Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

La crise des déchets à Saïda toujours au point mort

Posted by jeunempl sur janvier 9, 2012

(L’Orient le Jour)

Il y a quelques semaines, la municipalité de Saïda inaugurait les travaux sur un brise-lame controversé qui devrait contourner le dépotoir de la ville. La crise des déchets n’est pas résolue pour autant.

Le dépotoir de Saïda, capitale du Liban-Sud, continue de recevoir chaque jour des milliers de tonnes de déchets en tout genre. L’usine ultramoderne de tri et de compostage à proximité reste hermétiquement fermée. La ville ne semble donc pas sur le point de régler une crise qui traîne depuis une quarantaine d’années, et dont le résultat est un immense dépotoir qui pollue et empoisonne l’air de ses quartiers sud. Le président du conseil municipal, Mohammad Saoudi, explique pourquoi.

« Le principal obstacle reste celui des négociations avec les propriétaires de l’usine, dit-il. Or, si celle-ci ne commence pas à fonctionner, nous ne pouvons pas fermer le dépotoir et entamer sa réhabilitation. »

Il rappelle qu’il existe un accord signé par la municipalité et les propriétaires il y a un peu plus d’une dizaine d’années, en vertu duquel le prix de traitement de la tonne a été fixé à 44 dollars, avec un traitement gratuit de 180 tonnes. Mais l’usine a, depuis, changé de main, les propriétaires initiaux ayant été incapables de poursuivre le projet sans s’allier à de nouveaux partenaires. « Les actuels propriétaires exigent 104 dollars par tonne et ne veulent plus assurer de traitement gratuit, explique Saoudi. Jusque-là, les pourparlers avec eux, supervisés par le ministère de l’Intérieur, ont échoué parce qu’ils s’en tiennent à leurs conditions. »

Le président de la municipalité dément vigoureusement que ce dossier soit entravé par des interventions politiques et des conflits d’intérêt entre différentes factions, comme certains observateurs le notent aujourd’hui. « Au contraire, les propriétaires de l’usine sont d’autant plus imperméables aux pressions politiques qu’ils sont saoudiens, et non libanais, assure-t-il. Cela explique pourquoi ils sont aussi si peu disposés aux concessions. »

Interrogée sur cette question, une source de l’usine confirme que le prix du traitement de la tonne est au centre du désaccord. « Nous avons intérêt à ce que l’usine fonctionne, mais il nous est impossible d’accepter le maintien du prix initial de 44 dollars, souligne cette source. Le contrat de base date de 1999. Les données ont changé depuis. Je peux vous assurer que le prix de 104 dollars par tonne est très raisonnable comparé aux prix mondiaux. »

De son côté, Mohammad Saoudi n’exclut pas la manière forte, si les négociations demeurent dans l’impasse. « Nous avons suivi toutes les procédures légales, dit-il. Nous avons récemment envoyé les camions de ramassage de déchets à l’usine, comme prévu dans le contrat, mais la direction a refusé la livraison. Si cette situation persiste, nous allons faire fonctionner l’usine coûte que coûte, aux frais des propriétaires. » Et si ceux-ci intentent une action en justice ?
« Qu’ils le fassent, ils seront les bienvenus, dit-il. Après tout, nous avons le contrat initial en main, et nous sommes dans notre droit. »

Selon la source de l’usine, l’épisode des camions a bien eu lieu, mais depuis longtemps déjà. À propos d’un éventuel recours à la manière forte pour faire fonctionner l’usine, elle répond : « Qu’ils fassent ce qu’ils veulent, c’est leur affaire. Pour nous, les négociations continuent. »

Que pense-t-on à Saïda de ces négociations bloquées ? Fadlallah Hassouna, président de l’Association de développement de l’homme et de l’environnement (DPNA), une ONG basée à Saïda, pense que le prix exigé par les propriétaires est proprement scandaleux. « Partout au monde, le prix de traitement de la tonne varie autour de 40 dollars, dit-il. Pourquoi, au Liban, ce prix s’élève-t-il au-delà de cent ? C’est un point que nos responsables devraient méditer. »

Pour ce qui est des négociations, M. Hassouna préconise que « le débat soit soulevé autour d’une table, en présence de tous les protagonistes, pour une solution moderne basée sur le tri à la source et un traitement scientifiquement viable des déchets ».

L’écologiste rappelle les problèmes qui découlent de cette crise de déchets dans tout le caza de Saïda. En effet, depuis plusieurs mois déjà, les autres villages du caza ne jettent plus leurs ordures dans le dépotoir, la municipalité l’ayant déclaré sursaturé et refusant d’accueillir d’autres déchets que ceux de la ville elle-même. « Pour cette raison, c’est l’incinération sauvage qui est pratiquée aux quatre coins du caza, dit-il. Une véritable catastrophe pour l’environnement. »

Une solution peu écologique

Si les négociations sur le prix de la tonne sont au point mort, il n’en est pas de même pour le brise-lame dont la construction a commencé, et qui a récemment été inauguré par la municipalité. Conçu pour « empêcher l’effondrement des déchets dans la mer », selon la version officielle de la municipalité, cette structure est en fait la première étape d’un projet bien plus vaste qui consistera à remblayer la mer sur quelque 50 000 mètres carrés. « Ce terrain sera autant de gagné pour la ville exiguë », assure la municipalité depuis qu’elle a présenté son projet.

Pour le président de la municipalité, il ne fait pas de doute que ce projet participera à résoudre la crise des déchets dans la ville. « Le dépotoir est composé en grande partie de remblais, dit-il. Après le tri, nous utiliserons ces remblais, qui ne représentent aucun danger, afin de remblayer la mer. »

Des voix se sont élevées aussitôt pour dénoncer ce projet. L’association écologique Bahr Loubnane a démontré qu’un si important remblayage de la mer aurait un effet désastreux sur la vie marine et la morphologie de la côte, vu qu’il condamnerait à l’extinction le plancton, qui est l’ensemble d’organismes végétaux à la base de la chaîne alimentaire des poissons. L’association a même présenté un projet alternatif, moins coûteux, qui aurait consisté à réhabiliter le dépotoir tout en le dotant d’une géomembrane qui mettrait un terme à l’effondrement des déchets dans la mer. Le dépotoir se transformerait au final en un jardin. Ce projet aurait aussi l’avantage de préserver la plage attenante, l’une des dernières plages de sable intactes de la ville.

Qu’en pensent les autres écologistes ? Bien que convaincu des risques menaçant le projet de la municipalité, Fadlallah Hassouna se fait une raison. « Les travaux ont commencé, le budget a été dépensé, dit-il. Tout ce que nous pouvons espérer, c’est que les travaux soient exécutés de la manière la plus écologique possible. »

Pour sa part, Mohammad Saoudi réfute toute contestation de son projet. « Qu’est-ce que ce projet a d’antiécologique ? se demande-t-il. Une étude d’impact environnemental a été effectuée et approuvée par les ministères concernés, dont le ministère de l’Environnement. Et puis, qu’aurait-on fait de tous ces remblais ? Personne n’en aurait voulu. » Les dégâts écologiques à long terme ne semblent nullement préoccuper le responsable municipal…

M. Saoudi précise enfin que la réhabilitation du dépotoir (pour traiter les anciens déchets) sera effectuée sous la supervision du ministère de l’Environnement et du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), en tant que conseiller du ministère et du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR).

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