Mouvement pour le Liban

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Walid Joumblatt, député du Chouf: «Le tribunal est totalement politisé»

Posted by jeunempl sur octobre 30, 2010

L’Hebdo Magazine – Propos recueillis par Paul Khalifeh

Walid Joumblatt ne cache pas son inquiétude pour l’avenir du Liban. La fitna entre sunnites et chiites est, selon lui, un danger bien réel, et certaines puissances internationales pourraient pousser dans cette direction dans le but de soulager Israël. Officiellement, le chef du PSP continue à se positionner «au milieu». Toutefois, dans les faits, il se rapproche, de plus en plus, des positions du Hezbollah et de la Syrie concernant le TSL, l’affaire des faux témoins et les armes de la Résistance. Son repositionnement serait dicté par la nécessité de préserver les «intérêts de (sa) communauté et ceux du Liban». Rencontre avec un homme courageux pour les uns, volatil pour les autres, mais incontournable pour tous.

Certains ont du mal à vous situer politiquement. Pouvez-vous, une fois pour toutes, lever toutes les ambiguïtés et nous dire où vous vous positionnez aujourd’hui?
J’ai quitté le clan du 14 mars mais cela ne signifie pas que j’ai rejoint les rangs du 8 mars. Je me suis positionné au milieu. C’est beaucoup plus intéressant mais plus difficile en même temps. J’ai fait l’intérêt de ma communauté, du Liban, des relations libano-syriennes, de l’assainissement de ces relations et de l’accord de Taëf. Pour toutes ces raisons, je me suis positionné au milieu. Nous devons respecter la géopolitique. Nous avons signé, après une guerre civile qui a duré de 1975 à 1990, un accord qui définit les relations libano-syriennes. Cet accord comporte aussi une répartition des responsabilités constitutionnelles. Cet aspect ne m’intéresse pas pour le moment car nous convenons tous que le Liban est ingouvernable. C’est une question à débattre plus tard.
Revenons à la géopolitique; il y a la mer, il y a Israël et il y a la Syrie. A l’époque de l’intifada du 14 mars, nous sommes allés trop loin contre la Syrie. Nous avons entraîné le peuple libanais dans une haine viscérale contre le peuple et le régime syriens. Cela n’a mené à rien, à part provoquer de profondes divisions interlibanaises.

Vous situez-vous au milieu sur tous les sujets? Ne pensez-vous pas que certaines questions nécessitent des prises de position claires et nettes, comme les armes de la Résistance, le tribunal international… Les Libanais ont convenu que le cas des armes de la Résistance ne peut être réglé qu’à travers le dialogue. Après l’énorme bavure du 7 mai, où nous et les autres avons été induits en erreur, nous avons frôlé la guerre sectaire. Nous y avons échappé de justesse.
Concernant le tribunal, cette instance relève du Conseil de sécurité. D’après moi, ce tribunal peut être manipulé par certaines puissances au Conseil de sécurité. Actuellement, l’affaire des faux témoins est ouverte. Ces personnes ont fourni des témoignages erronés qui ont été consignés dans le premier rapport de Detlev Mehlis, qui a clairement mis en cause le régime syrien dans l’assassinat de Rafic Hariri. Il y a eu beaucoup d’erreurs et de données inexactes dans ce rapport. A l’époque, nous avons tous lancé des accusations contre le régime syrien. Mais cela n’a abouti à rien. Allons jusqu’au bout dans l’affaire des faux témoins. S’ils existent vraiment, qu’on les identifie. S’ils sont innocents, qu’on le dise.

Votre position à l’égard du tribunal international évolue dans un sens de plus en plus critique. Pourquoi?
Nous essayons de faire une distinction entre le tribunal, qui n’est plus de notre ressort, et l’acte d’accusation. Lorsque je m’adresse à une foule dans la montagne, j’essaie de simplifier les choses. J’ai dit que si ce tribunal risquait de faire couler le sang, il ne rendrait justice ni à Rafic Hariri, ni aux autres.

Vous semblez dire que le Liban ne peut rien faire concernant le tribunal. Le pays se dirige-t-il donc, inévitablement, vers l’abîme?
J’essaie d’éviter que l’on se précipite dans l’abîme. Mais seul, je ne peux rien faire. Ce sont les deux grandes communautés, chiite et sunnite – donc Saad Hariri et Hassan Nasrallah – , qui sont concernées. Les minorités, comme moi-même et les chrétiens, pouvons et devons agir de façon modérée.

Hassan Nasrallah et Saad Hariri ont-ils une marge de manœuvre assez suffisante pour éviter le pire? Ne répondent-ils pas à des agendas régionaux?
Ce serait une véritable catastrophe pour la Résistance que de s’empêtrer dans une discorde interne. Car la Résistance est comme un poisson, elle a besoin d’eau pour vivre. La discorde est un projet suicidaire. Saad Hariri, lui, doit comprendre que si le sang est versé, il n’aura pas rendu justice à son père, à Gebran Tuéni ni à tous les autres. Ce n’est pas à travers une guerre sectaire que la justice sera rendue. Il faut parfois reconnaître la limite et savoir s’arrêter.
En fait, le problème dépasse les frontières du Liban. Le monde arabo-musulman est malade. Il est en pleine régression. L’Irak connaît une guerre sectaire, des attentats… au Koweït et à Bahreïn, il existe un malaise entre sunnites et chiites; regardez ce qui se passe au Pakistan contre les chiites; le Yémen, lui, est secoué par une guerre de clans, de tribus et de religion. Pourquoi le Liban échapperait-il à cette réalité? Il peut certes y échapper, mais il peut aussi sombrer, comme les autres. Il faut avoir une vue d’ensemble. Tout est relié, comme dans un vase communiquant.
Les enjeux dépassent de loin la question de la justice au Liban. Il s’agit des relations entre sunnites et chiites. Je pense que, quelque part en Occident, des think tank ont décidé de plonger les musulmans dans l’anarchie totale pour les dévier de la cause principale qu’est la Palestine. Lorsque tous seront occupés à s’entretuer et s’entredéchirer, les Israéliens seront alors tranquilles.

Puisque nous parlons des Israéliens, les indices présentés par sayyed Hassan Nasrallah vous ont-ils convaincu qu’Israël pourrait être impliqué dans l’assassinat de Rafic Hariri?
Certainement. Surtout lorsque l’on sait que près de 150 collaborateurs d’Israël ont été arrêtés au Liban ces derniers temps. Ce pays est infesté d’agents pro-israéliens. Alors pourquoi ne pas examiner d’une manière sérieuse les indices fournis par Nasrallah.

Qu’est-ce qui empêche Saad Hariri de passer des paroles aux actes dans l’affaire des faux témoins?
C’est à lui qu’il faut poser la question.

Lui conseillez-vous d’aller plus loin dans ce dossier?
La question n’est pas d’aller plus loin. Une fois que l’on fait un choix politique, il faut aller jusqu’au bout lentement mais sûrement. Saad Hariri sait très bien que l’affaire dite des faux témoins concerne la Syrie. Car c’est sur la base de ces faux témoignages qu’on l’a accusée. Pour assainir les relations personnelles et politiques, il faut aller jusqu’à la fin dans ce processus. J’ai été clair avec lui lorsque je l’ai rencontré la dernière fois.

Les 33 mandats d’arrêt émis par la justice syrienne vont-ils compliquer les choses ou au contraire les faciliter?
La Syrie a fait parvenir ses demandes par le biais de Jamil Sayyed. C’est une façon indirecte de s’adresser au Liban. Tout peut s’arranger par les négociations. Je faisais moi-même l’objet d’un mandat d’arrêt en Syrie, car j’ai été aussi induit en erreur par Zouhair el-Siddiq et d’autres. J’ai lancé des accusations horribles contre le régime syrien. Bachar el-Assad, dans son intérêt et dans le mien, m’a, en quelque sorte, gracié politiquement. Et le mandat d’arrêt a été retiré.

Parmi ces 33 personnes, il y en a une qui fait partie de votre bloc parlementaire.
La seule personne qui me concerne est mon grand ami Marwan Hamadé. Je défendrai Marwan même s’il est nécessaire que j’intervienne auprès du président Bachar el-Assad. Mais pour commencer, voyons d’abord si Marwan est impliqué dans cette affaire rocambolesque. Je ne le pense pas. Mais d’après les rumeurs, d’autres le sont. Il faut prendre en compte, par ailleurs, que seule la justice libanaise est habilitée à trancher dans cette affaire. J’ai aussi une pensée pour un autre grand ami, Charles Rizk, qui, j’en suis persuadé, n’est impliqué ni de près ni de loin dans cette histoire.

Que savez-vous du contenu de l’acte d’accusation? Est-il monté de toute pièce ou, au contraire, il repose sur des preuves solides?
Les seules données que je possède sont celles que j’ai lues dans le Der Spiegel et Le Figaro. Mais il faut reconnaître, du moment qu’il n’y a pas de secrets dans ce pays, que certains milieux officieux des Forces de sécurité intérieure (FSI) auraient formulé la même thèse que celle de Der Spiegel avant la publication de l’article dans le journal allemand.
Mais revenons à la source du problème: pour obtenir le retrait des Syriens, il fallait tuer Rafic Hariri, il fallait provoquer un grand choc, avec tout un ensemble de signes précurseurs accusant la Syrie. Le Syrien est sorti. Aujourd’hui, pour désacraliser le Hezbollah, il faut l’entraîner dans une guerre fratricide et sectaire. Si les Américains veulent faire la guerre à l’Iran, qu’ils aillent dans le Golfe où mouille leur 7e flotte. Qu’ils nous laissent en paix!

Le fonctionnement du TSL serait-il affecté si le Liban décidait de ne plus participer à son financement?
Cela porterait un coup sévère au tribunal mais en même temps, si les Américains, les Britanniques et les Français sont déterminés, Ban Ki-Moon ferait appel à d’autres pays pour financer.

Mais si Le Liban, pour lequel le tribunal a été spécialement créé, ne participe plus au financement, cela porterait un coup dur à la crédibilité du TSL. Le but du tribunal dépasse le cadre de la justice. Il est devenu totalement politisé. Il est utilisé à des fins qui nous dépassent.

L’équilibre des forces permet-il d’envisager une guerre au Liban? Je refuse la thèse avancée par certains selon laquelle le Hezbollah peut envahir le Liban. C’est une thèse stupide. Historiquement, aucune communauté n’a pu gouverner seule le Liban. Les maronites ont essayé, ils se sont cassé les dents, puis ensuite ils se sont entretués. Les Palestiniens aussi ont essayé, mais ils ont été affaiblis par les discordes internes et la grande hostilité à leur égard. Ils ont été rejetés par les Libanais, y compris les musulmans, qu’ils soient sunnites ou chiites. La gauche également a échoué à prendre le contrôle du Liban. Je n’y crois pas.

Les informations sur le réarmement massif des partis libanais sont-elles crédibles?
Je sais simplement qu’il y a des armes individuelles chez tout le monde. Mais seule la Résistance possède des armes lourdes.

Où se situent les chrétiens dans ce tableau que vous avez brossé?
La communauté chrétienne est lentement mais sûrement engagée sur la voix de la régression politique et démographique. Si j’ai un conseil à donner à ceux qui imitent les discours de leurs pères dans les années 75-76, c’est bien celui de se taire et de se calmer. Essayons de préserver les chrétiens qui restent au Liban. En Palestine, il n’y en a presque plus; en Irak, leur nombre a considérablement baissé. Même en Egypte, le danger pointe avec la montée du fondamentalisme musulman et les déclarations malheureuses de certains coptes. Que certains chrétiens du Liban apprennent les leçons du passé.

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Une Réponse to “Walid Joumblatt, député du Chouf: «Le tribunal est totalement politisé»”

  1. KOCH said

    Excellent et réconfortante position avec dex éléments à suivre.

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