Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

De l’électricité en continu pour tout le Liban ?

Posted by jeunempl sur décembre 18, 2011

(Mariesol Rifai – L’Orient le Jour)

Réunis le temps d’une conférence, le ministre de l’Énergie et de l’Eau, le directeur général de l’Électricité du Liban et des experts économiques ont, tour à tour, exposé leur point de vue sur l’un des sujets les plus brûlants de l’actualité du pays : celui de l’électricité. La situation est tellement critique dans le secteur qu’il n’était presque pas question de courant 24h/24 autant que des moyens d’éviter le black-out dans quelques années.

De l’électricité en continu pour tout un pays… Cette phrase pourrait sembler banale en ce début de XXIe siècle, et pourtant, elle relève encore du rêve pour la grande majorité des Libanais qui subissent un rationnement électrique moyen de 14 heures par jour. Définir les principaux enjeux et problématiques du secteur de l’électricité, proposer des solutions et réunir autour d’une même table ses différents acteurs en vue d’une mise au point claire et intelligible de l’état d’avancement des réformes en cours : tels étaient les défis (relevés) de la conférence organisée hier par le think tank libanais, le Centre Issam Farès.

Un désastre économique, financier et social

Dans le dossier de l’électricité, nul besoin de disserter très longuement sur les causes et conséquences de la dégradation de la situation sans s’arrêter sur les chiffres de l’hémorragie financière subie par le Trésor public. « Celui-ci transfère l’équivalent de quelque 20 % du budget de l’État pour couvrir le déficit de l’Électricité du Liban (EDL). C’est la deuxième plus grande dépense après le service de la dette », a expliqué l’économiste Kamal Hamdan. D’autre part, le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Gebran Bassil, a rappelé que les pertes annuelles engendrées pour la production de l’électricité s’élèvent à 6 milliards de dollars, soit près de 15 % du PIB.

Et ce désastre financier est accompagné d’un autre, économique et social, dû à une production énergétique largement en dessous de la demande nationale. « En 2010, la production maximale a atteint 1 650 mégawatts (MW) pour une demande de 2 450 MW, soit un déficit de 800 MW. Si rien n’est fait pour améliorer la situation, en 2016 le déficit atteindra 1 900 MW », a averti le directeur général de l’EDL, Kamal Hayeck.

Cette situation a poussé les citoyens à recourir massivement aux générateurs privés de quartier. « Comparé aux 700 millions de dollars que déboursent chaque année les Libanais à l’EDL, le montant destiné à ces générateurs est de quelque 1,7 milliard de dollars ! »

a indiqué M. Bassil. Et ce problème, en plus d’atteindre directement le porte-monnaie du citoyen lambda, est en train d’affecter toute la croissance du pays. « Les industries, les commerces, les petites et moyennes entreprises subissent des coûts supplémentaires qu’ils peinent à supporter, et les investissements sont directement affectés », a souligné le ministre, qui a également déploré le tort que cette situation causait à l’image du pays, et donc au tourisme.

Dans ce cadre, il n’est un secret pour personne que tous les citoyens libanais ne sont pas égaux face au rationnement et que, selon la région, la ville ou le quartier qu’on habite, on a droit à dix, quinze, vingt ou vingt-quatre heures d’électricité au quotidien. « Nous somme conscients du fait que cette situation va à l’encontre du principe d’égalité des citoyens et qu’elle devient un facteur d’instabilité sociale. L’urgence de mettre en place le plan de réforme du secteur n’en est que plus grande », a martelé M. Bassil.

Les causes de ce désastre

Comment en est-on arrivé là ? Sur le plan financier, M. Hayeck a expliqué que le déficit de l’EDL était dû à plusieurs facteurs, comme les vols, la mauvaise collecte des factures, mais aussi et surtout une tarification largement en dessous de ce qu’elle devrait être. « En 2002, le prix du baril de pétrole a été fixé à 17 dollars et nos tarifs aujourd’hui sont toujours à ce prix-là, alors que le baril a dépassé la barre des 100 dollars ! » a déploré le directeur de l’EDL. À ce sujet, M. Hamdan a rappelé que la Banque mondiale (BM) avait récemment réalisé une étude dans laquelle la grande majorité des citoyens interrogés se disait prête à payer à l’EDL un tarif plus élevé à condition de recevoir un meilleur service. « Et, chose étonnante, plus les personnes sont pauvres et plus leur propension à payer un tarif élevé à l’EDL est grande », a ajouté M. Hamdan. Quant aux problèmes de la production électrique qui ne satisfait pas la demande, ils sont d’ordre technique, liés à l’état des centrales, du personnel de l’EDL et du manque d’investissements dans le domaine. « Les centrales de Zouk et de Jiyé ont besoin de grands travaux de maintenance depuis des années, alors que d’autres, comme celles de Zahrani, Deir Ammar, Tyr et Baalbeck, ont été conçues pour carburer au gaz alors qu’elles fonctionnent au mazout, et le câble à haut voltage de 220 kilovolts à Mansourieh n’est pas terminé », a souligné M. Hayeck.

Mais il a surtout dénoncé les problèmes liés aux ressources humaines de l’EDL. « La moyenne d’âge des employés est de 54 ans et nous fonctionnons avec 1 700 salariés au lieu des 5 000 dont nous aurions besoin. Si rien n’est fait d’ici à 2015, et avec les départs à la retraite, notre effectif sera de 1 382 employés », a déploré le directeur de l’EDL.

Comment éviter le black-out ?
Malgré les propos alarmistes des différents intervenants, ces derniers s’accordaient tous à dire que la partie est loin d’être perdue et que tous les ingrédients sont aujourd’hui réunis pour mettre un terme à cette « catastrophe nationale ». Le plan de réforme adopté en 2010 sous le gouvernement d’union nationale de Saad Hariri, et dont la première phase d’exécution a été approuvée en septembre dernier, semble pouvoir résoudre la situation, ou en tout cas éviter le pire. Il reste maintenant à espérer que les conflits des politiciens ne prendront pas le dessus, une fois de plus (une de trop ? ), sur l’intérêt national, et surtout, sur la survie du pays.

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