Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Neemat Frem : Homme d’affaires et homme de cœur

Posted by jeunempl sur février 3, 2012

Joëlle Seif – L’Hebdo Magazine

Pour cet homme qui croit profondément que le voyage est aussi beau que la destination, pour qui la famille est ce havre de sécurité dans le tourbillon d’une vie mouvementée, la charge est lourde. Président de l’Association des Industriels libanais, Président-directeur général du groupe Indevco, qui compte quelque huit mille employés dans le monde, Neemat Frem assume de grandes responsabilités. Entre deux rendez-vous, nous l’avons rencontré à son domicile de Haret Sakhr, dans le bureau qui porte l’empreinte de son père, l’ancien ministre Georges Frem, dont l’absence est si ressentie.

Né en septembre 1967, Neemat Frem est marié à Zeina Nakhlé. Il est père de trois enfants, Nour (9 ans), Hayat (5 ans) et Georges (3 ans). Pour lui, la famille est très importante. Avec Zeina, la symbiose est profonde quoiqu’il reconnaisse que sa famille paye le prix de ses absences. «C’est une grâce divine de connaître le bonheur au foyer et d’avoir le support de ma femme. Nous sommes une famille très proche et mes enfants sont très bien entourés par mes frères et mes cousins. Je me sens béni d’être né dans une famille aussi unie, qui est la source d’un bonheur profond et d’une grande sérénité, qui me donne la sécurité et la force de prendre des risques», confie Neemat Frem.

Président-directeur général du groupe Indevco, qui compte quelque huit mille employés, 30 usines et 20 sociétés réparties entre le Liban, l’Egypte, l’Arabie saoudite, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, Neemat Frem est connu pour être très proche de tous les employés. L’instabilité de la région et les changements sociopolitiques requièrent une grande vigilance pour la réalisation des objectifs du groupe et nécessitent une adaptation très rapide aux changements. «Indevco se trouve aujourd’hui dans une phase de consolidation après une forte croissance et une préparation à une nouvelle phase de croissance.

Le plus grand challenge est de maintenir cette relation personnalisée entre le top management et tous les membres du groupe. Ce sont les relations humaines qui sont la base du succès d’Indevco et il faut toujours s’assurer que celles-ci soient renforcées et ne soient pas affectées par l’expansion du groupe. Nous sommes tous unis par les mêmes valeurs, et la seule façon de grandir est de les conserver. A Indevco, chaque personne est unique et n’est pas considérée comme un numéro», affirme Neemat Frem. En tant que P.-D.G., son rôle est de créer la stratégie du groupe et d’être responsable du déploiement des effectifs et des ressources dans l’espace et dans le temps. Et au-delà de tout cela, M. Frem considère que le rôle le plus important demeure celui de l’inspiration, qui consiste à guider et à motiver.

Depuis mars 2010, Neemat Frem est président de l’Association des Industriels libanais. «Ma présence à la tête de l’AIL était une extrapolation naturelle de ma vie à Indevco», confie Neemat Frem. Une expérience qui s’avère plutôt décevante pour lui qui considérait l’association comme une plateforme d’où l’on pouvait essayer d’exercer une influence sur la situation générale. Sa marge de manœuvre est étroite, le pays étant soumis à toutes sortes d’influences. «On réagit aux événements, on ne les crée pas. Je m’attendais à une certaine modestie chez les acteurs politiques, qu’ils nous laissent au moins «cultiver notre jardin» et travailler sur le côté économique et social. Mais malheureusement, tout est politisé dans ce pays et nous payons le prix de l’invasion de la politique dans tous les domaines», confie-t-il avant d’ajouter en souriant: «Heureusement que nous avons déjà établi le voltage à 220 au lieu de 110, sinon celui-ci n’aurait pas échappé non plus à la politisation».

La paralysie au niveau des décisions constitue un grand handicap pour le secteur privé, où le timing d’une décision est aussi important que la décision elle-même. «C’est ainsi que nous sommes en train de rater des occasions sans nous rendre compte que la réalité et les indicateurs économiques ne suivent pas la politique. Malheureusement, ces derniers sont inquiétants. Alors que la croissance était de 7% durant les cinq dernières années, elle est tombée à moins 2% en 2011 et je ne suis pas très optimiste pour 2012. Nous avons atteint un seuil de dette exceptionnellement élevé, avec une croissance de la dette de 5 milliards de dollars cette année, et ceci va continuer, car rien n’est fait pour la régler. On s’est endetté sans rien faire et on continue à s’endetter pour payer le service de la dette et le déficit de l’EDL», affirme Frem. Il explique que sur un budget de 12 milliards de dollars, il y a 4 milliards d’intérêts à payer et 2 milliards et demi pour payer le déficit de l’EDL. «Quoi qu’on fasse, ces trois chiffres sont la base de notre budget».

Une vision pessimiste qui pousse l’industriel à insister sur la nécessité de dépolitiser les décisions économiques. «Il ne faut pas oublier que l’indicateur de la balance des paiements, qui jusqu’à présent n’a jamais été en déficit, est en 2011 à moins 1,7 milliard de dollars, alors qu’en 2010 on enregistrait un excédent de 1,08 milliard», indique Frem. Pourtant, même avec ce tableau sombre, il reste convaincu que si les politiciens réalisaient la gravité de la situation, ils pourraient la changer en dépolitisant toutes les décisions et en œuvrant pour investir d’une manière intelligente et ciblée dans l’infrastructure libanaise qui est la base de la croissance. Il faut que celle-ci redémarre. «Il faut faire ces investissements sans augmenter la dette publique. C’est la raison pour laquelle le partenaire privé est la seule solution qui peut nous sortir de ce cercle vicieux dans lequel nous sommes enfermés», affirme Neemat Frem.

Pour lui, le Liban a fait la preuve qu’il pouvait tout aussi bien être un pays industriel, qu’un pays de tourisme et de services. A ce titre, il indique que les exportations du Liban de 2006 à 2010 ont augmenté d’une moyenne de 20% par an, alors que la croissance économique était de 7%. «Je réclame, dit-il, la construction de cités industrielles dotées de l’infrastructure nécessaire pour maintenir la croissance et attirer des capitaux vers l’industrie libanaise, à l’instar des capitaux qui vont vers l’immobilier».

Beaucoup aimeraient voir Neemat Frem se présenter aux élections législatives en 2013, mais pour lui, aucune décision en ce sens n’est encore prise. Sa réponse est évasive, «pour pouvoir voler il faut être capable de changer le temps», dit-il. Sa plus grande frustration c’est de voir le succès individuel des Libanais partout au Liban et dans le monde, et de constater un échec au niveau collectif. « Je crois que lorsqu’on observe le Liban, on sent que ce n’est pas le pays que les Libanais méritent. Je pense qu’on doit pouvoir faire mieux. J’aurais aimé que notre pays, que nos institutions soient dans un meilleur état pour que je puisse me concentrer plus sur la création d’emplois qui est ma mission primaire», confie Frem. Dans ce bureau qui respire encore la présence de Georges Frem, avec émotion, le fils parle du père. «Mon père m’a façonné et j’ai beaucoup appris de ses expériences. Je crois que cela m’a épargné de grandes déceptions. J’ai appris de sa désillusion à lui sans avoir à en faire moi-même l’expérience. J’ai depuis compris le modus operandi de la politique libanaise. Cela m’a donné l’opportunité d’acquérir des mécanismes d’adaptation». Sa devise: «apprécier le chemin aussi bien que la destination»… Un chemin qui mène certainement au succès.

Ce qu’il en pense

La Lecture: Je lis beaucoup. En tant qu’ingénieur, je lis des ouvrages sur la mécanique, l’économie et les sciences en général. En plus, je suis abonné à l’Economist et Scientific America. Le dernier livre lu s’intitule Loosing control.

La technologie: On est obligé de s’y adapter, mais elle pourrait bien devenir un fléau à l’âme et agir sur la faculté de concentration. Elle influe sur la réflexion. Il faut savoir se déconnecter autant que se connecter sinon on devient submergé et la qualité de nos jugements et de nos décisions s’en ressentira.
La religion: Je suis croyant, pratiquant et convaincu que tout se rejoint. Avec la science, on communique avec la création et avec la prière on communique avec le Créateur.

Les sept valeurs d’Indevco

Pour Neemat Frem, 7 valeurs incarnent la philosophie et la manière d’être du groupe Indevco :
1- L’esprit de famille
2- Le président au service de la société et non pas le contraire
3- L’honnêteté: On ne prend jamais des raccourcis. Aller tout droit nous permet d’arriver plus vite et plus sûrement.
4- La modestie: Elle protège l’être humain et lui permet de faire des efforts continus pour garder les pieds sur terre et ne pas «couper la branche sur laquelle il est assis».
5- La précision: Au Liban on souffre d’un manque de précision dans la pensée et dans la façon de vivre. On n’a pas un schéma précis de la réalité.
6- Dur labeur: L’être humain doit être convaincu que les résultats sont le fruit d’un travail assidu. Il faut être prêt à travailler avec acharnement et aimer le travail.
7- Esprit d’entreprise.

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