Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Farid Khazen : De la théorie à la pratique

Posted by jeunempl sur mai 9, 2012

Joëlle Seif – L’Hebdo Magazine

Engagé mais pragmatique, il prend la fonction publique très au sérieux. Cet académicien, détenteur d’un PhD en Relations internationales de la prestigieuse université Johns Hopkins, n’est pas tombé par hasard en politique. De la théorie, il n’a pas tardé à passer à la pratique. Depuis 2005, Farid Elias Khazen est député du Kesrouan-Ftouh et fait partie du Bloc du Changement et de la Réforme.

Né en 1960, Farid Khazen est professeur de sciences politiques et de relations internationales à l’AUB (American University of Beirut).

Après avoir terminé ses études aux Etats-Unis, il rentre, en 1982, au Liban, en pleine guerre, pour des raisons familiales. Il enseigne, depuis 1988, les sciences politiques et devient chef de ce département à l’AUB. Il se consacre alors à sa carrière académique. A son actif, plusieurs publications dont le célèbre The breakdown of the state in Lebanon, en 1997, qui sera traduit en plusieurs langues, ainsi que la rédaction de plusieurs articles et ouvrages sur le Liban et le Proche-Orient.

Elu en 2005 pour la première fois sur la liste du Bloc du Changement et de la Réforme, il sera réélu en 2009. «Depuis mon élection en 2005, j’enseigne à temps partiel et je n’ai plus de fonction académique. Malheureusement, je n’ai plus de temps à consacrer à la recherche non plus», confie le député.

Farid Khazen n’est pas un nouveau venu en politique. En 2000, il est l’un des fondateurs de la rencontre de Kornet Chehwan, dont le but était essentiellement de recouvrer la souveraineté et l’indépendance du Liban. Il est également le fondateur de la revue La défense nationale, qui paraissait au moment où Michel Aoun était commandant en chef de l’armée, et c’est à cette époque que remonte sa relation avec lui. «J’ai toujours été en contact avec le général et je le voyais régulièrement quand il était en France», raconte Farid Khazen.

«Avec le retrait de l’armée syrienne et le retour du général Michel Aoun, dit-il, deux opinions prévalaient au sein de la rencontre de Kornet Chehwan. La première voulait que toute l’opposition chrétienne, incluant le général Michel Aoun, forme des listes unifiées, et la seconde voulait que chacun fasse ses listes auxquelles pourrait éventuellement se joindre Aoun. J’étais partisan de la première opinion, et c’est dans cet esprit que j’ai voulu participer aux élections. Nous avons voulu constituer une liste au Kesrouan qui regrouperait tous les pôles de Kornet Chehwan. Pendant quelques jours, nous parlions de liste unifiée. Puis nous nous sommes rendu compte que des contacts secrets avec le Courant du futur avaient déjà été entamés et qu’il existait des accords sous la table. Je me suis alors présenté sur la liste du Bloc du Changement et de la Réforme».

Les quatre volets de la députation

Selon Farid Khazen, l’action d’un député comporte quatre volets: il y a d’abord l’aspect politique qui consiste dans le suivi des dossiers politiques, l’aspect législatif qui consiste à faire partie des Commissions parlementaires et à étudier les lois, l’aspect social qui consiste à aider les gens dans leurs requêtes, ainsi que les obligations sociales et, finalement, l’action qui porte sur le développement de la région.

«Depuis 2005, j’ai pris mon rôle au sérieux et j’ai établi un plan d’action. Avec un groupe d’amis de la région, nous avons fondé une ONG baptisée Mubadarat pour le développement. Entre 2005 et 2009, les circonstances étaient très difficiles et toute activité politique était gelée. Nous avons essayé de compenser avec Mubadarat.
Nous avons alors tenu un congrès pour le développement du Ftouh qui comportait plusieurs volets: les routes, les écoles publiques…

Plusieurs personnalités au Kesrouan ont été honorées dont Mgr Guy Noujaim, la Croix-Rouge, l’Association Saint-Vincent de Paul et la Chaîne des amis. C’est devenu un événement annuel que les gens attendent», explique Khazen. Des conférences portant sur les stations d’épurement et l’état des routes ont été également organisées. En 2011, un grand intérêt est porté à l’environnement, d’où la création du Parlement vert au Kesrouan. «Nous avons créé plusieurs clubs constitués par des jeunes dont le souci principal est l’environnement. Beaucoup de gens sont intéressés par ces activités. Le tout était de les réunir à travers une organisation bien établie», affirme le député.

L’activité de Mubadarat ne s’arrête pas là. Des formations gratuites ouvertes à tout le monde, et non seulement aux habitants de la région, sont organisées continuellement dans les villages du Kesrouan dans le but d’apprendre aux femmes de nouveaux métiers, tels que la fabrication du chocolat et des laitages (labné, fromage…). «Ce sont des formations qui durent entre un et deux mois et, à la fin desquelles, chaque femme obtient un diplôme lui permettant de travailler chez elle ou dans une entreprise», explique Farid Khazen. Pour lui, Mubadarat est une source de fierté et de satisfaction personnelle. «C’est une sorte de valeur ajoutée au travail public que j’effectue. Je le fais, car je me sens responsable envers les gens qui m’ont accordé leur confiance et m’ont élu. C’est un engagement pour moi».

A l’intérieur du Bloc du Changement et de la Réforme, Farid Khazen a un style qui lui est propre. Calme, discret, mesuré dans ses propos, il n’est pas du genre à s’emporter. «Mes positions sont claires et en accord total avec la ligne politique que tout le monde suit au sein du bloc». Pour lui, le Bloc du Changement et de la Réforme est le groupe parlementaire où il existe le plus de démocratie, de discussions et d’échange de points de vue. «Contrairement à l’image véhiculée et à la campagne menée pour donner une image négative, le général Michel Aoun est un homme ouvert à toute discussion, qui écoute chacun avec respect. C’est un homme transparent dans ses positions qui ne tient pas un double langage», confie le député du Kesrouan. Les rumeurs qui circulent prétendant que le général Michel Aoun pourrait cette fois se présenter ailleurs qu’au Kesrouan font sourire Farid Khazen. «Je ne sais pas d’où vient cette rumeur, mais elle est sans aucun fondement. Le général a bel et bien l’intention de se présenter au Kesrouan! D’ailleurs, il s’occupe personnellement de tout ce qui a trait à la région et connaît tous les détails du Kesrouan. Il est en contact permanent avec les gens et ceux-là le considèrent comme leur député». Pourtant, il n’exclut pas certains changements qui pourront éventuellement avoir lieu dans le Kesrouan ou ailleurs. «Toutefois, aucune décision n’est encore prise dans ce sens», confie-t-il. Mais il a bien l’intention de se représenter en 2013. «Je n’ai jamais été loin de la politique, puisque j’enseigne celle-ci. J’ai toujours participé à des activités politiques, mais je n’étais pas alors candidat».

Pour le député du Kesrouan, la relation entre le patriarche Béchara Raï et le général Michel Aoun est excellente. «Depuis son élection, le patriarche est la cible d’une campagne organisée. Et le comble c’est qu’elle est menée par des parties chrétiennes». «La première chose que le patriarche a faite c’est d’œuvrer à une réconciliation chrétienne. Il a aussi pratiqué une ouverture envers les musulmans et les chrétiens et a initié une série de réformes à l’intérieur de l’Eglise. Le patriarche est libre de ses opinions. Son but n’est pas de faire de la politique. Il a placé Bkerké à égale distance de tout le monde et n’a commis aucune erreur pour justifier toute cette campagne menée contre lui. Même s’il a de bons rapports avec le général Aoun, celui-ci n’en profite pas et n’utilise pas cette relation à son avantage, contrairement à ce que les autres ont fait. On ne peut pas utiliser Bkerké à des fins politiques», affirme Farid Khazen.

Marié à Soula Elie Salibi, ils ont trois enfants: Charbel (12 ans), Sara-Maria (8 ans) et Elsa-Maria (4 ans). Ses nombreuses occupations l’ont tenu un moment loin de sa famille. «En 2005, lorsque j’ai été élu député pour la première fois, j’avais besoin de m’organiser. Cela m’a pris un an et puis j’ai réussi à leur consacrer plus de temps, mais pas autant que je le souhaiterais. On essaie souvent de voyager une fois par an tous ensemble», confie Khazen.

Les obligations sociales auxquelles il est tenu ne le dérangent pas outre mesure, quoiqu’il reconnaisse avoir plaisir à passer une soirée tranquille à la maison de temps à autre.
«La relation avec les gens représente un engagement pour moi. Elle fait partie de ma vie».

Ce qu’il en pense

– Le sport: «Mes occupations ne me laissent pas beaucoup de temps libre pour le sport, mais j’essaie de me maintenir en faisant de la marche régulièrement».
– La lecture: «Je reste à jour dans mes lectures, surtout pour tout ce qui a trait à mon domaine. Je lis des revues spécialisées qui portent principalement sur la politique de la région, les métamorphoses actuelles,
la relation avec Israël».
– Sa devise: «Etre conséquent avec soi-même, ne pas tenir un double jeu et surtout agir selon ses convictions sans se soucier de ce que les autres pensent ou font».

Le Printemps arabe

Selon Farid Khazen, le Printemps arabe est un événement sans précédent dont l’importance équivaut à ce qui a eu lieu après l’effondrement de l’Empire ottoman. «Personne ne connaît encore ses répercussions et jusqu’où elles peuvent aller. Le Printemps arabe ne ressemble à rien d’autre, et se distingue des transformations qui ont eu lieu en Europe de l’Est, car son but n’est pas la démocratie, mais le rôle de la religion dans l’Etat et la relation entre l’Etat et la religion. C’est une nouvelle expérience et on ne sait pas encore ce qui va se produire. La grande question demeure le rapport entre l’islam politique et le gouvernement. Jusqu’à présent nous n’avons pas de réponse et il n’y en aura pas avant deux ou trois ans». Selon le député, on assiste actuellement à une grande rivalité entre les fondamentalistes et les salafistes. «Ce n’est pas comme partout dans le monde une concurrence entre courant conservateur et courant libéral». Pour lui, chaque pays arabe a sa propre expérience, différente de l’autre.

Concernant la Syrie, il affirme ne pas voir de solution dans l’immédiat, ni politique ni militaire. «C’est un statu quo de violence qui est appelé à durer, en espérant qu’il n’arrive pas au chaos total, ce qui aura des conséquences très graves sur le Liban, car la Syrie est devenue le terrain où s’affrontent tous les conflits de la région».

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