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Nicolas Sehnaoui : De la théorie à la pratique

Posted by jeunempl sur novembre 5, 2011

Julien Abi Ramia – L’Hebdo Magazine

Que ceux qui pensent que Nicolas Sehnaoui n’est qu’un jeune premier un peu guindé, révisent leur jugement. A 44 ans, le ministre des Télécoms, qui a déjà théorisé le sens de son engagement, est un homme réfléchi et un militant passionné. Ultra réaliste et sentimental.

Il n’y a pas à dire, la fonction de ministre lui va comme un gant. Dans le landerneau politique, son profil détonne. Voilà quelqu’un qui sait s’extraire de la lessiveuse infernale du débat public, pour se poser, le temps de s’isoler et de réfléchir. C’est suffisamment rare pour être relevé. Même sa splendide demeure d’Achrafié est bercée par le silence. Son monde intérieur est aussi captivant que sa façon d’agir. Ordinateur toujours à portée de main, le baryton a la force tranquille des vieux sages. Jamais de précipitation, mais des théories solides et une pensée ciselée, bases de son inaltérable mode de fonctionnement. Ses convictions, il les assène sans provoc et avec évidence. Tout est pensé, calibré, réfléchi, on vous dit. Il ne fait pas dans la gaudriole; les enjeux sont trop importants. Ce politique-là s’attache aux mécanismes, prête attention aux grands principes et sait s’inscrire dans la durée. Bref, le profil idéal d’un ministre qui a tout à construire dans son secteur

L’école, un ring

Lorsqu’il parle de sa vie, Nicolas Sehnaoui est implacable. «Jusqu’à dix ans, j’ai eu une enfance malheureuse, agitée. Mes parents étaient en plein divorce. Je faisais des cauchemars dans lesquels il y avait un tribunal qui voulait me pendre, et dans le jury, il y avait mes parents. J’ai eu ce rêve trois, quatre fois. J’étais tourmenté». L’école, il en parle comme un ring. «A cet âge, les cours de récréation sont infernales. Les enfants sont impitoyables les uns envers les autres, mais paradoxalement, elles constituent un bon centre de formation de la vie». Certains y trouveront l’explication de sa prétendue austérité. Un énorme malentendu. «J’ai toujours eu un caractère extraverti. Quand les moments sont agréables, je suis quelqu’un d’agréable».

On consent à le croire. Le ministre est d’une plaisante compagnie, mais ne pensez pas le mettre dans la poche aussi facilement. «Je suis très exigeant avec le mot «ami». Ce n’est pas un mot que je distribue facilement. Tous mes amis, je les ai choisis graduellement, à partir de 15 ans. Oxygène d’une enfance que l’on imagine chaotique, son cousin Pierre fait partie de ce cercle très fermé.

Mais son cuir tanné, cette carapace essentielle à la geste publique, il l’attribue à la guerre. «Elle a joué un rôle majeur dans mon entrée en politique. Pendant cette période, j’ai acquis le sentiment que notre destinée n’était pas entre nos mains. Dans mon passage à l’âge adulte, j’ai décidé que je ne voulais pas que mon destin soit aux mains des tiers, en tout cas dans l’approche individuelle. Je suis pour l’auto-détermination des individus et des peuples. Pendant la guerre, on s’abrite, on fuit, on a peur, de la mort notamment. Je refusais ce sentiment d’impuissance». Terreau fertile, la guerre a formé toute une génération d’hommes politiques. Et puis, il y a la figure incontournable du père. «Cette impression d’impuissance était renforcée par le fait que je sentais que mon père, charismatique et intelligent, voulait faire de la politique, mais le système l’a exclu de facto. Je l’écoutais avec attention lorsqu’il lançait ses diatribes et ses analyses politiques».

Les théorèmes d’une vie

Cette faculté à théoriser l’existence est saisissante. Rien de tel pour dresser des constats philosophiques. «Il y a une forte contradiction entre le système éducatif qui nous apprend à maximiser nos intérêts personnels, nos capacités dans un monde où règne la loi de la jungle, celle du plus fort et une autre réalité qui nous montre l’existence d’intérêts collectifs, d’une certaine éthique morale. L’enfant sort avec la conclusion que ses parents ne comprennent pas le monde. L’école, la famille et le libéralisme économique lui apprennent la loi du plus fort, même s’il va à l’église, chantre de la morale, tous les dimanches». Des préceptes de père. «J’ai écrit un livre à mes enfants, pour qu’ils ne tombent pas dans le piège. L’écrit a l’avantage d’être le moins chargé d’égo. Je me donne un temps pour l’éducation de mes enfants. Pas autant qu’il ne le faudrait, mais assez pour guider leurs vies. Là aussi, il y a un équilibre délicat à trouver. J’essaie ne pas trop leur imposer ma vision des choses. Ce serait injuste envers eux». Eduquer Mouna, Maurice et Délila est «une charge aussi difficile que la politique», concède-t-il.
La politique justement. «Au Liban où les enjeux politiques sont majeurs, le politicien porte une très lourde responsabilité. S’il ne rassemble pas, il ne peut pas assumer cette charge comme il faut». Mais le constat va plus loin. «Les citoyens ne sont pas, eux, à la hauteur de leurs responsabilités. Ils ont un pouvoir minuscule pendant quatre ans, et excessivement important le jour des élections. Et pour que leur choix soit intelligent et rationnel, il faut qu’ils lisent, qu’ils s’informent, qu’ils éduquent, qu’ils ne se laissent pas prendre par leurs émotions. Malheureusement, les citoyens sont segmentés en trois groupes. L’un a totalement démissionné, il considère que les politiciens sont tous des voyous. Il se trompe, ils ne le sont pas tous. En tout cas, je témoigne pour moi et pour mon groupe. Ce n’est pas une attitude responsable. Les deux autres sont pris par des émotions contradictoires».

La politique autrement

Alors, faut-il considérer que la charge qu’il occupe, dans les arcanes de l’administration, là où on peut changer les choses, est celle qui lui convient? «Le travail de ministre est passionnant. On change la réalité. Je dirige un ministère où il y a de grandes choses à faire. C’est motivant. Surtout que nous travaillons avec une administration qui devrait exécuter les ordres du gouvernement, noyautée par une administration parallèle. Dans un pays où on a tort ou raison selon l’appartenance à tel ou tel groupe, ça devient difficile».

Le communautarisme l’inquiète. «On se trouve dans la pire des situations. La région est dans un relent d’extrémisme et de polarisation communautaire, rarement vu dans l’histoire. Il y a deux logiques fortes: la partition ou la laïcité. L’une des deux conduirait à la fin des chrétiens au Proche-Orient».

Il entre de pied dans le débat du moment. «Je suis pour le libre arbitre, tant que celui qui l’exerce est conscient des enjeux. Donc que le sens de l’histoire aille dans une direction ne m’empêchera d’agir contre cette fatalité. Je vis au Liban, j’adore ce pays et je ne veux pas que mes enfants finissent par le quitter. Je ne veux pas que le Liban finisse par ne plus ressembler à ce que je veux qu’il ressemble. La question n’est pas de savoir ce qui va se passer, mais de ce que l’on fait. Même les gens qui sont partis, supplient de revenir». Et il sait de quoi il parle. «J’ai émigré huit ans en France et huit mois en Afrique et comme tous les Libanais, je suis quelqu’un qui s’adapte plutôt bien. Mais être chez soi n’a pas de prix. Même quand tout va, le Liban garde son charme exceptionnel. Il faut se battre pour ce pays».Julien Abi Ramia

Ce qu’il en pense

Les livres: «J’ai beaucoup lu et j’aime lire. Mais aujourd’hui, mon travail m’oblige à lire des rapports d’experts. Le roman de science-fiction Dune, commis par l’Américain Frank Herbert, m’a beaucoup marqué. Je dois citer Le Petit Prince, Le Loup des Steppes, du prix Nobel allemand Hermann Hesse, et Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier. Je ne lis qu’en français».

L’âge en politique: «Il y a des gens âgés qui font de la politique comme des jeunes gens et des jeunes qui font de la politique comme des gens âgés. Mais globalement, il y a une influence de l’âge sur la façon de faire de politique. Il a un impact sur la simplicité du message et le désir d’aller vite. Le jeune a une méthodologie plus simple».

Les médias: «En termes de qualité pure, nos plus grands créateurs de contenu sont parmi les meilleurs du monde. Mais pour l’instant, l’indépendance des médias est un échec. Soit à cause de l’argent, soit à cause de la politique. Pour le lecteur, le journaliste a une présomption d’indépendance».

Pas d’ambition personnelle

«Je n’ai jamais pensé à ma carrière politique. Je suis profondément un militant et si je devais perdre cette fibre, j’arrêterais immédiatement. Parce que la politique sans la passion, c’est horrible. La députation n’est pas un objectif en soi, c’est un outil. Mon objectif, c’est que j’augmente le nombre de nos députés pour pouvoir conduire plus de réformes. Et si pour atteindre cet objectif, je dois laisser la place, je le ferais sans aucun problème. C’est plus désagréable d’être député que d’être ministre». Rafraîchissant. «Un homme politique ne doit pas décider en fonction des mouvements d’opinion. Ce n’est pas un référendum permanent. L’homme politique dirige, gouverne. Le candidat doit dire la vérité et ne pas trahir ses principes, si possible, sauf pour des questions d’intérêt général».

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