Mouvement pour le Liban

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Jbeil livre ses petits secrets : Le joyau en héritage

Posted by jeunempl sur décembre 25, 2011

Julien Abi Ramia – L’Hebdo Magazine

Jbeil, la plus petite des grandes villes du pays, le carrefour paisible de millénaires d’histoire. Havre de quiétude, la cité de l’alphabet est en mouvement. Bercée par la mer, pavée de pierres blanches, ses nuits sont douces et branchées. L’endroit rêvé pour une ballade qui n’en finirait jamais. Visite guidée.

Si Jbeil était une femme, elle serait souriante et lumineuse. Attirante et joyeuse. Charmeuse mais tellement simple, sans chichis. Elle serait intelligente, un peu folle et si romantique. Elle aurait tant de choses à raconter. De grandes histoires et de petites anecdotes. Vous l’écouteriez parler des heures durant, assis sur la plage, les yeux tournés vers l’horizon. Elle aimerait marcher, se balader, soir et weekend. Au bord de la mer ou sur la terrasse d’un café, la nuit lui va si bien. On l’aimerait d’un amour adolescent, plus profond qu’un amour de vacances, moins solennel qu’un mariage. Avec elle, vous êtes en paix, serein. Vos soucis, elle les met entre parenthèses. Elle a le contact facile, ouverte sur le monde. C’est quelqu’un de cultivé, qui aime l’art et l’archéologie. Beauté extérieure, richesse intérieure. C’est une bonne copine qui aime la fête, un sacré brin de fille qui n’aime pas la vie pépère.

On a tous un souvenir, un attachement particulier avec ce grand village. On vous explique pourquoi.

Une impressionnante richesse archéologique

A Beyrouth, Berytus ne veut pas dire grand-chose. A Jbeil, Byblos signifie tout. Ses habitants se savent héritiers d’une histoire séculaire. Byblos, c’est l’une des premières implantations humaines du Levant, l’une des premières villes de l’humanité. Elle est déjà occupée à l’époque du néolithique, il y a près de 7000 ans. Elle deviendra la figure de proue de la Phénicie heureuse, dont le peuple commerçant attirera les convoitises, des siècles durant. Les dominations successives, assyriennes, babyloniennes, perses, grecques et romaines laissent à la ville une autonomie qui lui permet de rester prospère. Byblos qui a perdu son importance au cours du Moyen Age et n’est plus qu’un gros bourg, est occupée par les croisés en 1104. Saladin la reprend en 1187. En 1860, c’est Ernest Renan qui donne corps à l’incroyable richesse archéologique de Byblos. Les fouilles se poursuivront jusqu’en 1973.

Peu nombreux sont les sites où des vestiges phéniciennes, comme la nécropole royale, le temple en L et les fameuses petites statuettes en bronze, devenues le symbole de la cité, côtoient des colonnades romaines, où une citadelle construite par les croisés surplombe des temples égyptiens. Sur un seul site de quelques kilomètres carrés, ce sont plusieurs millénaires qui nous contemplent.

Le berceau de l’alphabet

La Phénicie n’était pas qu’un carrefour commercial. A Byblos, a été découvert le sarcophage du roi Ahiram. Sur la tranche du couvercle, Itobaal, fils d’Ahiram, a fait graver un texte de malédiction à l’égard de quiconque violerait la sépulture de son père. Cette inscription en alphabet linéaire phénicien, datant du 10e siècle a.v., est à ce jour la plus ancienne inscription connue en caractères phéniciens et atteste de l’existence d’un système d’écriture comportant 22 signes. Pour la petite histoire, huit de ces signes – à savoir les lettres aleph, daleth, lamed, mum, nun, tsadé, resch et schin – dérivent de l’écriture hiératique égyptienne. Byblos, comme les autres cités phéniciennes de la côte, était une cité sous suzeraineté égyptienne. Régulièrement, le pharaon y dépêchait des vaisseaux chargés de pacotille pour l’échanger contre du bois de cèdre du Liban. Les Grecs ont donc donné à la cité le nom de Byblos, qui signifie livre. Le plus beau des hommages pour la ville qui a crée l’écriture dans sa forme moderne.

Béni des dieux

Dans la vieille ville, et même dans la nouvelle, foisonnent les lieux de culte. Lorsque les croisés catholiques s’y sont installés, ils ont redessiné la ville, notamment en construisant la cathédrale de saint Jean-Marc. Elle est bâtie en 1115, sur les décombres d’une ancienne chapelle dédiée à saint Jean-Marc, le deuxième évangéliste qui, selon la tradition, est le fondateur de la première communauté chrétienne de Byblos. Ce n’est que l’une des nombreuses églises que compte la ville de Jbeil. De l’église Mar Geryes au monastère de Notre-Dame des Secours en passant par l’église Saint-Simon, la région de saint Charbel est véritablement un écrin du christianisme d’Orient.

Mais l’islam tient également une place importante à Jbeil. Après les croisés, les ottomans auront laissé leur empreinte sur la ville. A l’entrée du site archéologique a été érigée, en 1648, la mosquée du sultan Abdel-Majid au dôme bleu turquoise parfaitement reconnaissable, au même emplacement où les premiers musulmans de l’époque, des Califes Eclairés avaient construit la mosquée al-Fath.

Le charme du vieux souk

C’est loin d’être le seul héritage de la civilisation ottomane dans la vieille ville. Le vieux souk de Jbeil et son khan. Petites rues pavées, maisons basses. Attention à vos têtes. Un alignement de magasins, bien propres, bien rangés et, surtout, qui vendent du souvenir kitch et des produits libano-authentiques, à la pelle. De l’artisanat, des vêtements griffés, de tout et de rien. Les vendeurs y sont vraiment sympathiques. Vous vous perdrez dans ces ruelles, à force de marcher et de vous arrêter. L’exposition de poissons fossilisés excavés sur les hauteurs de la région, notamment dans le village de Hakel, perché à 750 mètres d’altitude, vaut le détour. Kitch, mais toujours impressionnant. Il vous faudra savoir lever la tête vers les portes ottomanes, la tourner vers les terrasses des cafés enfouies sous les porches, poser le regard étonné sur ce petit vieux qui fume lattes sur lattes de son narguilé comme si c’était la seule distraction de sa journée, le laisser divaguer sur la place principale et ensuite, tranquillement, de descendre vers le port.

L’amour de l’art

Ou faire un détour dans les lieux de l’art que compte la ville. Depuis plusieurs années, de jeunes galeristes ont trouvé dans le souk le cadre idéal pour exposer leurs œuvres. Il y a de tout. Du classique, bien sûr, avec des esquisses de maisons traditionnelles aux couleurs chaudes ou des tableaux qui célèbrent la mer, le port et sa lumière, les bougainvillées et la végétation qui ornent les lieux. Les artisans ont encore leur place. Ceux qui travaillent le bois côtoient ceux qui fignolent les pierres précieuses. Des expositions, vous en trouverez. Faites un tour au musée de cire. Il n’y a jamais foule, vous pourrez vous arrêter sur les reproductions des grandes personnalités du pays. Ensuite, il sera temps de descendre vers le port

La patrie de la mer

Le petit port de Byblos. Trop de voitures, me direz-vous. Au bout d’un moment, vous oubliez leur présence. Petit port, petit quai. On y trouve toujours la place pour marcher, regarder la mer et les bateaux amarrés qui y bercent, ces fileyeurs blancs, surmontés d’un auvent bleu. Certains sont en réfection permanente. Regardez ces marins durs au mal, qui tissent leurs filets. Le poisson devient de plus en plus rare. Ce sont les derniers des Mohicans. Petit port, petites vies. Baladez-vous sur le promontoire orné de palmiers. Vous verrez au loin des pêcheurs du dimanche, avec leurs longues cannes, leurs épuisettes et leur ventre bedonnant qui danse au rythme des vagues. Continuez jusqu’au bout, arrêtez-vous et respirez un grand coup. L’odeur de la mer. Vous n’entendez plus que le son des flots. Tournez-vous à gauche et voyez les complexes balnéaires. Tournez-vous à droite et voyez la ville. Petit conseil, venez-vous y promener au coucher du soleil. Le spectacle est magnifique. Les lueurs sur l’eau, la cité qui s’allume. Jbeil ne s’éteint jamais.

Ses nuits branchées

La ville a enfilé ses habits d’apparat. Le soir, on sort. Dans la vieille ville, les petits cafés pullulent. Vous préférez les terrasses illuminées pour soirée romantique éclairée à la lanterne ou les bars d’extérieurs aux tables et aux menus branchés? En tout cas, l’ambiance y est joyeuse, bon enfant. Les jeunes de la ville s’y donnent rendez-vous, les jeunes couples aussi. On y apprécie le cadre, les rires. La nuit, dans la vieille ville, on rajeunit. On s’entend parler. Pour les endiablés du samedi soir, il y a des pubs étroits, avec musique électronique. Les plus tranquilles peuvent choisir de bonnes tables et la bande de potes, de petits restos sympas où l’on peut voir un verre. Vous y trouvez de tout, vraiment. L’été, c’est la folie, l’hiver, les chaudières remplacent les parasols. Les restaurateurs font du bon boulot. Les adorateurs de poisson, de fiesta et de cocktails créatifs en auront pour leur argent.

Les habitants de Jbeil sont fiers de leur ville. Et il y a de quoi.

Pépé Abed, le symbole absolu

Youssef Gergi Abed, dit Pépé Abed (1911-2006). Celui qui a, un jour, discuté avec Pépé, a eu une chance exceptionnelle. Cet aventurier né à Rmeil, ce pirate des temps modernes passé par le Mexique, est le symbole de Jbeil. Lorsqu’on déjeune chez Pépé, on n’est pas dans un restaurant, mais dans un lieu historique. Il s’agit là d’un pèlerinage. Un journaliste écrira que «visiter le Liban sans connaître Pépé… c’est passer sa lune de miel avec un eunuque!». Bienvenue au Fishing Club. Les ambassadeurs, les journalistes viennent y manger. Parmi les célébrités qui y font escale: Brigitte Bardot, Jacques Chirac ou Marlon Brando. Son mur de photos est aussi impressionnant que son musée.

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