Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Avec le patriarche dans le Midwest américain : « Je dirai tout à Ban Ki-Moon »

Posted by jeunempl sur octobre 15, 2011

Pauline Mouhanna – L’Hebdo Magazine

Le patriarche maronite Mgr Rahi

Des moments qui resteront à jamais gravés dans les mémoires. C’est ce que pensent les Libanais de Peoria, en Illinois, de la visite du chef de l’Eglise maronite. Dimanche 9 octobre, ils lui ont réservé un accueil triomphal. Une foule survoltée, des cris de joie et des acclamations fusaient de partout. Le patriarche Béchara Raï a tenu à leur montrer son visage d’homme humble et accessible. Nous l’avons interviewé sur la situation des chrétiens d’Orient, le tollé qu’ont suscité ses prises de position à Paris et, surtout, le message qu’il compte transmettre au secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-Moon, le 21 octobre. Il nous a parlé à cœur ouvert de tous ces sujets. Nous l’avons enfin suivi lors de cette visite à Peoria avant ses prochaines étapes dans les autres Etats.

L’un des sujets sur lequel vous insistez dans toutes vos déclarations, c’est les menaces qui pèsent sur les chrétiens d’Orient…

Tout à fait. La conjoncture politique et sécuritaire, la montée du fondamentalisme, la guerre et la violence menacent les chrétiens d’Orient. Le dernier exemple en date, c’est ce qui s’est passé tout récemment en Irak. Alors qu’ils étaient en train de prier en famille, ils ont été massacrés et des universitaires ont été assassinés sans raison. La situation est pire en Egypte, nous l’avons vu. Aujourd’hui, toutes les parties sont menacées en Orient, mais les chrétiens sont particulièrement victimes de cette violence. Leur présence est menacée aussi à cause de la crise économique. Résultat: le Moyen-Orient se vide petit à petit de ses chrétiens. Pourtant, ces derniers ont un grand rôle à jouer dans l’enrichissement des cultures et des civilisations dans cette région. Je tiens à rappeler d’ailleurs qu’ils sont là depuis la naissance du Christ. Pour lutter contre ces menaces, le pape Benoît XVI a convoqué une Assemblée spéciale du synode des évêques consacré au Moyen-Orient. Il veut encourager les chrétiens à reconnaître et approfondir leur identité. Il tient aussi que tous, l’Eglise, les personnes de bonne volonté, la communauté internationale, les organisations non gouvernementales et les dirigeants aident matériellement ces chrétiens à demeurer en Orient. Nous aussi, via nos institutions, tenons à les encourager à rester. Le travail est à effectuer avec les dirigeants politiques de la région, mais aussi avec la communauté internationale laquelle ne peut pas négliger les minorités qu’elles soient chrétiennes ou non. Nous ne voulons pas de sa part, d’actes de miséricorde. Les chrétiens, citoyens originaires de cette région, ont des droits fondamentaux, de citoyenneté, de liberté d’esprit et de culte.

Vos dernières positions en France devant le président Nicolas Sarkozy ont suscité un tollé au Liban. Êtes-vous déçu par ce qui s’est passé?

Non, absolument pas. Il y a eu des personnes qui ont déformé mes propos à Paris. Ce que j’ai dit, c’est que l’Eglise ne soutient aucun régime politique. Elle n’est contre aucun parti, mais contre la guerre, la violence quelle que soit sa source, que ça soit celle des dirigeants politiques ou celle d’un peuple qui l’utilise. J’ai expliqué que nous sommes avec les réformes politiques, partout, dans tous les pays arabes et avec les libertés publiques. Nous sommes avec les réformes en Syrie, mais pas avec la violence et la guerre. J’ai rappelé qu’il y a des innocents qui payent et, entre autres, des victimes chrétiennes. J’ai donné l’exemple de l’Irak, où en voulant instaurer la démocratie, ça a dégénéré en une guerre civile entre sunnites et chiites, et un million de chrétiens ont été chassés, alors qu’il y en avait un million et demi. J’ai donc attiré l’attention qu’il ne faut pas faire en Syrie, ce qu’on a fait en Irak; car ça peut mener cette fois à une guerre civile entre les alaouites et les sunnites. J’ai ajouté que nous pouvons passer d’un régime dictatorial à un autre pire encore, parce qu’il y a dans les pays arabes, une montée des groupes fondamentalistes armés et organisés qui sont financés par des Etats. S’ils arrivent au pouvoir en Syrie, ça sera pire. J’ai ajouté qu’en Syrie, si un changement de régime survient, probablement pour se protéger, les alaouites proclameront leur propre Etat qui sera, vraisemblablement, reconnu par la communauté internationale. Cela veut dire que le projet du Nouveau Moyen-Orient, qui consiste à morceler les pays arabes en entités confessionnelles, commence à être mis en œuvre. Tout ce que j’ai dit a été très apprécié par les responsables français, et par le président Sarkozy.

Comment expliquer alors toute cette polémique qui a eu lieu au Liban autour de vos déclarations?

A cause des manipulations médiatiques et des grandes divisions qui font qu’on voit les choses selon ses sympathies politiques. Je suis sûr de ce que je dis. Je le défends et le dirai toujours. Et ces manipulations ne m’importent pas.

Vous rencontrez prochainement le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-Moon. Quel message comptez-vous lui transmettre ?

Nous allons préparer un document que nous allons lui présenter. L’important, c’est que l’Onu, qu’on appelle également la famille des nations, doit assurer non seulement la paix, mais aussi une sortie de la crise économique. Il y a tant de pauvreté dans le monde, de guerres, de violences. La famille des nations devrait jouer son rôle essentiel, celui de faire régner la paix et sauvegarder les minorités. Elle doit aussi promouvoir le développement économique, social et religieux. Il faut aussi que la communauté internationale respecte ses résolutions. Pour nous autres, Libanais, il y a eu celles du Conseil de sécurité qui n’ont pas été exécutées. Comment faire régner une paix quand on n’applique pas les résolutions.

Sur la mise en œuvre de quelles résolutions allez-vous insister le plus?

Sur celle qui concerne le retrait d’Israël, le retour des Palestiniens et leur droit à avoir un Etat indépendant. Ce sont des résolutions qui n’ont pas été appliquées et nous en subissons au Liban les conséquences. C’est la cause d’ailleurs des divisions politiques dans notre pays.

Comment se déroule votre visite pastorale aux Etats-Unis?

Je rends visite à nos deux diocèses maronites aux Etats-Unis, ceux de Notre-Dame du Liban, à Saint-Louis et de Saint-Maron à Brooklyn. Le thème général de cette visite est la communion et l’amour, ou comment entretenir l’unité transcendante avec le Seigneur. Nous souffrons en tant que chrétiens et maronites du fait que certains négligent et n’appliquent plus leur devoir religieux. Nous voulons les inciter à prier, à être en communion avec Dieu et à améliorer la dimension sociale entre eux. Je voulais aussi rencontrer les enfants de la communauté, les encourager, comprendre quelles sont leurs demandes. Notre but est de maintenir le rapport qui existe entre la diaspora et l’Eglise mère au Liban.

Attendu comme le messie

Dimanche 9 octobre, à l’église Saint-Charbel, à Peoria, en Illinois; le jour même de la fête de ce saint tant vénéré, tout le monde s’active avant l’heure fatidique. Les Libanais sont très nombreux à répondre à l’appel. Les hommes politiques, dont Ray Lahoud, le ministre des Transports du gouvernement américain, et l’ambassadeur du Liban à Washington, Antoine Chédid, sont arrivés bien avant l’heure. Quand 10 heures sonne, la rentrée triomphale du chef de l’Eglise maronite, accompagné de plusieurs évêques et prêtres, émeut les présents. La foule se lève, les derniers cris se taisent. La messe peut commencer. Ce jour là, l’anglais et l’arabe se marient bien. On prie dans les deux langues. Le patriarche insiste sur l’éducation chrétienne. Un thème abordé lors de la rencontre des évêques maronites de la diaspora, qui avait eu lieu à Saint-Louis, quelques jours auparavant. En fait, lors de sa tournée aux Etats Unis, Mgr Raï a rappelé l’importance de la catéchèse et de l’apprentissage de la langue d’origine. Ici, à Peoria, ses vœux sont déjà exaucés. La majorité des Libanais s’expriment parfaitement en arabe. Ils sont demeurés attachés aux enseignements de l’Eglise maronite. C’est sans doute pour cette raison que le patriarche s’est senti si bien ici.

D’Est en Ouest

Entamée début octobre, dans l’Etat de l’Illinois à Peoria, la tournée du Patriarche Béchara el-Raï aux Etats-Unis l’a déjà conduit à Saint- Louis et Chicago. Elle se poursuit à Cleveland et Houston avant son arrivée à Los Angeles en Californie. Elle s’achèvera le 23 octobre prochain par une visite à New York.

Accueil chaleureux

Le président du Conseil général maronite, cheikh Sami el-Khoury, a mis un avion privé à la disposition du chef de l’Eglise maronite et l’a accompagné dans sa tournée à la tête d’une délégation représentative de la colonie libanaise. Plusieurs partis et courants libanais avaient recommandé à leurs adhérents de réserver un accueil chaleureux et triomphal au patriarche, digne de l’instance qu’il représente.

De Peoria, Pauline Mouhanna
Envoyée spéciale permanente

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :