Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Michel Sleiman vs Michel Aoun : Irréconciliables

Posted by jeunempl sur avril 1, 2011

Julien Abi Ramia – L’Hebdo Magazine

Rencontre des ex-généraux Michel Aoun et Michel Sleiman

Le 25 mai 2008, les députés, y compris les membres du bloc de Michel Aoun, ont porté à Baabda un président consensuel, au-dessus des partis. Mais au cours de toutes les élections qui ont suivi, le général de Rabié accuse Michel Sleiman d’avoir investi et soutenu dans l’ombre des candidats opposés à ceux du CPL. Aux yeux des partisans du CPL, le chef de l’Etat est devenu un adversaire politique pas tout à fait comme les autres. Alors que Baabda estime que le président devrait avoir un poids dans les différents niveaux du pouvoir pour jouer pleinement son rôle. Le 29 avril 2010, à quelques jours des dernières élections municipales, le leader du CPL affirmait «qu’il n’y aura pas de batailles des deux généraux».

Moins d’un an plus tard, au sein de la communauté aouniste, on pense non seulement que la bataille est enclenchée, mais que le général doit la remporter. Le tabou a sauté. «Il nous a bien eus», «à quoi joue-t-il?», «il veut s’engager sur ce terrain-là? Qu’il vienne, on l’attend de pied ferme», entend-on régulièrement de la bouche des sympathisants du CPL. Les plus zélés ont encore les législatives de 2009 et les municipales de 2010 au travers de la gorge. Les autres voient d’un très mauvais œil le refus du chef de l’Etat d’accorder à leur leader suprême la part qu’il réclame, alors que pour les amis du président, celui-ci s’en tient à ses prérogatives que définit la Constitution. Et alors que pointent à l’horizon les parlementaires de 2013 qui s’annoncent chaud bouillant, le peuple orange, qui aime à se voir comme la première force chrétienne du pays, s’est forgé son intime conviction. Il considère Michel Sleiman comme un adversaire politique qui a les moyens de ses ambitions supposées, de par sa position à la tête de l’Etat. Mythologie? Ceux qui ont livré ou participé aux côtés du parti, de près ou de loin, aux différentes batailles électorales qui ont lieu depuis son accession au pouvoir, ne se posent plus la question. Ils en ont la certitude. Accusations balayées du revers de la main par les amis du président.

Furieuses batailles électorales

Petit retour en arrière, au début de l’année 2009. Alors que les partis politiques fourbissent leurs armes pour la campagne électorale, le député Michel Murr, élu en 2005 sur la liste aouniste et qui s’en est écarté par la suite, propose l’idée de créer «un bloc parlementaire centriste, indépendant du 8 et du 14 mars. Interrogé sur l’opportunité de la question, Michel Aoun déclarera que cette idée «émane de la majorité» de l’époque. Quelques jours plus tard, Murr revient sur la question et explique que ce bloc aurait pour mission de «soutenir le président de la République». Dans une interview accordée le 13 avril 2009 à L’Hebdo Magazine, Michel Sleiman déclarera soutenir «l’idée des indépendants, mais en tant que président de la République, je n’ai pas de candidats». Les candidats qui se réclameront peu ou prou du locataire de Baabda fleuriront pourtant de Jbeil à Baabda, sur les terres d’élection du CPL.

Tactique électorale, pense-t-on alors. Mais à Jbeil, terre natale du président, une candidature pose question, celle de l’ancien député Nazem Khoury, alors conseiller spécial de Michel Sleiman, qui fera campagne avec le secrétaire général du 14 mars, Farès Souhaid. La tension est palpable. Les candidats du CPL l’emporteront, le bloc centriste ne verra pas le jour mais le mal est fait. Dans la même interview, le président de la République expliquera que la candidature de Nazem Khoury ne l’a «pas du tout» embarrassé. «Ce qui m’embarrasserait, ce serait celle de mon fils, de mon gendre…».

Lara, la fille du président, a pris l’ingénieur Nabil Hawat pour époux. Son frère, Ziad, est aujourd’hui le président du Conseil municipal de Jbeil. Au cours de ce scrutin éminemment serré, l’ambiguïté a joué à bloc. Et, comme en 2009, les responsables aounistes prétendent avoir des informations compromettantes. Michel Aoun dira que «certains propriétaires dans certaines compagnies exercent des pressions sur leurs employés pour les obliger de retirer leurs candidatures au scrutin municipal et ce, en faveur d’autres candidats. Nous appelons le président Sleiman à régler cette affaire sous les 24 heures, sinon nous serons obligés de montrer les pressions ‘‘documentées’’ et de révéler toute la vérité en citant les noms». Il n’y aura pas de suivi, l’affaire sera réglée, le président n’a pas l’exclusivité des «gendres». Mais toute cette séquence électorale changera définitivement l’appréciation du CPL vis-à-vis du président… et vice versa.

La bataille des postures

Aujourd’hui, le bras de fer se poursuit et a la formation du gouvernement pour terrain. L’occasion fait le larron. Les détracteurs du général estimeront sans doute que Michel Sleiman représente tout ce que Michel Aoun aurait voulu être. Pour les aounistes, le conflit ne se situe pas sur le plan personnel, mais bien sur le plan politique, voire idéologique. La crise actuelle de la formation du gouvernement en est une preuve évidente. Le député de Baabda, Alain Aoun, résume la situation. «Aux yeux de la majorité actuelle, le président de la République n’est plus neutre», ajoutant que Michel Aoun «ne vise pas la personne de Michel Sleiman».

Ce qu’il vise, c’est sa posture. Le 22 mars dernier, le leader du CPL accusait le président de la République de «paralyser le pouvoir, comme il avait paralysé le gouvernement après avoir refusé le vote au Conseil des ministres sur le dossier des faux témoins». La paralysie qu’il décrit est le refus du président de lui accorder ce que les responsables aounistes qualifient de «droits».

Quels «droits» réclame-t-il? Michel Aoun fait un calcul simple. En tant que chef du premier bloc parlementaire chrétien de la majorité, il veut pouvoir nommer tous les ministres chrétiens du gouvernement et deux des quatre ministères régaliens. Mais le président ne l’entend pas de cette oreille. Le lendemain, il expliquait que «les tentatives d’interpréter la loi fondamentale ne peuvent être situées que dans le cadre du blocage de l’échéance qu’est la mise en place du cabinet». Ambiance… Dans ce genre de bisbilles, la posture est aussi importante que le fond politique. Il n’est pas véritablement question de la Constitution, mais de rapport de force. Non seulement Michel Sleiman refuse d’octroyer à Michel Aoun un tiers de blocage de facto, mais il tient à garder la main sur le ministère de l’Intérieur. Ce qu’il refuse surtout c’est de se laisser forcer la main et de créer un précédant où le président et le Premier ministre ne seraient plus que des chambres d’enregistrement. A croire que les deux hommes n’assument pas leur mise en concurrence. En ne disant pas son nom, ce bras de fer prend une couleur dramaturgique qu’il ne mérite guère. Comme certains visiteurs de Baabda l’ont affirmé, «entre Michel Sleiman et Michel Aoun, il y a un stylo à plume». Ils font référence à la signature par le président du décret de formation du gouvernement.

Mais l’actualité d’aujourd’hui prépare celle de demain. Car, en réalité, les deux Michel voient plus loin dans le temps. Ils voient 2013 d’abord, date des prochaines élections parlementaires. Elles seront décisives car elles valideront ou pas le changement de majorité opéré au début de l’année. La dernière consultation législative s’est achevée sur des résultats extrêmement serrés, notamment dans les circonscriptions à majorité chrétienne, où le CPL avait alors raflé la mise.

Michel Sleiman, aussi, a les yeux rivés sur l’échéance. Il s’agira pour lui de tester grandeur nature à transformer sa popularité en bulletins de vote, ce qui ne peut qu’inquiéter le général. Mais les anciens commandants en chef de l’armée voient encore plus loin. Ils voient 2014, date de la fin de mandat du président actuel. Si le calendrier constitutionnel est respecté, ce serait alors la première fois depuis la signature des accords de Taëf qu’un Parlement fraîchement sorti des urnes élirait un nouveau président. A travers le bras de fer de la formation du gouvernement, c’est tout ceci qui est en jeu.

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