Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Des camps retranchés au sein du gouvernement…

Posted by jeunempl sur décembre 11, 2011

(Scarlett Haddad – L’Orient le Jour)

Avec deux séances prévues en principe la semaine prochaine, le gouvernement ne semble pas devoir trop souffrir du cafouillage de mercredi dernier. Les différents protagonistes savent en effet que pour l’instant – et tant que la situation régionale restera aussi confuse – ils sont condamnés à cohabiter, chacun cherchant toutefois à tirer la couverture à lui. Mais à chaque secousse, le Premier ministre, Nagib Mikati, montre que sous ses airs calmes et rassurants, c’est un homme redoutable dont il faut certainement compter avec l’habileté.

Au point que certains partenaires au sein de la nouvelle majorité sont de plus en plus convaincus que le Premier ministre serait une sorte de « cheval de Troie » glissé entre eux et travaillant finalement pour le maintien du système, rassurant la communauté internationale et davantage soucieux de satisfaire ses désirs que ceux de ses alliés. Selon ces parties de la majorité, Mikati ne cessait, au début, de dire aux autres protagonistes du gouvernement qu’il ne peut pas procéder à des mutations ou à des nominations sous la pression, alors que la rue sunnite est montée contre lui. Résultat, les seules nominations effectuées depuis le vote de confiance du gouvernement ont porté sur des postes revenant aux chiites et sur la Banque du Liban. Tout le reste est bloqué et le système qui prévalait avec le précédent gouvernement est toujours en place et actif. De plus, à mesure que l’axe Sleiman-Mikati-Joumblatt se consolide, il est de plus en plus clair que le gouvernement fonctionne à l’envers, avec des forces de blocage plus importantes que celles qui devraient le pousser vers l’avant.

Il faut ajouter à ce constat le fait que depuis qu’il a obtenu la confiance du Parlement, le gouvernement a vécu avec le financement du TSL placé comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Certes, Nagib Mikati n’a cessé d’afficher une certaine sérénité, laissant entendre à son entourage qu’il avait un scénario en réserve qu’il sortira au moment voulu et qui avait été mis au point avec l’aide du président de la Chambre. Principal concerné dans cette affaire, le Hezbollah le laissait faire, la relation entre eux étant basée sur la confiance, comme l’avait d’ailleurs déclaré Hassan Nasrallah lui-même. Mais cela ne l’a pas empêché d’être pris de court lorsque le Premier ministre a annoncé en direct à la télévision son intention de démissionner si le financement du TSL était rejeté par le Conseil des ministres. Le « sayyed » a donc dépêché mardi soir son conseiller en affaires politiques Hussein Khalil auprès de Nagib Mikati pour s’enquérir de ses véritables intentions et le Premier ministre a alors expliqué que son scénario consistait à puiser dans les fonds du Haut Comité de secours, contournant ainsi le vote du Conseil des ministres. Le Hezbollah ne s’est pas opposé à la formule, tout en suggérant au chef du gouvernement d’attendre avant de transférer les fonds, histoire de recevoir quelques dons arabes et internationaux qui permettraient de dire que le financement ne provient pas directement de l’argent du contribuable libanais. Mais, craignant sans doute que l’axe Aoun-Hezbollah ne décide d’utiliser le financement pour lui soutirer des concessions sur d’autres dossiers, notamment le décret sur le réajustement des salaires et les nominations administratives, le Premier ministre a choisi de transférer les fonds le lendemain (mercredi dernier) et de l’annoncer officiellement dans le cadre d’une conférence de presse. Hassan Nasrallah n’a visiblement pas apprécié la méthode, puisqu’il ne s’est pas privé de critiquer pour la première fois ouvertement Nagib Mikati dans un discours qui n’était pas prévu en pleine commémoration de Achoura.

L’affaire aurait pu en rester là, chacun ayant jaugé l’autre et se comportant en conséquence. Mais la séance gouvernementale de mercredi a encore plus compliqué la situation. Une fois de plus, le Premier ministre a pris ses partenaires de court. Alors que les débats au sujet du projet de Charbel Nahas se poursuivaient et auraient pu s’éterniser, sans que nul ne songe à le soumettre au vote, Nagib Mikati a sorti via le ministre de l’Économie un second projet qui a surpris une grande partie des présents. Avec une célérité rare, justifiée par le fait que le Premier ministre avait un dîner officiel à 20h30, mais surtout à la demande des ministres aounistes qui voulaient en avoir le cœur net, le projet a été soumis au vote des présents (23 ministres). Il a obtenu 16 voix, autrement dit la majorité minimale, dans un calcul d’une grande précision. Les deux ministres du Hezbollah présents à la réunion devaient par la suite expliquer qu’ils avaient été pris de court et agi hâtivement sans prendre réellement conscience de l’enjeu. D’ailleurs, le Hezbollah tente de se rattraper depuis en appuyant avec force la grève des travailleurs prévue jeudi…

Ainsi et en moins de deux semaines, Nagib Mikati a mis ses partenaires devant le fait accompli, marquant des points au sein du gouvernement et auprès de la communauté internationale, sans parler de la rue sunnite qui le voit de plus en plus comme un décideur. Mais cela ne signifie pas qu’il parviendra toujours à imposer sa volonté à ses partenaires. Si Nabih Berry a des comptes personnels à régler avec Michel Aoun (l’affaire de la centrale électrique de Zahrani en témoigne) et qu’il n’est pas mécontent de le voir essuyer quelques revers, il n’en reste pas moins engagé aux côtés du Hezbollah et cette alliance est prioritaire à ses yeux.

La bataille du décret des salaires n’est donc pas terminée, mais le CPL et ses alliés ont compris désormais que Nagib Mikati est un partenaire redoutable, qu’il n’a pas seulement le souffle long, mais est aussi tenace et rusé… En quelques mois et sans faire de déclarations tonitruantes, il a réussi à affaiblir ses adversaires et à déstabiliser ses partenaires. Mais il a aussi contribué à dresser des camps retranchés au sein du Conseil des ministres, en se basant sur le fait que sa présence est nécessaire. Mais ses détracteurs au sein du gouvernement estiment qu’il faudra bien qu’il passe un jour lui aussi à la caisse…

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