Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Michel Aoun, l’insoumis : Seul contre tous

Posted by jeunempl sur novembre 13, 2011

Julien Abi Ramia – L’Hebdo Magazine

Michel Aoun est sans doute aujourd’hui le personnage politique le plus clivant du pays. Seuls les alliés qu’il s’est véritablement choisis trouvent grâce à ses yeux. Contre les autres, il se présente comme une alternative de fond. Avec chacun d’eux, les dossiers litigieux s’accumulent.

De par son implantation électorale sur l’ensemble du territoire libanais, le Courant patriotique libre (CPL) est un parti de gouvernement qui s’attribue pour vocation de conduire les destinées du pays. Aujourd’hui, son seul équivalent sur la scène politique libanaise est aussi son pire ennemi. Son négatif, en quelque sorte. Aux manettes de l’Etat pendant près de vingt ans, le Courant du futur, ses affidés, ses parrains et son héritage sont, depuis le retour d’exil du général, les cibles à abattre. Plus exactement, c’est le «haririsme» que le général veut mettre à bas. Le néologisme est de sa création. Il désigne le système de pensée et de valeurs qui sous-tendent les réseaux de pouvoir, politique et financier, portés par l’ancien Premier ministre et ses obligés. L’ambition de Michel Aoun, «tourner définitivement la page du haririsme», selon ses propres mots et changer la société en profondeur. Un sacré programme, à la hauteur des aspirations de ses partisans, qui voient en lui un leader à l’envergure régionale, qui résiste envers et contre tout.

Mikati, la cible

En renversant, avec ses alliés, le gouvernement d’union nationale dirigé par Saad Hariri, le leader du CPL pensait avoir les coudées franches. L’occasion unique de prendre les commandes de l’Etat et de démanteler le système Hariri. A ses partenaires d’assumer les défis extérieurs, à lui le contrôle des ministères de service public et les réformes en profondeur. Mais c’était sans compter sur Najib Mikati.

Le Premier ministre concentre, désormais, tous les griefs du CPL contre le gouvernement. «La période de grâce est terminée», prévenait Michel Aoun, le 27 octobre dernier. Son aptitude à calmer les ardeurs des grandes puissances ne suffit plus au leader du CPL. Au Grand sérail, c’est le Premier ministre qui a le dernier mot. C’est lui qui a amendé le projet de loi sur l’électricité du ministre de l’Energie, Gebran Bassil. C’est lui qui a mené les négociations syndicales, malgré l’opposition du ministre du Travail, Charbel Nahas, et c’est son compère Mohammad Safadi aux Finances, qui pilote en ce moment la rédaction du budget de l’Etat et des ministères.

De tous les ministères régaliens qu’il voulait avoir, seuls ceux de l’Economie et des Finances lui ont échappé. Un handicap pour le chantre du changement. «Nous sommes dans un pays où tout est à construire», explique le ministre aouniste des Télécoms, Nicolas Sehnaoui. Sans le levier financier, le CPL n’a pas la mainmise sur la conduite des réformes. Sur le terrain économique, le libéralisme dérégulé d’un Mikati tranche avec l’étatisme planificateur d’un Aoun. Mais les divergences entre les deux hommes ne se limitent aux questions gouvernementales. Ce qui anime véritablement le chef de parti, c’est «le dynamitage du haririsme et l’éradication de ses suppôts» qu’il a nommément cités. En ligne de mire, le directeur général des Forces de sécurité intérieure, Achraf Rifi, le chef des services de renseignement, Wissam el-Hassan, le directeur général de la société Ogero, Abdel-Menhem Youssef et «tous les barons de l’administration qui viennent du même moule».

Lors de sa dernière interview télévisée du 28 octobre, sur la chaîne al-Manar, Michel Aoun a accusé le Premier ministre de «protéger des personnes corrompues». Leurs divergences sur la question du financement du Tribunal ne sont que la pointe immergée de l’iceberg.

L’immobilisme des centristes

La solidarité gouvernementale est un impératif qui place le leader du CPL dans une position délicate. S’il dit comprendre «les justifications du statu quo», il explique également refuser le rôle de «faux témoin du gouvernement» que les circonstances lui imposent. Au sein de la mouvance centriste dont il honnit le consensus mou, Michel Sleiman et Walid Joumblatt (n’y échappent pas). Entre le président de la République et le général, le bras de fer est feutré en public, mais extrêmement fort dans les coulisses. Michel Aoun n’est pas tendre à son égard. «A la base, il n’y a pas de relations entre nous». La question des nominations administratives est l’affrontement du moment. Chacun veut placer ses pions dans les rouages de l’administration. Mais, en toile de fond, la rivalité est d’ordre politique. Et les récriminations sont nombreuses. Lors des dernières échéances électorales, plus particulièrement dans la circonscription de Jbeil, d’aucuns du côté aouniste ont accusé le chef de l’Etat de jouer double jeu.

Lors des législatives de 2009, Nazem Khoury, aujourd’hui ministre de l’Environnement, s’est allié au secrétaire général du 14 mars, Farès Souhaid, contre la liste CPL et pour les municipales, c’est le gendre Ziad Hawat qui a emporté la mairie de Jbeil, face au candidat soutenu par le parti orange, Jean-Louis Cordahi. Lors des consultations parlementaires préalables à la formation du gouvernement, il a fallu plusieurs semaines et quatre ou cinq noms aux deux hommes, pour qu’ils se mettent d’accord sur le titulaire du ministère de l’Intérieur. Et si, à deux ans des élections générales, les rumeurs sur les candidatures du fils du président, Charbel Sleiman et de son gendre Wissam Baroudy, sont insistantes et les scénarios de listes d’unité restent lointaines, elles expriment en tout cas les tensions qui existent entre les deux généraux. Déjà malmené par ses concurrents traditionnels sur la scène chrétienne, aujourd’hui dans l’opposition, le leader du CPL doit composer avec les desiderata du premier des Libanais qui, lui aussi, fait de la politique.

Le troisième fer de lance du centrisme, c’est le leader du Parti socialiste progressiste (PSP). Deux mastodontes politiques, deux façons d’en faire radicalement opposées. Rabié s’est toujours méfié de la volatilité de Joumblatt, et Moukhtara, des visées maximalistes d’Aoun. Deux leaders d’envergure nationale aux sensibilités si différentes ne peuvent que s’observer et se craindre. Et comme toutes les fortes têtes, elles se ressemblent, inévitablement. L’attention qu’ils prêtent à leur communauté et leur aptitude à se rendre indispensables les rapprochent et font d’eux des figures incontournables. Ils détestent cordialement ce que l’un et l’autre représente. Dernier échange d’amabilités en date, Joumblatt ironisant sur Aoun, «le plus pur des hommes» et le deuxième lui répondant qu’il existe des irrégularités sur les chantiers conduits par le ministère des Travaux publics, contrôlées par Ghazi Aridi.
Dans le cadre des débats du moment, c’est la question de la loi électorale qui cristallise les divergences. Le CPL a toujours été favorable à un scrutin à la proportionnelle. Et le leader du PSP a, lui, toujours affirmé son opposition à cette éventualité, compte tenu de la géographie électorale du Chouf et de Aley. Ces prochains jours, des délibérations entre les représentants de l’ex-opposition auront lieu pour trancher le différend, sur la base du projet déposé par Marwan Charbel.

L’agenda des priorités

L’autre clivage, et non des moindres, concerne évidemment la Syrie. Le leader du CPL est un farouche défenseur du régime actuel, craignant que si l’opposition syrienne venait à gagner, «la révolution islamique se transposerait à Beyrouth». Si, sur le plan politique, ce soutien au régime pouvait s’apparenter à un alignement sur les positions des non-alignés, les arguments du patriarche Béchara Raï sur le péril islamiste lui donne un autre tonneau. La question des communautés de la région, et leur utilisation par les Américains pour leur projet du nouveau Moyen-Orient, est sa grande préoccupation du moment. «Les Etats-Unis veulent dresser une ceinture sunnite pour freiner l’avancée de l’Iran», expliquait-il mardi.

L’entente entre le CPL et le Hezbollah est au beau fixe. Le Parti de Dieu, celui des déshérités, de la Résistance et des non-alignés. Le général voit en sayyed Hassan Nasrallah la face d’une même pièce. Dans son gouvernement idéal, le secrétaire général du Hezbollah serait le compositeur et lui, le chef d’orchestre. Les réformes en profondeur que réclame le leader du CPL, sont assez explosives pour faire des dégâts, que le Hezbollah qui tient le gouvernement à bout de bras à tour de compensation et de conciliabules, aurait du mal à assumer. D’autant que, dans sa lutte anti-corruption, le mouvement Amal du président Berry fait office d’épouvantail. En son temps, Michel Aoun a expliqué que le chef du Parlement était l’allié de son allié. Leurs tempéraments ne collent pas. L’un s’est confortablement installé dans une mécanique consensuelle, l’autre fait feu de tout bois.

«Seul contre tous – contre le président de la République et le gouvernement internationalement reconnus, contre la Syrie, contre l’armée légaliste, contre la milice chrétienne, contre la hiérarchie chrétienne –, le général Michel Aoun a repris du poil de la bête dans le ton et dans ses exigences». Cette phrase est tirée du quotidien belge, Le Soir, daté du 5 octobre 1990, cinq jours avant son exil. C’est dans la posture du franc-tireur que ses partisans le préfèrent. C’est seul contre tous qu’il montre qui il est. C’est bien avant son retour d’exil que le leader du CPL a identifié les problèmes. Et les problèmes, il veut les régler. Quoi qu’il en coûte?

Le 14 mars, «une mafia organisée»

«One way ticket», l’expression a fait florès. Son leader spirituel, Saad Hariri, est aujourd’hui en exil. La symbiose n’aura duré qu’une année, entre 2004 et 2005, lorsqu’il a fallu bouter l’armée syrienne du territoire libanais. Pour le leader du CPL, l’opposition représente une menace constante qui demande grande vigilance. La récente bataille entre les deux camps lors des élections estudiantines en témoigne. Avec sa surface financière, ses relais médiatiques et ses parrains occidentaux, le 14 mars garde à ses yeux un pouvoir de nuisance important. Il considère ce qu’il qualifie d’instrumentalisation de la question syrienne comme une tentative désespérée de reprendre le pouvoir au Liban.

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