Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

La tragi-comédie des Télécoms : Quand l’Etat se transforme en milice

Posted by jeunempl sur juin 4, 2011

Walid Raad – L’Hebdo Magazine

Le spectacle honteux de l’affrontement entre un ministre et un officier des Forces de sécurité intérieure, que les Libanais ont suivi en direct sur le petit écran, est inconcevable même dans les Républiques bananières. Cette affaire dépasse le cadre d’une dispute entre un ministre et un directeur général. Quels sont les véritables enjeux?

Le fossé entre le clan Hariri et celui de Michel Aoun n’a fait que se creuser depuis le retour d’exil du général, en mai 2005. Connaissant l’intérêt et l’importance qu’accorde Saad Hariri – comme son père avant lui – au secteur des télécommunications, le chef du Bloc du Changement et de la Réforme insiste, lors des tractations pour la formation des derniers gouvernements, pour placer l’un de ses proches à la tête du ministère concerné. Le but, dit-il, étant de rétablir les droits de l’Etat sur ce secteur rentable qui constitue, sans aucun doute, une poule aux œufs d’or. Mais la mauvaise surprise de Gebran Bassil et après lui de Charbel Nahas aura été de découvrir que le directeur général d’Ogero opère hors de leur contrôle (Voir page 21). Abdel-Menhem Youssef avait été désigné par Rafic Hariri au poste de directeur général du ministère des Télécommunications. Il avait réussi – avant d’être emprisonné pendant dix mois et remplacé à la direction générale du ministère – à renforcer son contrôle sur l’administration sans jamais cacher qu’il ne prenait ses instructions que des Hariri, et non de son ministre de tutelle.

C’est pourquoi ces deux dernières années ont été le théâtre d’une lutte sans merci entre des ministres très «autoritaires», déterminés à récupérer toutes leurs prérogatives, et le directeur général d’Ogero qui ne veut rien céder des siennes. La suite est connue et la confrontation qui s’est déroulée sur les escaliers de l’immeuble des Télécoms, à Adlié, constitue le dernier épisode en date de ce bras de fer.

Dans cette tragi-comédie, les deux protagonistes sont sûrement fautifs, à des degrés différents. Mais il reste une question sans réponse: que cache au juste ce fameux «deuxième étage» pour que, d’un côté, 400 agents du service de renseignement des FSI y soient déployés en urgence, et que, de l’autre, un ministre soit prêt à mettre sa vie et celle de ses assistants en danger pour y pénétrer… sans oublier de se faire accompagner d’une caméra?

Echanges d’accusations

A en croire des sources proches du Courant du futur, le ministre Nahas est motivé par des intérêts personnels. «Il veut démanteler le réseau chinois pour l’offrir à ses amis à MTC, en contradiction totale avec la décision du gouvernement qui l’avait confié à Ogéro, affirment-elles. Le ministre agirait contre les intérêts de l’Etat au profit d’une compagnie privée. Des proches du Courant patriotique libre (CPL) rejettent catégoriquement ces arguments et accusent Saad Hariri, Achraf Rifi et Abdel-Menhem Youssef de gérer illégalement une troisième compagnie de téléphonie mobile. Ces sources affirment à Magazine que «ce réseau fonctionne avec 50000 lignes. Son code est connu, c’est le 74. N’importe quel usager peut localiser l’opérateur sur son appareil téléphonique». Ces sources ajoutent que «la raison qui a poussé le clan Hariri à s’exposer de la sorte est que, outre le profit financier – qui ne finit pas dans les caisses de l’Etat –, ce réseau joue un rôle important dans les troubles qui secouent la Syrie. Les insurgés armés de Tall Kalakh et de Homs auraient profité de ce réseau pour coordonner leurs opérations militaires. C’est justement ce point qui embarrasse Saad Hariri et son entourage et les a poussés à transgresser tous les interdits». Accusations balayées du revers de la main par les proches de l’ancien Premier ministre.

Le drame dont le ministère des Télécommunications a été le théâtre est le résultat des tensions politiques entre les mouvements du 8 et du 14 mars, qui ont été exacerbées depuis la chute du gouvernement de Saad Hariri, en janvier. Depuis, les deux camps considèrent que tous les coups sont permis. Il n’est donc pas étonnant de voir un scénario similaire se reproduire aux ministères du Tourisme, des Finances ou même des Affaires sociales, entre un ministre qui appartient à un mouvement et un directeur général affilié au camp adverse. Des sources indépendantes assurent à Magazine que le bras de fer entre le 8 et le 14 mars d’un côté, et entre les composantes du 8 mars de l’autre, autour de la formation du gouvernement, est au cœur de ce nouveau conflit.

La question est de savoir qui est sorti gagnant de ce duel? La réponse est sans équivoque: personne. Chacun des deux camps répète, par médias interposés, que la confrontation a tourné en sa faveur. La réalité est toute autre. Les deux camps y ont perdu de leur crédibilité. Le 14 mars, qui prétend défendre les intérêts de la légalité et se dit attaché à l’Etat souverain et indépendant, y a laissé des plumes, car pour une grande partie des Libanais, les FSI se sont comportées comme une milice aux ordres de Saad Hariri – et non de ses supérieurs hiérarchiques, que ce soit le président de la République ou le ministre de l’Intérieur.

Dans l’autre camp, la situation n’est pas meilleure. Le fait que le général Mahmoud Ibrahim – chargé de la section de la protection des ambassades et proche du chef du Parlement Nabih Berry – ait refusé d’obéir aux ordres de son supérieur, le général Achraf Rifi, aurait pu conduire à une confrontation dans les escaliers du bâtiment entre des unités des FSI, qui auraient très vite pris une tournure sectaire.
Une autre question se pose: pourquoi Charbel Nahas a-t-il décidé, à ce moment précis, d’entrer en force dans le bâtiment alors que cette situation dure depuis de longs mois? Pourquoi n’a-t-il pas, plutôt, déposé une plainte devant la commission consultative du ministre de la Justice, comme l’ont proposé des milieux proches du Courant du futur? Si le souci du ministre était de sauvegarder les intérêts de l’Etat, pourquoi n’a-t-il pas perquisitionné les centraux téléphoniques illégaux qui opèrent dans les banlieues de Beyrouth tout en bénéficiant de protections politiques de la part d’alliés du général Aoun?

Il est clair que les deux camps refusent tout compromis et se lancent des accusations graves pour justifier leurs agissements. Le Liban a sûrement réussi, la semaine dernière, à éviter le pire, car si un tir accidentel était parti entre les policiers censés protéger le ministre et ceux de la section des renseignements déployés pour empêcher ce dernier d’accéder au 2e étage, les conséquences auraient été catastrophiques.
Dans cette confrontation sans gagnants, une seule personnalité a prouvé qu’elle tenait plus que tous les autres aux intérêts de l’Etat: le ministre de l’Intérieur. Ziad Baroud a ainsi été le seul homme d’Etat dans cette triste affaire.

Entre Pékin et Beyrouth!

La décision de la Chine d’offrir au Liban des équipements pour un 3e réseau de téléphonie mobile n’a rien d’une œuvre caritative. En effet, Pékin espérait investir dans le secteur. Le 27 novembre 2007, le gouvernement a annoncé avoir accepté l’offre chinoise au profit du ministère des Télécommunications. Le but annoncé: permettre au Liban d’activer le projet de Liban Télécom. Le 17 janvier 2008, le gouvernement de Fouad Siniora annonce que le réseau était opérationnel à titre provisoire et qu’il allait couvrir cent lignes téléphoniques au maximum à titre expérimental. Mais à la surprise générale, les services techniques du ministère découvrent que le réseau est toujours opérationnel, que le nombre d’abonnés fantômes avait atteint plusieurs milliers, et qu’il ne couvrait plus seulement la région de Badaro, mais aussi une grande partie du territoire libanais, le littoral et le nord de la Syrie.

Berry-Aoun: sur la même longueur d’onde

Le chef du Parlement Nabih Berry n’est pas étranger à la confrontation qui a lieu entre le ministre Nahas et le directeur général Youssef puisque le président du mouvement Amal avait, dès le début, soutenu le ministre dans sa démarche. Ainsi le général Mahmoud Ibrahim, proche de Berry, a ordonné aux hommes de la division de la protection des ambassades de faciliter l’entrée du ministre Nahas à Adlié. Quand un ordre direct est parvenu au général Ibrahim de son chef Achraf Rifi de retirer ses hommes, il a refusé de se plier aux ordres en prétextant une contre-directive provenant du chef de Rifi, le ministre Ziad Baroud. D’ailleurs, dans une allocation publique, Berry n’a pas caché ses convictions: «la révolution des Cèdres, a-t-il dit, a ramené le Liban soixante ans en arrière et elle est la cause des gigantesques dettes auxquelles nous faisons face». Pour une fois, Michel Aoun et Nabih Berry semblent être sur la même longueur d’onde!

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