Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Dur dur d’être sportif libanais

Posted by jeunempl sur février 4, 2012

Mohamad Ezzedine – RPL France

A l’instar de la majorité des citoyens, les sportifs libanais subissent eux aussi de plein fouet la crise économique, et la mauvaise situation politico-sécuritaire. Alors, qu’attendre de l’avenir quand on est sportif au pays du Cèdre? Ali Wehbi et Edward Maalouf reviennent pour RPLfrance.org sur les difficultés de mener à bien ses projets quand on est un sportif libanais.

« L’Etat libanais m’a totalement ignoré. Aujourd’hui, je n’ai plus d’argent pour participer aux compétitions, ni même m’entrainer, avoue amèrement le médaillé de bronze paralympique Edward Maalouf. Si l’Etat ne m’aide pas, je ne pourrai participer aux Jeux paralympiques de Londres en 2012, bien que je sois d’ores et déjà qualifié. J’ai des problèmes de santé à force d’essayer de trouver des solutions à des problèmes auxquels je ne peux rien. »
Le cri de protestation et de douleur d’Edward ne trouve écho chez personne et se perd, pour finalement disparaitre dans la petitesse de ces quelques 10 452 km2! Dans son domaine, le sport, Edward Maalouf a déplacé des montagnes, obtenu de merveilleux résultats, fait rêvé de nombreux fans qui l’ont pris pour exemple de persévérance, d’endurance et de détermination. Pourtant, pour le Liban, son statut ne diffère en rien de celui des autres sportifs…

Hormis quelques infrastructures sportives construites durant les années 1990 et au début des années 2000 (Cité Sportive de Beyrouth, et quelques complexes ça et là), on ne peut que constater que depuis la fin de la guerre civile en 1990, le ministère de la Jeunesse et des Sports n’a strictement rien fait pour améliorer le sort des sportifs libanais ou inciter la jeunesse à la pratique sportive. Sous les ministres Ahmad Fatfat, Talal Arslane et Abdallah Ali, seulement 10 000 dollars ont été octroyés à chaque fédération. Bien maigre contribution de l’État aux 7% de Libanais pratiquant au moins un sport.

Pour le coureur des déserts Ali Wehbi, seul arabe à avoir achevé avec succès la série des 4 déserts, le sportif libanais ne peut compter sur personne: « l’État, pas plus que la classe dirigeante, ne fait rien, ni pour moi ni pour n’importe quel autre sportif libanais. Heureusement que mes sponsors (Nokia, Bank Med) financent mes courses partout dans le monde ».

Du manque de reconnaissance à l’indifférence totale

Ignorés et victimes de manque de reconnaissance, le calvaire de Ali Wehbi, d’Edward Maalouf, ou encore de ce footballeur du Safaa qui un jour déclara à un site sportif local « j’irai même au Zimbabwe pour gagner ma vie », c’est aussi le vôtre, le mien, mais avant tout le Nôtre. Comme le dit l’expression commune, « kelna bil hawa sawa ». Traduisez « nous sommes tous dans le même bateau ». Et le reste des sportifs libanais ne déroge pas à la règle. Ils sont engloutis corps et âmes dans le naufrage du navire Liban. Ils se noient au beau milieu d’un océan d’indifférence, pire, leurs tentatives de survie dans ce milieux hostile et non moins impitoyable qu’est le pays du Cèdre sont submergées par des tsunamis d’incompréhension.

Plus récemment l’As-Sad (vice-champion d’Asie de handball), le Riyadi Beyrouth (champion d’Asie de basket-ball), l’équipe nationale libanaise de football, Greta Taslakian (médaillée d’or aux Jeux Asiatiques et aux Jeux Panarabes) et l’escrimeuse Mona Sheito (championne d’Asie d’escrime) -pour ne citer qu’eux- éclaboussaient de leurs talents la scène locale et internationale, surfant sur la même vague du succès que Ali et Edward. Tandis qu’au niveau national, ils restent victimes de ce manque de reconnaissance. Seuls les médaillés libanais des Jeux Panarabes 2011 de Doha ont été reçus furtivement par le Président de la République.

« Malheureusement je n’ai reçu aucune félicitation du gouvernement libanais, pas même du président de la République, sans parler des politiques. Ce qui fait le plus mal c’est que mes exploits et ceux d’autres sportifs libanais passent inaperçus dans notre propre pays alors que nous sommes recompensés à l’étranger. On a l’impression qu’ils ne veulent pas entendre parler de nous et de ce qu’on fait », se plaint Ali Wehbi.

Absence de l’Etat et problèmes sécuritaires

A titre de comparaison, dans différents pays du globe, les Jeux Olympiques et Paralympiques sont l’occasion pour les athlètes médaillés d’être reconnus comme des héros nationaux par la classe politique et les médias. Bien sûr, rien de tel au Liban.

Pour le journaliste sportif sur la chaine libanaise LBC, Khaled Moujaes (interrogé en 2007 par iloubnan.info), qui présente depuis 2002 la page sportive au journal télévisé, « le secteur des sports libanais est aujourd’hui dans une situation critique, face à d’énormes défis. Il est contraint de compter sur les sponsors privés et les soutiens financiers pour reprendre son ascension vers les niveaux élevés de professionnalisme et de compétence qui étaient les siens à la fin des années 90 et au début des années 2000, quand il remportait, rapidement, des résultats inattendus. Les fonds publics ne suffisent plus aujourd’hui pour soutenir le sport au niveau international ».

Mais alors qu’attendre de ce « pseudo-Etat »qui rechigne simplement à jouer son rôle? Faut-il se tourner vers les « Zaïms » pour réclamer son dû ou tout bonnement son pain? A un an des élections législatives de 2013, et après la formation du nouveau gouvernement, les sportifs portent un regard pessimiste sur l’avenir. Pour Ali Wehbi, l’État doit mener « une politique plus sportive avec une vision à court, moyen et long terme. C’est vraiment ce que les sportifs attendent. Les sportifs n’ont pas besoin seulement d’une aide financière, mais aussi de la reconnaissance de leurs exploits sportifs. Le travail du sportif se fait en majorité dans la douleur morale : solitude, pression, compétition, etc. Quelles sont les motivations qui poussent un sportif à accomplir un exploit? Parmi elles: la RECONNAISSANCE ».

De son côté Edward Maalouf est totalement désabusé: « Je n’ai déjà que trop parlé. Seulement je tiens à dire que sans aide, je ne serai plus en mesure de gagner quoi que ce soit. Ali (Wehbi) mon ami dans la vie m’a conseillé de courir pour les Pays-Bas, qui m’attendent avec impatience. Mais je souhaite glaner des médailles pour le Liban, c’est ça mon rêve! »

Un rêve qui peut facilement virer au cauchemar. Si le champion paralympique a la chance de vivre et s’entrainer aux Pays-Bas, beaucoup d’athlètes libanais vivent toujours au pays où ils doivent composer avec l’insécurité et les menaces de troubles de toutes sortes. Vivant à Jbaa, au Liban-Sud, Ali Wehbi ne connait que trop ces problèmes auxquels il est confronté quand il n’est pas en voyage. « S’entrainer au Liban relève du parcours du combattant. Les plans de préparations n’ont pas été exécutés comme je l’aurai voulus. Tous les jours il y a des imprévus et monter à la montagne s’entrainer est une mauvaise idée car en un clin d’œil tout peut exploser à cause de nos politiciens et des routes se bloquer. J’ai même peur de laisser ma famille au Liban. Je pense à elle lors de mes courses. Or comment se concentrer quand on a la tête ailleurs? ».

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :