Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Opinion/Histoire : La vérité sur l’hymne national libanais

Posted by jeunempl sur avril 23, 2011

Alain Hardane

Une grande  polémique a débuté  au Liban après la diffusion d’un reportage à la télévision basé sur le documentaire de Simone Bitton produit en 2001, Ben Berka : l’équation marocaine.
On voit le roi marocain Mohamed V Ben Youssef (1909-1961)  et non Ben Berka,  sur un tracteur entouré de paysans avec une musique de fond: un hymne et non pas lequel !

Ce qui a attiré l’attention du grand public était la ressemblance totale entre l’hymne national libanais et cette musique dans le documentaire. D’après un reportage télévisé et plusieurs articles dans la presse libanaise, la première analyse réfère cette musique à l’hymne de la République du Rif Amazigh (Berbère) dont le texte est écrit en 1924 par le poète palestinien Ibrahim Toqan (1905-1941) qui a vécu à Beyrouth alors que la composition musicale est signée par le libanais Mohamed Flayfel (1899-1985).

Le choc c’est que l’hymne national libanais écrit par Rachid Nakhlé et composé par Wadih Sabra date de 1927 alors il a vu le jour selon cette hypothèse après celui du Rif berbère « non arabe » ! Cette découverte est considérée comme une affaire nationale au Liban.

Pourquoi ne pas penser à une autre hypothèse ! L’inverse !!!

Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi, né vers 1882 à Ajdir au Maroc, mort le 6 février 1963  au Caire en Égypte, est un résistant marocain du Rif, au nord-est du Maroc dit espagnol, car le Maroc actuel fut partagé à l’époque entre les deux puissances française et espagnole  en quatre zones : Tanger l’internationale, Le Maroc Espagnol du Nord et du Sud et le Maroc Français.
Il est devenu le chef d’un mouvement de résistance contre la France et l’Espagne au Maroc, lors de la Guerre du Rif, puis l’icône des mouvements indépendantistes luttant contre le colonialisme.

Abdelkrim El Khattabi avait établi la République du Rif berbère (la région du nord du Maroc) en 1921 alors que sa chute a eu lieu après une offensive  militaire franco-espagnole en 1927.
Les Berbères se caractérisent par des spécificités linguistiques, culturelles et ethniques. On distingue plusieurs formes de langues berbères : chaoui, chleuh, rifain, chenoui, kabyle, mzabi, zenati, tamasheq sont les plus importantes composantes du Tamazight (c’est-à-dire « langues des Imazighen »).
En 1926, Abdelkrim El Khattabi le leader berbère de la République du Rif est exilé et en mai 1947, il a eu l’autorisation de s’installer au sud de la France. Arrivé à Suez où le bateau fait escale, les nationalistes maghrébins l’ont convaincu de descendre en Egypte, après trois jours de négociations ! Il accepta et passa la fin de sa vie en Égypte. Il meurt en 1963 au Caire.

Alors c’est simple comme bonjour !

Conclusion première, même si quelqu’un a composé le texte et la mélodie,  Abdelkrim El Khattabi n’en n’avait pas  besoin et  ne l’avait  et ne l’aurait  jamais adopté comme hymne officiel pour la République du Rif  surtout que les rifains ne comprennent rien de la langue arabe courante « Al-darij » et encore beaucoup moins l’arabe littéraire!!!  Si on compare la situation caricaturalement, c’est comme s’il y avait un hymne national pour le Liban mais en persan ou en turc !!!
Donc dans tous les cas, cet hymne n’avait aucune utilité et en plus on peut affirmer l’impossibilité de son adoption par Abdelkrim El Khattabi à cause de la différence culturelle, linguistique et idéologique entre l’arabe et le tamazight.

Ce qui est sûr à ce stade, c’est que la République du Rif n’avait pas d’hymne national, reconnu comme tel. Elle avait un drapeau, une monnaie, (symbolique surtout)  et un gouvernement.
Du côté espagnol, des chercheurs ont consulté leurs archives, personne n’a mentionné d’hymne! En plus, après la lecture de beaucoup de rapports des officiers français, aucun n’a jamais prononcé un mot sur l’existence d’un hymne.  Même l’officier français (et grand sociologue du protectorat), Robert Montagne, qui a passé  24 heures  avec Abdelkrim El Khattabi avant sa reddition, n’a jamais parlé d’hymne !!!

D’autre part,  les Marocains, socialistes arabistes et nationalistes arabes ont essayé tout le temps de singer le Moyen-Orient.  Donc à part  le texte,  la musique date de l’euphorie de l’indépendance marocaine en 1956  avec le roi, et ça vient de la télévision marocaine !
C’est vrai que Ibrahim Tawqan (1905- 1941) a écrit « Nachid Batal al Rif, Abdelkrim El Khattabi »  mais ça revient probablement  à un marocain qui a « volé »  quelques vers du poème de Ibrahim Toqan et les a habillés avec la musique de l’hymne national libanais puisque c’est la télévision marocaine qui passe le chant avec l’image du roi Mohamed V, donc à sa gloire.
Aussi c’est clair que le chant ne parle pas de Ben Berka, ni de près ni de loin ! Il paraît que les gens ont cru que Ben Berka est la continuité de Abdelkrim El Khattabi, et bien non, entre les deux c’est le ciel et la terre.

Ajoutons que le compositeur libanais Mohamed Flayfel (1899-1985) n’avait pas émis aucune objection contre Wadih Sabra et n’a jamais déclaré qu’il a signé lui-même cet hymne et que ça revient à lui! En plus toutes les compositions étaient signées par « les frères Flayfel » et jamais par Mohamed Flayfel tout seul.
Finalement ce  n’est pas logique que les Français du mandat au Liban acceptent la musique du même hymne du Rif berbère révolutionnaire et anticolonial pour l’adopter dans le « Grand Liban » de 1920  qui était en très bons termes et en relation hyper étroite avec la France connue par la « Tendre mère » à l’époque.

Reste à savoir où le documentaire sur Ben Berka a trouvé la bande son, et dans quelles archives. C’est cela qui va éclairer la chose. D’ici il faut demander à la télévision marocaine ou au réalisateur du film de Ben Berka les origines des images et la musique pour voir la note qui l’accompagne afin de connaître le « cloneur » de cet hymne à l’époque de l’indépendance du Maroc en 1956 dans le but d’avoir la preuve…c’est tout !

Il y  a une impossibilité que cet hymne revient au Rif Amazighe. L’hymne national libanais de 1927  est sans doute « Libanais » et point à la ligne.

Alain Hardane (Libanais)
Géographe- chercheur

*N.B : Un remerciement pour Mustapha Qadery (chercheur marocain)

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4 Réponses to “Opinion/Histoire : La vérité sur l’hymne national libanais”

  1. Fadette said

    Bonjour,
    Article plus qu’intéressant!
    Cependant, il faudrait relever un tout petit point et pas des moindres : les Marocains ou les Algériens qui se réfèrent à leur amazighité, lisent aujourd’hui couramment l’arabe littéraire. Cela dans la mesure où l’éducation nationale s’inscrit dans cet axe linguistique.
    La seule caractéristique que l’on peut relever chez les Imazighens qui sont pour une démarcation par rapport au monde arabe, c’est qu’ils ne considèrent pas la langue arabe comme langue maternelle – voire originelle -. Ils souhaitent que l’amazighe devienne langue officielle, sur le même rang que la langue arabe.
    La difficulté est que, par exemple, en Algérie, tout le peuple algérien ne parle pas amazighe (ils sont 45 millions, dont environ 12 millions parlant l’amazighe kabyle, l’amazighe chaoui -qui lui-même est très largement saupoudré d’arabe), le tifinagh des Touaregs.
    Pour le Maroc, la révolution de M. Abdelkrim el-Khattabi ne s’inscrivait pas dans une révolution intérieure « chleuh » mais s’inscrivait dans une lutte contre la présence française et le mandat de la France sur le Maroc; d’où la « république du Rif ».Il est établi, sans conteste, qu’aujourd’hui, la contre-arabité a sais ce fait historique pour en faire un flambeau de lutte.
    Le souci n’est pas dans le fait qu’il faut reconnaître que le Maghreb a une histoire et des racines originelles amazighes, il est dans le fait de donner une dimension « raciste » à toutes les revendications. Le Maghreb est originellement amazighe. Il faut simplement éviter qu’il ne tombe dans une vision fantasmagorique comme celle d’établir un monde amazighe qui va de la Mauritanie jusqu’au Sinaï… un slogan politique plein de ferveur du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie en Algérie. Heureusement, tous les Kabyles ne raisonnent pas ainsi tout en demeurant figèles à leur amazighité.

  2. Fadette said

    Merci de bien lire « Il est établi, sans conteste, qu’aujourd’hui, la contre-arabité a saisi ce fait historique pour en faire un flambeau de lutte. »

  3. Fadette said

    Ceci dit, il n’empêche que l’Histoire nous joue des tours et fait ressurgir des faits ou événements qui nous remettent les pendules à l’heure sur nos convictions.

    Qu’a-t-on à faire de nos convictions ? L’essentiel n’est-il pas la construction d’un monde où chacun trouve sa place et où tous trouvent leur place avec leurs différences ? Il est tellement bon d’imaginer que l’on puisse construire un tel monde !
    Merci.

  4. Muha Ubihi said

    Ca parle du Liban et voila les imbeciles qui parlent des Imazighen. discuter de ce qui ce rapporte au probleme essentiel de l’article. Comme d’hab, on regarde le doight qui montre la lune !!!!

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