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Élie Boujouk, ou le triomphe du savoir sur la violence

Posted by dodzi sur octobre 19, 2010

L’Orient le Jour

Élie Boujouk installé dans un fauteuil de l’amphithéâtre.

Une cérémonie de remise de diplôme bien particulière s’est tenue samedi dernier sur le campus des sciences médicales de l’USJ. Celle de la remise d’une licence d’histoire à un jeune homme incarcéré à Roumié. Une victoire de la solidarité humaine et de la persévérance, et une leçon de vie pour tous.

Emmené en fourgon cellulaire, ramené en fourgon, empêché de s’asseoir à côté de sa mère et de son frère… La remise, samedi à l’Université Saint-Joseph, de son attestation de licence en histoire à Élie Boujouk, un jeune homme de 27 ans détenu à Roumié, reflète fidèlement la dureté d’un système carcéral d’un autre âge.

On aurait très bien pu, avec deux fois moins d’agents, faire la même chose. En beaucoup mieux. L’amener dans une voiture de police, encadré par deux agents, lui rendre sa liberté dans l’amphithéâtre où s’est tenue la cérémonie académique. Le ramener aussi humainement qu’il était venu.

Mais non, il fallait respecter un cérémonial également humiliant pour lui que pour la vingtaine d’agents qui assuraient sa garde à l’intérieur de l’amphithéâtre et dans les beaux jardins du campus. On aurait dit un criminel endurci conduit en tribunal, entouré de mesures de haute sécurité, alors que le garçon avait l’air, avec ses cheveux coupés court et ses lunettes démodées, d’un oisillon aux plumes encore trop jeunes pour voler. Mais peut-être ne pouvait-il en être autrement, en l’état actuel des choses, et faut-il remercier plutôt les autorités pénitentiaires d’avoir autorisé qu’une cérémonie si particulièrère se déroule en dehors de la prison.

Élie Boujouk, qui vient de recevoir sa licence d’histoire de la faculté des lettres et des sciences humaines de l’USJ, a certes tué. Avec deux autres camarades, il a commis un acte fou qui lui a valu 18 ans de prison ferme, dont il lui reste dix à purger. Et il en est conscient. On n’a pas l’impression, à l’entendre, qu’il s’attend à la clémence de la justice : samedi, dans l’amphi du campus des sciences médicales, après avoir été longuement applaudi en recevant des mains du recteur de l’USJ René Chamussy son attestation, il a donné à l’audience émue rendez-vous dans deux ans… pour son master.

Sur le plateau, aux côtés du recteur Chamussy, Jarjoura Hardane, doyen de la faculté des lettres, et Christine Babikian-Assaf, directrice du département d’histoire. Dans la salle, les officiels, notamment le ministre de l’Intérieur, Ziyad Baroud, la présidente de la commission parlementaire de l’Éducation, Mme Bahia Hariri, les parents d’Élie, ses professeurs, qui n’ont pas hésité à préparer les cours et les sujets d’examen et même à se rendre sur place quand il le fallait, sans oublier le P. Élie Aya, directeur de l’Association justice et miséricorde (AJEM) dont l’action au pénitencier de Roumié adoucit un univers autrement invivable et brutal dont les victimes sont aussi bien les pensionnaires de la prison que ses gardiens : des hommes jetés là sans la moindre formation leur permettant d’affronter une situation aussi éprouvante.

L’USJ et l’AJEM, non sans la coopération des responsables du pénitencier, sont les deux institutions qui ont littéralement sauvé Élie de sa prison en lui permettant de s’évader, d’abord intellectuellement, de la cellule sordide qu’il partage – un privilège, paraît-il – avec cinq autres détenus seulement et de racheter les années qu’il passe en prison, en anticipant sur sa réinsertion sociale. Encore qu’on voit mal ce que ce garçon, à l’évidence réhabilité par son courage et sa reconnaissance de culpabilité, continuerait à faire dix ans de plus entre les murs d’une prison.

Posée au ministre de l’Intérieur, Ziyad Baroud, présent à la cérémonie, la question est restée en suspens. Les lois, a dit en substance le ministre, prévoient des réductions de peine en cas de bonne conduite, et quelle meilleure preuve de bonne conduite veut-on qu’une licence en histoire ? Sans parler de la loi sur l’année carcérale de neuf mois, susceptible de réduire du quart la sentence d’un prisonnier.

À demi-mot, le ministre de l’Intérieur a laissé entendre que l’idée fait son chemin dans l’esprit des responsables. Et c’est bien eux, selon le P. Hadi Aya, qu’il faut convaincre, d’abord, que c’est la bonne voie pour réhabiliter ceux qui se sont mis, par leurs actes, en marge de la société.

Ziyad Baroud n’a pas omis non plus de souligner le scandale que constitue le surpeuplement carcéral au Liban – Roumié abrite 4 000 détenus alors que la prison a été prévue pour 1 050 pensionnaires – et le scandale aussi grand de la lenteur judiciaire, puisque les trois quarts des détenus de Roumié attendent de comparaître en justice. Deux graves violations des droits de l’homme.

Les discours de ceux qui se sont succédé à la tribune, samedi à l’USJ, dont nous reproduisons ci-dessous des extraits, rendent compte des différentes facettes d’un moment unique dont le P. Hadi Aya espère qu’il sera contagieux, encourageant beaucoup d’autres à préférer « sortir de prison historiens plutôt que bagnards ».

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