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Le Tribunal spécial pour le Liban face à la résistance chiite

Posted by jeunempl sur décembre 14, 2010

Monique Mas – RFI

La scène politique libanaise est en ébullition depuis que le greffier du Tribunal spécial pour le Liban, le TSL, a annoncé qu’il allait présenter « très bientôt » un acte d’accusation sur l’assassinat à Beyrouth en 2005 de l’ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri. Selon des fuites concordantes, le principal visé serait le Hezbollah, le mouvement islamiste chiite libanais, enjeu d’un bras de fer régional.

En 2007, les Nations unies s’étaient mobilisées derrière la France et les Etats-Unis pour créer un Tribunal spécial en invoquant explicitement les ingérences politico-militaires de la Syrie, puissance occupante du Liban à l’époque des faits. Mais depuis 2005, Damas a retiré ses troupes du Liban et en 2008, le président Bachar al-Assad était invité à Paris où le président français Nicolas Sarkozy avait décidé de consacrer le retour de la Syrie parmi les nations fréquentables. Et finalement sous l’impulsion de Washington principalement, c’est l’allié islamiste de la Syrie au Liban, le Hezbollah, qui est aujourd’hui la cible principale du Tribunal.

L’Iran visé au travers du Hezbollah libanais

Selon le philosophe libanais Roger Nabbah, l’acte d’accusation du tribunal coïncide avec la volonté manifeste des Etats-Unis de porter un coup à l’Iran chiite par Hezbollah libanais interposé. Et cela au moment où la guerre en Irak a amené un pouvoir chiite à Bagdad, au détriment de la domination sunnite jusque là en vigueur, ce qui commence à causer du souci jusque dans certains pays du Golfe abritant de fortes communautés chiites. D’après Roger Nabbah, le tribunal serait en fait le « prétexte » sinon l’instrument d’une politique américaine visant à endiguer le chiisme.

Pour sa part, le Hezbollah a déjà montré les dents, dénonçant par avance l’acte d’accusation du Tribunal comme une atteinte inacceptable à son honneur. Mais plus largement, c’est toute l’opposition libanaise qui trouve à redire sur le TSL : le mouvement chiite Amal du président du Parlement libanais, Nabih Berri, mais aussi l’opposition chrétienne du Courant patriotique libre, le CPL du général Michel Aoun. A entendre le responsable du CPL, Michel de Chadarevian, le Tribunal aurait même failli à ses promesses d’impartialité en portant sur la base de faux-témoignages – peu de temps après sa création – des accusations contre la Syrie et contre quatre officiers libanais récemment blanchis et relaxés par la justice libanaise.

Juger des faux témoins pour restaurer la confiance

L’affaire de « faux témoins » a jeté la suspicion sur un tribunal que le fils du Premier ministre assassiné, le Premier ministre actuel, Saad Hariri, peut toutefois difficilement désavouer même s’il redoute de pâtir de la crise politique. Un embarras dont témoigne la responsable des relations avec le Parlement européen de son parti, le Courant du Futur, Rima Tarabeh. Pour autant, le camp Hariri se refuse à utiliser la porte de sortie de crise ouverte par le CPL qui propose que le Tribunal fasse d’abord toute la lumière sur les commanditaires des faux témoins.

D’après Rima Tarabeh, le TSL est une instance incontestable puisque « de grands pays démocrates » s’en portent garants. Quand au Premier ministre libanais, malgré ses inquiétudes, il se suffirait d’attendre pour savoir « si le Tribunal accuse le Hezbollah et quelle sera alors la réaction de ce dernier ». Il y a lieu en effet d’être gêné aux entournures pour le camp pro-occidental de Saad Hariri, soutenu par l’Arabie saoudite dans un Liban où le Hezbollah a tenu tête à Israël pendant sa guerre contre le pays du Cèdre en 2006, armé par la Syrie et l’Iran il est vrai, ce qui n’a guère terni pour autant son aura nationale de résistant. On aura même appris grâce à des télégrammes diplomatiques américains de 2008 révélés par Wikileaks, que Saad Hariri jugeait alors que liquider le mouvement de résistance chiite aurait signé « l’arrêt de mort » de son propre camp sunnite.

Le Premier ministre embarrassé

Roger Nabbah souligne que « Saad Hariri est coincé ». La rue sunnite compte en effet sur son dévouement filial et sur la mise en accusation du Hezbollah par le Tibunal. Mais face au danger d’une confrontation, Hariri mesure que l’abandon des poursuites judiciaires contre le Hezbollah laisserait intacte la capacité de son adversaire chiite à défier son propre pouvoir sunnite. En fait, c’est tout le fragile équilibre politico-confessionnel libanais qui risque d’être remis en question au travers de l’acte d’accusation du Tribunal.

Côté chrétien, Michel de Chadarevian ne manque pas de rappeler qu’au lendemain de l’assassinat de son père, une fois obtenu le retrait militaire syrien, Saad Hariri avait noué une alliance électorale et gouvernementale avec les chiites du Hezbollah et du Amal. Mais selon Roger Nabbah, les enjeux régionaux seraient aujourd’hui si forts qu’à l’encontre de la France qui n’a pas vraiment la main au Moyen-Orient, les Etats-Unis préfèreraient voir un Liban « en faillite au plan de sa souveraineté ». Et cela en attendant de trouver une manière plus durable d’empêcher le Hezbollah occuper l’espace politique que les mouvements chiites sont en train de récupérer au détriment des pouvoirs sunnites installés au temps du partage colonial franco-britannique.

Pour tous les Libanais, il est clair que le verdict de la justice internationale que s’apprête à énoncer le Tribunal spécial aura un impact politique majeur sur leur scène intérieure. De là à accuser le Tribunal d’être un instrument politique international, les avis divergent, avec, aussi sincèrement pour nombre de citoyens, le souci de mettre fin à l’impunité des assassinats très politiques qui ont régulièrement ensanglanté le pays. Il reste quand même difficile d’ignorer qu’avec un Hezbollah mis au pas judiciaire et si possible désarmé, c’est un Liban neutralisé qui voisinerait avec Israël comme le souhaite vivement les Etats-Unis.

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