Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Le général et le bey : Deux fortes têtes… inconciliables

Posted by jeunempl sur septembre 2, 2011

L’Hebdo Magazine – Julien Abi Ramia

La crise de l’électricité aura révélé les véritables relations entre Michel Aoun et Walid Joumblatt. Pourtant capables, selon les circonstances, de faire front commun, au nom de l’unité nationale et des intérêts stratégiques, le faucon et le centriste partagent sur le fond, un grand nombre de désaccords sur les sujets de fond.

Entre Michel Aoun et Walid Joumblatt, c’est une question de primauté. En 2005, au moment du retour triomphal du leader du CPL qui a suivi le retrait des troupes syriennes, Walid Joumblatt expliquait que «ce n’est pas le tsunami qui nous tombe sur la tête tardivement qui a apporté la libération, mais le sacrifice de Rafic Hariri» et la mobilisation du 14 mars dont le chef du PSP était la figure de proue.

La teneur des véritables relations entre le général et le bey tient dans cette phrase. Rabié s’est toujours méfiée de la volatilité de Joumblatt et Moukhtara, des visées maximalistes d’Aoun. Deux leaders d’envergure nationale aux sensibilités si différentes ne peuvent que s’observer, et se craindre. Et comme toutes les fortes têtes, elles se ressemblent, inévitablement. L’attention qu’ils prêtent à leur communauté et leur aptitude à se rendre indispensable les rapprochent et font d’eux des figures incontournables condamnés à s’entendre. Les circonstances fluctuent et aujourd’hui, le dossier de l’électricité a placé le curseur de leurs relations inconstantes dans la zone rouge.

Priorités antagonistes

Walid Joumblatt est entré dans ce gouvernement pour deux raisons. D’abord, pour amortir le choc du TSL et protéger ses partenaires du Hezbollah, ensuite parce que Najib Mikati constituait l’assurance de constituer un pôle centriste d’influence qui aurait la mission d’assurer la transition avec le gouvernement précédent. En deux mots, de faire entendre sa nouvelle petite musique, seule capable à ses yeux de braver la tempête des bouleversements arabes du moment. Dans ce cadre, les menaces de démission des ministres du CPL formulées par Michel Aoun sont dangereuses. Walid Joumblatt y a répondu de manière cinglante: «Nous ne nous soumettrons ni au chantage, ni aux menaces. Que nous représentions une minorité ou que nous mettions en danger la majorité à laquelle nous appartenons n’a que peu d’importance. Si nos réserves ne sont pas prises en considération, nous les maintiendrons».

Une position à laquelle consentent les centristes du gouvernement, du président Michel Sleiman au Premier ministre Mikati en premier lieu. Le dossier sonnera-t-il le glas de la majorité actuelle? Walid Joumblatt a rassuré ses membres. «Nos réserves sont techniques, pas politiques». La porte de la négociation est toujours ouverte. Et pour régler le dossier, le tandem des Khalil aux couleurs du Hezbollah et du mouvement Amal jouent encore une fois les médiateurs. Tout un symbole car en vérité, l’association entre Aoun et Joumblatt tient essentiellement grâce au travail de Hassan Nasrallah et de Nabih Berry. Les amis de mes alliés sont mes partenaires, peuvent dire les deux hommes. Les réunions en petit comité entre leaders, ministres et entremetteurs se sont multipliées ces derniers jours. Une chose est sûre, pour que le projet de loi soit adopté, il devra être amendé. Ce serait une petite victoire pour les «conservateurs» du gouvernement et une leçon pour les «réformistes».
Il s’agit là d’une véritable différence de principe entre les deux hommes et les deux partis. Alors que le CPL, qui s’est taillé la part du lion dans la distribution des portefeuilles ministériels, met en avant l’urgence et la nécessité de conduire les réformes, le PSP a élevé la réconciliation et la paix civile au rang de mantra.

A chacun ses intérêts supérieurs, mais lorsqu’ils coïncident, les deux hommes ont su se réunir comme en mai 2008, au moment des accords de Doha qui ont mis fin aux affrontements de Beyrouth et dans la Montagne. D’ailleurs, ces trois dernières années, les cadres du CPL et du PSP entretenaient de bonnes, voire d’excellentes relations. Nombreux sont, par exemple, les députés aounistes à saluer le travail du ministre des Travaux publics, Ghazi Aridi et le bon esprit de Waël Bou Faour, qui représentent le PSP au gouvernement. En réalité, pendant près de deux ans, les relations entre les deux partis ont été au beau fixe. Le 2 août 2009, Walid Joumblatt annonce à l’hôtel Beaurivage la rupture de son alliance avec le 14 mars. Par la suite, de nombreuses rencontres entre cadres du PSP et du Hezbollah auront lieu. Le 25 novembre 2009, a lieu ce que l’on a appelé la réconciliation de Baabda. Sous le parrainage de Michel Sleiman, Michel Aoun et Walid Joumblatt se sont rencontrés au palais présidentiel, inaugurant ainsi une période dorée. Le 11 janvier 2010, le député du Chouf se rend à Rabié; le 20 février, celui du Kesrouan se rendra à Moukhtara. Cette année, ils se rencontrent chez un ami commun pour préparer le gouvernement Mikati.

La communauté avant tout

Un rapprochement qui s’est concrétisé avec la signature d’un plan de travail commun, le 25 janvier 2010, qui a notamment fait avancer les dossiers des émigrés de la Montagne dans plusieurs localités de la région. Un approfondissement de la réconciliation druzo-chrétienne qui a toujours sous-tendu les rapports entre Aoun et Joumblatt. Dans le Chouf, les militants CPL saluent le repositionnement dans la bonne direction mais ils se méfient. «C’est certainement quelqu’un qui pense à sa communauté mais il ne faudrait pas qu’un bouleversement en Syrie le fasse à nouveau changer de position», entend-on dans les régions chrétiennes de la Montagne. C’est le principal reproche que les aounistes adressaient à Walid Joumblatt avant l’émergence du dossier de l’électricité. Son inconstance et la perméabilité de ses choix par rapport aux événements extérieurs.

Du côté de la base du PSP, on reproche à Michel Aoun «sa grandiloquence et son géocentrisme». Et puis, au fond du fond, deux considérations indélébiles. La guerre civile est encore vivace et cette histoire entre les deux hommes et ceux qu’ils représentent fait que certains paliers n’ont pas encore été franchis. Et puis, pour de nombreux militants, le repositionnement politique de Walid Joumblatt n’a toujours pas été digéré. Effacer d’un trait de plume des années de lutte avec les Forces libanaises ne se fait pas du jour au lendemain. Les échéances parlementaires de 2013 arrivent à la vitesse grand V et pour le moment, sur le terrain, les responsables locaux sont dans le flou.

Car il y a évidemment des considérations électorales à prendre en compte. Pour le CPL, l’éventualité d’une alliance avec le rouleau-compresseur que représente Walid Joumblatt dans les régions druzes fait saliver. Mais Walid Joumblatt a trop longtemps câliné les chrétiens des FL et surtout les militants sunnites du Courant du futur, pour considérer que le report de voix soit total et naturel en cas d’une alliance Aoun-Joumblatt en 2013.

Compte tenu de l’attention qu’Aoun et Joumblatt portent aujourd’hui sur la situation en Syrie, il existe là une vraie dissonance. Depuis le départ, Walid Joumblatt a adopté le discours de ceux qui appellent Bachar el-Assad à conduire les réformes que réclame le peuple. Une position loin d’être appréciée à Damas. Côté aouniste, on se pose deux questions. Cette position qui se veut conciliante, va-t-elle lui permettre de retrouver langue avec Bachar dans l’éventualité du maintien du régime actuel ? Son mouvement d’humeur sur la question de l’électricité signifie-t-il qu’il est à nouveau prêt à rompre ses alliances actuelles ? Côté joumblattiste, deux autres questions. Michel Aoun est-il capable d’adopter un discours serein et une alliance électorale avec lui, serait-elle productive?

Désaccord sur la loi électorale

Le CPL a toujours été favorable à un scrutin à la proportionnelle. Et le leader du PSP a toujours affirmé son opposition à cette éventualité, compte tenu de la géographie électorale du Chouf et d’Aley. Mais pour certains cadres du CPL, l’attaque en règle du chef du PSP contre cette éventualité pourrait mettre en difficulté les travaux du comité préparatoire à la rédaction de la nouvelle loi électorale, organisé sous l’égide du patriarche Béchara Raï qui, avec le président Sleimane, sont les seuls pôles chrétiens à s’être exprimés en faveur de la proportionnelle.

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