Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

« Et maintenant on va où ? » : la Libanaise Nadine Labaki tente d’exorciser les fantômes de la mort

Posted by dodzi sur septembre 14, 2011

Le Monde

Certaines séquences d’Et maintenant on va où ? ont été tournées sous les yeux amusés et effarés de miliciens proche du Hezbollah, dans la Bekaa, qui s’étend entre Beyrouth et Damas. D’autres ont été réalisées dans la montagne chrétienne, au nord de la capitale du Liban. Tourné à l’automne 2010, Et maintenant on va où ?, présenté au Festival de Cannes, dans la section Un certain regard, est apparu comme une hirondelle cinématographique annonçant le printemps arabe.

Le second long métrage de Nadine Labaki (après Caramel, présenté en 2007 à la Quinzaine des réalisateurs) ne parle pas de multipartisme ou de liberté d’expression. A cette aune-là, le Liban n’est pas le plus mal loti des pays arabes. Et maintenant on va où ? commence par une séquence saisissante qui montre des femmes vêtues de noir, dans la poussière d’une plaine presque désertique. Elles cheminent en dansant jusqu’au cimetière. Là, le groupe homogène, la masse noire des veuves et des orphelines, se divise : les unes vont vers les croix, les autres vers les croissants.

C’est à ça, rien que ça, que Nadine Labaki a voulu se mesurer : la foi et la mort. Dans cette région du monde, on meurt encore (volontairement ou non) pour le nom du dieu qu’on invoque. De loin, dans notre Europe dont le désir de religion s’épuise comme à la fin d’un mariage interminable, on se dit que là-bas c’est ainsi, parfois avec un peu de nostalgie pour l’énergie que l’on mettait à étriper le catholique ou le protestant. La jeune réalisatrice libanaise ne veut pas tenir pour acquis ce danger permanent qui plane sur les communautés et remet en cause le fondement de la société dans laquelle elle vit. Elle a inventé un village isolé après la fin de la guerre (ni le pays ni le conflit ne sont nommés). Pour se ravitailler, il faut passer des champs de mines ; chrétiens et musulmans partagent la même pénurie, fréquentent les mêmes échoppes, le même café, la même douleur héritée de la guerre.

A ceci près que les séquelles ne sont pas les mêmes pour les hommes et pour les femmes. Les premiers sont toujours prêts à rouvrir les vieilles blessures, pendant que les mères et épouses n’ont qu’un souci : arrêter de souffrir. Si bien que lorsqu’une série d’incidents plus ou moins fortuits menacent de raviver le conflit, les femmes du village enchaînent les stratagèmes pour empêcher leurs hommes dedéterrer les armes cachées après la fin du dernier épisode de guerre civile.

Face à cette menace permanente, Nadine Labaki ne s’interdit aucun des moyens cinématographiques répertoriés dans l’arsenal : la comédie musicale, avec quelques numéros chantés, le drame et la comédie pure. Actrice elle-même (elle s’est attribué le rôle de la tenancière du café), elle a passé des mois à trouver des non-professionnelles pour incarner ces pacifistes pragmatiques. De vrais notables de village, des enseignantes, des commerçantes se joignent à elles pour mettre en scène les tours que jouent les femmes aux hommes afin de les empêcher dereprendre le sentier de la guerre.

Ces moyens mobilisent aussi bien la Vierge (dans sa représentation la plus sulpicienne) que l’un des produits agricoles les plus renommés du Liban, sans même parler de la troupe de danseuses post-soviétiques qui vont s’arrêterquelques jours dans le village.

Le trait est parfois un peu appuyé, le passage d’un registre à l’autre ne se fait pas toujours sans à-coups. La lourdeur et l’emphase sont en général tenues à l’écart grâce à l’élégance de l’image du chef opérateur Christophe Offenstein, à la musique de Khaled Mouzannar. Parce que les deux hommes du film, prêtre maronite et imam, sont deux figures comiques et sympathiques, on pense parfois au cinéma italien des années 1950. Mais celui-ci avait laissé la tragédie derrière lui et pouvait aller jusqu’au bout de la comédie. Au Liban, le pire reste possible et la comédie oscille perpétuellement au bord du drame le plus noir.

On ne peut en aucun cas dévoiler la fin du film, ni son mécanisme ni sa nature, sanglante ou burlesque. Il suffit de dire que la montée finale vers cette conclusion renversante finit de donner à Et maintenant on va où ? une vigueur que l’on souhaite à tous les films qui naîtront dans la région après le printemps.

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