Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

« Chaque jour est une fête »: Le cinéma libanais à l’honneur au 11ème Festival du cinéma méditerranéen de Bruxelles

Posted by jeunempl sur novembre 14, 2010

MPLBelgique.org

Projeté à l’occasion du festival international du cinéma méditerranéen de Bruxelles (du 5 au 13 novembre 2010), le film franco-libanais « Chaque jour est une fête » aura suscité des débats, essentiellement auprès du public libanais présent à la projection. La réalisatrice du film Mme. Dima el Horr nous a accordé un entretien au cours duquel elle nous dévoile sans complexe l’idée du film et sa vision du cinéma libanais.

« Chaque jour est une fête » concourt dans la section « Compétition internationale » du festival. La salle de l’Orangerie au Botanique est archi-pleine. La présentation du jury, présidé par l’excellent Claude Brasseur, laissera très vite place à l’expression des pellicules levantines.

En allant voir ce film, un libanais expatrié aurait aimé tomber sur les beaux aspects de son pays, une nature et des paysages époustouflants, l’activité (suractivité même) libanaise, la ville de Beyrouth reconstruite, les jolis édifices historiques,etc… bref le Liban tel qu’on l’admet et à qui on pardonne, même oublie, trop facilement ses sombres facettes. C’est pourtant une toute autre image du Liban qui ressort de ce film… l’image de ces femmes perdues à la recherche de leurs disparus, fils ou maris, un thème et une cause relayés en force par le cinéma libanais ces derniers jours à Bruxelles.

Dima el Horr, la réalisatrice du film, met en scène 3 actrices : Hiam Abbass, Manal Khader et Raïa Haïdar.
Ces trois femmes, toutes aussi différentes les unes des autres, partent à la recherche de leurs maris disparus. Plusieurs évènements font que ce périple ne sera pas aussi direct qu’un simple trajet en autobus.

Compliqué, original, lent, intellectuel, déformé, différent,etc… les critiques tant positives que négatives ont fusé à la fin de la projection. A peine les projecteurs allumés, le débat prenait place parmi le public, en présence de Dima el Horr.

A une interpellation lui reprochant de ne pas montrer les belles facettes du Liban, la réalisatrice répondra en toute simplicité « ne pas avoir à jouer le rôle de ministre du tourisme ».

Insistant à l’issue de la projection sur l’aspect personnel et irréel du film, rempli de contrastes, les derniers réticents comprennent.

Dans l’entretien qu’elle a eu la gentillesse de nous accorder, Dima el Horr se réjouit du débat suscité par son film.

« Il faut provoquer les gens. Si on ne provoque pas, on ne suscite rien… J’aime bien quand les gens réagissent de cette façon. Ce ne sont pas les premiers commentaires de ce style, beaucoup de Libanais font ce raisonnement. Ils se focalisent sur le lieu. »

Le cadre dans lequel la majeure partie de l’histoire se déroule est un lieu aride, semi-désertique, dans la montagne libanaise à la frontière avec la Syrie. Le genre de lieu qu’un Libanais n’exhiberait pas aussi facilement.
Reste à savoir si le film aurait pu être tourné ailleurs, en dehors du Liban, sans altérer son message.

« Oui peu importe. Le problème, c’est que ce paysage, ces locations existent au Liban. Mais pour la plupart des gens, le cinéma doit servir de promotion au tourisme… Ce n’est pas la vocation du cinéma, ni sa mission. Ils comprennent après. »

Le film, qu’elle a co-écrit avec Rabih Mroué, laissait place à la réflexion avec des dialogues volontairement réduits au minimum. Dans cette configuration, les moindres détails ont leur importance et captent notre attention. Comme cette femme apeurée qui fait le périple avec une arme sur elle.

« Oui, mais c’est elle qui change le plus », insiste-t-elle. « Cette arme l’encourage, lui donne de la force. Au moment où elle utilise cette arme, ça l’aide à avancer… Sa personnalité se transforme, prend un autre chemin. »

Et que dire du titre « Chaque jour est une fête » ! Quand on lui demande s’il est ironique, c’est avec un sourire complice qu’elle enchaîne.

« Très… Le film est très paradoxal. Tout est « organisé », les gens marchent les uns après les autres à distances égales, les corbillards roulent synchronisés,… mais le fond du film, c’est le chaos total, c’est la perte, l’insécurité, la mort, le labyrinthe. Ces femmes marchent mais elles n’aboutissent pas, elles font du surplace. Finalement le paradoxe est présent tout au long du film, même la manière dont les femmes sont habillées. Comme Jacques le dit (ndlr: le monteur du film), « Chaque jour est une défaite ». Il y a toujours un évènement mais après c’est un hommage aux Libanais qui font la fête pour oublier leur défaite. »

« Je ne me sens pas tourner ailleurs qu’au Liban »

Au fil de la discussion, on ne peut que tomber sous le charme de cette personnalité attachante. Dima el Horr n’a pas de mal à nous parler de son passé, son présent et son futur.

« Oui, il y a un projet sur lequel je travaille, mais nous sommes au tout début. Je ne peux en dire plus pour le moment mais il sera différent. Je suis mes envies et mes désirs. »

Elle nous rassure aussitôt qu’il se produira au pays des Cèdres.

« Oui, je ne me sens pas tourner ailleurs pour le moment. »

Pourtant, depuis peu, la réalisatrice ne vit plus à Beyrouth.

« Je vis depuis presque 2 ans à Paris où je fais un doctorat et à côté de cela, la préparation d’un nouveau film.

J’étais venu à Paris pour le montage du film [ndlr : Chaque jour est une fête], pensant y rester 3 ou 4 mois. Mais petit à petit je me suis dit, pourquoi ne pas rester. Le problème, c’est que le pays n’offre plus rien. J’ai laissé tomber mon boulot, j’enseignais le cinéma depuis 8 ans à l’université américaine », la Lebanese American University (LAU).

Le cinéma libanais ne reçoit effectivement pas le soutien qu’il mérite des pouvoirs publics.

« En fait, on fait toujours des co-productions avec la France, et parfois avec l’Allemagne. C’est très difficile de monter un film purement libanais. « Bosta » y est arrivé grâce à une bonne récolte de dons. Sinon, il y a aujourd’hui beaucoup d’argent qui provient des pays arabes, le Golfe essentiellement. »

Puisse le message de Dima el Horr être entendu.

Malgré ce manque de soutien, le cinéma libanais était présent à ce 11è festival international du cinéma méditerranéen de Bruxelles. La thématique abordée, bien qu’occultée dans la sphère politique et médiatique libanaise, est plus que d’actualité. A travers son film, Dima el Horr a le mérite de faire renaître la cause des disparus en mettant en avant les femmes. Ces femmes qui se battent pour retrouver leurs fils et maris disparus méritent une reconnaissance et un minimum d’attention de l’état afin de faire la lumière sur le sort de ces disparus de la guerre.

Sans dévoiler encore plus de secrets sur l’histoire, bien que la thématique de la guerre a déjà été développée dans nombre de films libanais, « Chaque jour est une fête » permet de l’aborder de manière différente et originale.

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