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Contre-vérités et manipulations médiatiques à la veille de la marche pour le patrimoine libanais

Posted by jeunempl sur mars 23, 2012

Marie-Josée Rizkallah – Libnanews

À quelques jours de la marche organisée par l’APPL pour la sauvegarde du patrimoine et en particulier le port phénicien et l’hippodrome romain de Beyrouth, le ministre de la Culture M. Gaby Layoun  a organisé une conférence de presse au cours de laquelle il a déclaré que l’hippodrome romain sera conservé sous-verre, soulignant que cette solution est basée sur diverses données scientifiques et approuvée par des organisations internationales tel l’ICOMOS et l’UNESCO.

Au premier abord, ou pour ceux qui se contentent de lire les grands titres dans la presse, cette décision semble être le dénouement heureux de l’histoire de l’hippodrome. Cependant, il est toujours conseillé de poursuivre sa lecture. Le démantèlement se fera quand même. Puisque les vestiges seront déplacés afin de permettre la mise en place des fondations de ce projet immobilier puis replacés au-dessus des assises, ce qui équivaut donc à sa destruction.

Le ministre indique également qu’une grande partie de sa mission au sein du ministère est de réparer les ravages commis par Solidère au fil des années, et se demande pourquoi l’opinion publique dans les années 90 n’était pas aussi préoccupée par le dossier de l’archéologie comme il est le cas aujourd’hui.

Avec tout le respect que l’on doit au ministre de la culture, il est évident  qu’on ne répare pas des erreurs en en commettant d’autres. On ne répare pas non plus le fait qu’une compagnie immobilière puisse être lésée en lésant toute la population libanaise, parce qu’il s’agit ici d’un patrimoine national commun. Il est toujours utile de rappeler que la faute originelle revient à la vente de ce terrain par Solidère. Ce n’est ni au gouvernement, ni à l’état ni à la population d’en payer aujourd’hui le prix.

Du rôle de la société libanaise dans les années 90

Dans cette même conférence de presse, la société civile est montrée du doigt. Comment se demander pourquoi la société n’était pas autant préoccupée dans les années 90 par l’archéologie ? Au cours de la décennie qui a marqué la fin de la guerre utérine et le début de l’hégémonie syrienne sur le Liban, quel Libanais pouvait élever la voix et dire ce qu’il pensait haut et fort ? A-t-on oublié que les Libanais finissaient dans les geôles syriennes sans même ouvrir la bouche ? Ou a-t-on oublié que les anciens propriétaires du centre-ville de Beyrouth, qui jouissaient de tous les droits possibles dans leurs propres biens-fonds, en ont été pratiquement expulsés contre 15000$ pour les plus chanceux, alors qu’aujourd’hui leurs anciennes propriétés perdues se chiffrent à des millions de dollars ? Qui osait dire quoique ce soit ? Le ministre est bien placé pour connaître le sort de ceux qui s’impliquaient positivement dans la défense du patrimoine et des libertés publiques. N’a-t-on pas pu obtenir ces libertés aujourd’hui ? N’est-on pas plus libre de revendiquer nos droits de citoyens libanais aujourd’hui ?

La dictature, c’est «ferme ta gueule»; la démocratie, c’est «cause toujours».(Jean-Louis Barrault)

2012 est heureusement bien loin des années 90. Le mal est fait, il est l’heure d’œuvrer pour le présent et ne pas répéter les erreurs passées. La société civile s’est réveillée d’un long cauchemar. Elle a regardé autour d’elle, et ne reconnait plus son pays. Elle a son mot à dire, et comme dans tout pays civilisé, elle jouit du droit d’être écoutée. La société civile n’est pas une escouade de moutons de panurge ; elle est un tissu riche d’intellectuels, d’artistes, d’ouvriers, d’artisans, de fonctionnaires, d’économistes, de médecins, d’architectes, etc. qui ont la culture dans le sang et qui en comprennent l’importance. Elle a longtemps été soumise aux « fermez vos gueules » et refuse aujourd’hui de nous imposer les « causez toujours », comme le disait bien Barrault.

De la tentative de politisation de la polémique par certaines autorités

Depuis que les défenseurs du patrimoine ont élevé la voix, beaucoup en ont profité en politisant l’affaire, alors que le dossier de l’archéologie au Liban dépasse la politique. D’ailleurs, la situation actuelle est tellement complexe et irraisonnable sur le plan des intérêts politiques que même les médias avec leurs lignées éditoriales respectives bien précises, ne savent plus de quelle manière aborder le sujet sans irriter telle ou telle faction, en souhaitant politiser l’affaire.

Cependant, cette politisation est rejetée par la société civile. On dépasse les clivages politiques communs sur ces affaires où il n’est pas rare de voir alliées, d’un côté ou de l’autre, des personnes pourtant opposées politiquement parlant. Le ministre, en posant la problématique des vestiges archéologiques présents au centre-ville, a réussi, malgré lui, l’inimaginable.

Faut-il encore rappeler que les premiers médias qui ont répercuté cette affaire sont considérés comme proches de l’actuelle majorité gouvernementale, parce que cet état de fait est inacceptable pour celles et ceux qui connaissent le fond du dossier et qui ne se contentent pas de la forme comme celle présentée au cours de cette conférence de presse, mais du fond?

Face à ce scandale, à ceux qui accusent cette affaire d’être politique, ils sont dans l’erreur, ils ont tord ! il s’agit d’une affaire qui transcende les milieux et les opinions politiques et cela dans l’intérêt de la conservation d’un patrimoine national public qui ne doit pas tomber dans la main du privé.

De l’imprécision dans les propositions techniques

Le ministre a déclaré se baser sur des rapports scientifiques et techniques approuvés par l’UNESCO et l’ICOMOS. Au nom de cette transparence, que ces rapports soient publiés afin de permettre l’ouverture des débats sur le fond. En raison des multiples chartes internationales (Venise, Lausanne, Washington) stipulant le maintien in-situ des vestiges primordiaux des civilisations, et préconisant la conservation sans altérations des artefacts sauf cas extrêmes et dans le cadre d’intérêts publics et non privés, faut-il encore préciser qu’il s’agit ici d’un projet immobilier privé et on ne peut que douter que ses instances soutiennent en toute connaissance de cause ces propositions.

Mise à jour: D’ailleurs, une lettre adressée au Ministre, en date du 28 février 2012 et reproduite ci-dessous, circulant sur les réseaux sociaux libanais à partir du 23/03/2012 démontre que ces organisations ont souligné la nécessaire sauvegarde du port phénicien de Beyrouth, contrairement à ce que prétendaient les autorités libanaises concernées jusqu’à présent.

Concernant le déplacement spécifique contre vents et marées, des questions légitimes parmi tant d’autres viendraient à l’esprit des lecteurs : En déplaçant la spina de l’hippodrome, ne perd-elle pas son authenticité et sa valeur ? Ne deviendrait-elle pas ainsi un objet d’agrément et empêcherait de la sorte une lecture correcte du site ? Pourquoi ne pas effectuer une publication scientifique des solutions prônées par le ministère et les mettre entre les mains des spécialistes avant de trancher ? Un même comité de trois personnes pour tous les dossiers est-il suffisant dans des cas pareils?

De la désinformation dans les médias libanais

En ce qui concerne la presse libanaise, un quotidien libanais francophone a repris hier la conférence de presse de M. Layoun parue dans l’Agence nationale de l’Information, joignant à leur écrit des images du projet de réintégration. S’agit-il bel et bien du projet en question ? Les images montrent un tout autre projet de quatre étages abritant dans son sous-sol des artefacts, qui ne ressemblent en rien au terrain de l’hippodrome. Il est utile de souligner que les coefficients d’exploitation de la zone incriminée permettent la construction de 14 000 mètres carrés sur une superficie initiale de 3000 mètres carrés. Il est donc impossible, en raison des grands espaces visibles sur les photomontages que le projet présenté soit en réalité le projet final. Mais quel édifice au centre-ville de Beyrouth ne compte que quatre étages, et ceci en raison du coût au mètre carré ?

Faut-il encore rappeler qu’en 2008, l’archéologue responsable des fouilles de Beyrouth M. Assaad Seif, présent hier lors de la conférence de presse du ministre, avait indiqué dans un reportage diffusé dans le journal télévisé de la LBC que tous les éléments de l’hippodrome de Beyrouth ont été mis à jour et que c’est une découverte de taille qu’il faudrait préserver sur place. Un peu plus tard dans un article paru dans la presse écrite, il affirme que c’est une honte de déplacer l’hippodrome. Qu’en est-il de ses positions aujourd’hui ? Peut-il se dédire? Répandre des informations contradictoires dans les médias est une erreur, et l’opinion publique n’est pas dupe.

De la contestation à la convention

Depuis que le gouvernement Mikati a tenu les rênes du pouvoir, les Libanais, qu’ils soient dans le camp de la Majorité ou dans le camp de l’Opposition, connaissant les querelles byzantines existant entre le CPL et Solidere, s’attendaient à ce que les ministres aounistes demandent des comptes à cette société. Promouvoir l’économie libanaise est une chose louable, mais cette économie ne tient pas sur quelques tours résidentielles de luxe au centre-ville et doit se faire dans la notion d’économie durable, ainsi que du respect et de la transparence ou comme on dit aujourd’hui de la bonne gouvernance des biens publics.

Des tentatives de sabotage de la mobilisation populaire le 24 mars

Comme déjà mentionné dans un article appelant à une marche pour la sauvegarde du patrimoine, l’APPL a lancé un appel à la mobilisation générale dépassant tous les clivages politiques pour sauver ces vestiges, à savoir l’hippodrome romain et le port phénicien.

Face à cette démarche, une désinformation est actuellement tentée, aussi bien dans les médias qu’auprès des promoteurs du mouvement populaire en cours. Déniant l’importance historique et archéologique du port et de l’hippodrome, les considérant comme mineurs, voire mêmes chimères, certaines personnes, proches de certains experts, et prétendant avoir l’archéologie dans le sang, œuvrent pour désamorcer la bombe que constitue ce dossier crucial.

On ne peut que déplorer ces manigances cachées par des personnes se prononçant sur la forme et non sur le fond des différents dossiers en souffrance.

Il est donc nécessaire de ne pas baisser les bras, et de venir encore plus nombreux pour la manifestation de ce samedi 24 mars 2012, pour la préservation de ce patrimoine unique et bien-commun non seulement des Libanais, mais de l’humanité.

La présidente de l’APPL Mme Pascale Ingea, souligne d’ailleurs que ce mouvement est dénué de tout calcul politique, de tout caractère confessionnel et surtout de tout intérêt pécuniaire. Cette marche est pour l’intérêt public, et cette action ne peut que se poursuivre afin d’obtenir la transparence sur de nombreux dossiers, en passé, en cours et à venir … déjà.

Par Marie-Josée Rizkallah
Libnanews

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