Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Mikati – Aoun : Le mariage forcé

Posted by jeunempl sur mars 30, 2012

L’Hebdo Magazine – Julien Abi Ramia

Najib Mikati visitant le général Michel Aoun à Rabieh, dans le cadre de sa tournée chez les anciens Premier Ministres, le 26 janvier 2011

Najib Mikati visitant le général Michel Aoun à Rabieh, dans le cadre de sa tournée chez les anciens Premier Ministres, le 26 janvier 2011

Condamnés à cohabiter, Michel Aoun et Najib Mikati s’affrontent depuis le premier jour. Les deux seuls animateurs de l’Exécutif, aux caractères totalement opposés, se rendent coup pour coup. Intérêts politiques obligent, aux projets du chantre de la réforme se dressent les réserves du consensuel. Mais le gouvernement patauge et les médiateurs habituels ne cachent plus leur impatience.

Pour les aounistes qui ont fait du démantèlement du système Hariri leur objectif ultime, le Premier ministre avait tout pour plaire. En acceptant de succéder à Saad Hariri et de diriger le gouvernement de cette majorité-ci, le milliardaire sunnite, ami personnel du président syrien, Bachar el-Assad, a fait naître des rêves de changement. Mais au bout d’un an et demi de luttes acharnées au Grand Sérail, dans les salons du Parlement et autour de la table des conciliateurs, le Courant patriotique libre (CPL) est en colère. Les réformes proposées par les ministres du CPL sont systématiquement discutées et amendées. De par sa fonction et les portefeuilles économiques, Najib Mikati s’est octroyé un droit de regard sur la gouvernance du pays. Ce positionnement omniscient fait de lui l’homme le plus puissant du Liban. Est reproché à Mikati de faire du Hariri. Mais au sein de la population, la colère monte. Les médiations qui prennent un temps monstre, avec les Khalil et leurs allers et venues entre Rabié et Beyrouth, ont fini par paralyser le gouvernement. La lenteur du travail gouvernemental et législatif commence à faire jaser, même parmi les proches du Premier ministre.

Ses soutiens haussent le ton

La semaine dernière, avant d’entrer en Conseil des ministres, Mohammad Safadi a jeté un gros pavé dans la mare. Le ministre des Finances a exprimé son désaccord avec le chef du gouvernement sur la question, encore brûlante de l’électricité, indiquant qu’il soutenait la proposition du ministre de l’Energie, Gebran Bassil, de louer les bateaux producteurs de courant. «Ni un ministre, ni le Premier ministre ne doivent trancher de manière unilatérale». Deux jours plus tard, il tentera d’éteindre le feu en faisant état de «divergences techniques» et non politiques, mais l’attaque est lancée, et elle vient de l’un des vrais compagnons de route de Najib Mikati. Au-delà des motivations qui ont conduit Safadi, candidat potentiel à la primature, à marquer sa différence, cette prise de position marque en réalité un basculement.

Au cours de la première partie du mandat du Premier ministre, les parrains de la majorité se sont efforcés de calmer les ardeurs de Michel Aoun et ses attaques tous azimuts. Non pas pour lui faire changer d’orientation politique, mais surtout pour préserver Najib Mikati qui, à plusieurs reprises, a menacé de démissionner. Les sujets de discorde ont très majoritairement été tranchés en faveur du chef du gouvernement. Les parrains lui ont également laissé toute latitude de gérer les questions relatives au TSL, histoire de ménager sa base électorale. Devenu maître du jeu, il a marqué des points décisifs face au leader du CPL qui a vu l’une de ses figures de proue, Charbel Nahas, démissionner.

Depuis cet épisode, les pontes de la majorité ont changé de pied. Sans doute attendaient-ils du Premier ministre qu’il fasse bouger les choses, mais la situation du pays s’aggrave de jour en jour. Les grèves se multiplient, les nominations administratives sont au point mort et le marché économique stagne dangereusement. La population gronde et les partisans de la majorité font entendre leurs voix.

C’est à travers ce prisme qu’il faut lire les dernières prises de position du président du Parlement, Nabih Berry. «Le gouvernement doit être tenu pour responsable». S’exprimant sur la lenteur gouvernementale sur la question des exploitations gazo-pétrolières offshore au large des côtes libanaises, le leader du mouvement Amal a même menacé d’un vote de confiance au Parlement pour le «rebooster et lui donner un peu d’oxygène».

Obligation de résultats

Dans sa politique des petits pas, Najib Mikati a toujours pu compter sur le chef du Législatif pour faire passer la pilule. Ce n’est désormais plus le cas. Le Premier ministre est aujourd’hui acculé, obligé de donner des gages, notamment au CPL et à Gebran Bassil. Alors que le ministre de l’Energie propose la location de bateaux-générateurs, Mikati soutient la construction d’une nouvelle centrale électrique. Mardi, Gebran Bassil a expliqué que les deux projets n’étaient pas contradictoires. Le Premier ministre a salué son «positivisme». Le compromis en gestation stipule que les deux projets devraient être adoptés, quitte à reporter l’étude de la question afin d’éloigner la perspective d’un vote en Conseil des ministres qui mettrait le Premier ministre en minorité.

Mais le CPL reste sur ses gardes. Si, officiellement, la démission est «une option de dernier recours», dixit Aoun, les ministres du Bloc du Changement et de la Réforme expliquent que la possibilité d’un recours à la rue n’est pas à exclure. A Rabié, les obstructions de Najib Mikati énervent et, à près d’un an des élections, il faut relancer la machine. «Il faut bien que quelqu’un assume les décisions», a expliqué Bassil. Autre sujet de discorde, la question des dépenses hors budget. Mohammad Safadi est en train de préparer la budgétisation des dépenses effectuées entre 2006 et 2010 pour la présenter en Conseil des ministres. Une initiative qui pourrait mettre fin à la polémique des 9 et des 11 milliards, saluée par le président de la Commission parlementaire du Budget et des Finances, le député aouniste Ibrahim Kanaan.

Approuvé par le Conseil des ministres, le projet de Mohammad Safadi passerait ensuite en Commission avant d’être adopté par le Parlement. Réticent à trancher cette question qui met aux prises majorité et opposition, le Premier ministre possède une carte maîtresse dans sa manche, la mouture du budget 2012 qu’il doit contresigner. L’indépendance prise par Mohammad Safadi sur les questions économiques est à double tranchant. De la manière qu’elle apporte de l’eau au moulin du CPL, elle pourrait contraindre le Premier ministre à se braquer.

Aujourd’hui, il ne peut compter que sur deux soutiens. Walid Joumblatt est celui qui a promu le nom de Najib Mikati auprès du Hezbollah. C’était l’une des conditions sine qua none que le leader du PSP avait posées en juin 2011 pour entrer au gouvernement. Les rapports entre les deux parties sont au beau fixe. Le ministre des Travaux publics, Ghazi Aridi, et son homologue des Affaires sociales, Waël Abou Faour, dont les relations avec le CPL sont plus sombres, peuvent compter sur son appui. Autre soutien de taille, celui du président de la République.

Michel Aoun reproche au Premier ministre de soutenir le président de la République dans son bras de fer sur la question des nominations administratives. Un blocage qui permet d’ailleurs à Najib Mikati de ne pas procéder aux nominations de sunnites.

L’ex-opposition veut passer à l’action. Elle estime mériter un retour de la part du Premier ministre. Aujourd’hui, c’est le CPL qui parle démission. Jusqu’au bout, et malgré leurs entrevues en cadre plus privé, les deux hommes joueront leur partition. C’est là le paradoxe. D’un côté, ils ont besoin de travailler en commun pour faire tourner la machine et de l’autre, chacun compte sur les défauts de l’autre pour asseoir son discours politique. Contraints à l’union jusqu’en 2013, ils regardent déjà l’horizon électoral.

Quid des élections en 2013?

Najib Mikati n’est pas un technocrate, c’est un élu tripolitain qui compte se représenter et se faire réélire. En 2009, il a été élu avec les voix du Courant du futur qui, à l’époque, lui avait laissé une place sur ses listes. 2013 approche et la question de sa candidature se pose. Hariri va-t-il lui pardonner de lui avoir succédé? Depuis le début de son mandat, le Premier ministre a tout fait pour ménager la scène sunnite. En préservant la coopération du pays au TSL et en protégeant les postes stratégiques destinés à la communauté sunnite comme celui du directeur général des FSI, Achraf Rifi, Mikati espère avoir réussi son pari. Son réseau électoraliste est bien implanté mais pourrait ne pas suffire pour gagner seul.

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