, notamment depuis que la polarisation du climat politique se conjugue avec la révolution en Syrie, à laquelle la communauté sunnite tripolitaine s’identifie fortement. «Le vide politique qui prévaut à Tripoli et la situation en Syrie vont entraîner une islamisation de la rue sunnite. Nous entrons dans une nouvelle phase avec l’émergence d’une rue pro-syrienne que l’on ne peut pas écarter», ajoute Hafez el-Amine.

Qui est Chadi Maoulawi?

Selon le cheikh salafiste Nabil Rahim, Chadi Maoulawi était un membre de la communauté ayant eu des démêlés avec la justice et accusé d’avoir participé à une organisation terroriste. Il se consacrait à la révolution syrienne auprès de laquelle il aurait combattu, ajoute Rahim.

Selon Hazem el-Amine, l’arrestation de Maoulawi aurait eu lieu sur demande de Damas. Il figurerait sur une liste de personnes ayant milité ou soutenu la révolution en Syrie. Le général Abbas Ibrahim, chef de la Sûreté générale, a toutefois déclaré que l’arrestation du militant avait été coordonnée avec une agence de sécurité occidentale, tout en confirmant qu’al-Qaïda existait au Liban.

La Sûreté générale aurait également mis en détention un Jordanien, Abdel-Malek Mohammad Youssef Othman Abdel-Salam, qui serait le coordinateur d’al-Qaïda en Afghanistan, Pakistan, Iran, Syrie, Jordanie et Liban. Le Jordanien jouerait un rôle logistique au sein de la nébuleuse et aurait reçu 20 millions de dollars d’un cheikh qatari de la famille Atiyah, selon Naharnet.

Les trois principes du salafisme

Le salafisme préconiserait une application rigoureuse de l’islam telle qu’elle l’était au temps du prophète Mahomet et de ses disciples. Cette approche est fondée sur trois principes: la croyance en un seul Dieu, la Daawa, ou le prosélytisme, et le jihad. Les mouvements salafistes au Liban se cantonnent cependant dans une application de l’aspect doctrinal de ces fondements, mis à part certains individus résidant dans la Békaa, dans les camps palestiniens et dans certains quartiers de Tripoli.

Jund Allah non impliqués?

Selon cheikh Nabil Rahim, les combattants salafistes appartenant à la mouvance de Jund Allah, occupant des positions dans le quartier de Kobbé, à Tripoli, n’auraient pas participé aux combats du week-end dernier. Cette mouvance, apparue en 1973, dépend aujourd’hui du cheikh Kanaan Naji, un homme qui serait, selon certaines sources, proche du leader salafiste Daï el-Islam Chahal.

Les figures de proue

Deux islamistes, les cheikhs Hachem Minkara et Bilal Chaaban, ont rejoint le 8 mars la ville de Tripoli. Le cheikh Minkara dirige le commandement militaire du Tawhid, une milice forte de plusieurs centaines de militants. Le cheikh Chaaban est à la tête du mouvement Tawhid, une faction sunnite dissidente du Groupe islamique libanais fondé par le cheikh Saïd Chaaban.

Le cheikh Safouan Zohbi, également proche du 8 mars, était le responsable de l’association koweïtienne Ihayaa Tourath al-Kowaiti, (le Renouveau culturel koweïtien). Il est cependant forcé à démissionner en raison de ses sympathies pour le Hezbollah et l’Iran.

Le Syro-Libanais Omar Bakri est un imam radical considéré, jusqu’en 2005, comme l’un des leaders du mouvement islamiste britannique. Il chante les louanges d’al-Qaïda après les attentats du 11 septembre 2001, provoquant son extradition de Grande-Bretagne. Il rejoint donc le Liban où il a été accusé récemment d’avoir fondé une organisation terroriste.

Daï el-Islam el-Chahal est le leader du courant salafiste au Liban-Nord. Diplômé de l’Université islamique de Médine, en Arabie saoudite, il est le fils du cheikh Salem el-Chahal. En 1995, son association, al-Hidaya, qui gérait plusieurs écoles et une radio, avait été dissoute par le gouvernement libanais pour incitation aux dissensions sectaires. Après le départ des troupes syriennes en 2005, l’association ouvre une nouvelle fois ses portes.

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