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Les plages dorées du Saint-Simon

Posted by jeunempl sur octobre 1, 2010

(L’Orient le Jour)

Il fut un temps, béni de tous les dieux, où les plages au Liban avaient leurs saints, Simon, Georges, Michel, et une beauté simple, presque naïve, où l’on croyait au bonheur. Le Saint-Simon reste l’icône toujours imitée, jamais égalée, le mythe évidemment regretté… Un mirage.

On en a souvent parlé, reparlé, écrit des lignes bourrées de nostalgie, soupiré. Regretté en retrouvant les photos sépia diluées dans une mémoire sélective, où des parents et des grands-parents encore jeunes se bronzaient, le sourire au bord du cœur, sur le perron de leur chalet, abandonnés sur une chaise longue en bois et tissu rayé. Et pourtant, ce n’est jamais assez.

Jamais assez pour étancher la soif d’un Liban pluriel, pour se rappeler, ne pas effacer les détails et surtout, que ce bain de liberté, cette légèreté ont existé un temps.

Heureux temps où le sable était blanc, la mer pure, l’élégance de rigueur. Même en maillot… Même en maillot de laine loué pour la journée. Car il en était ainsi, en 1937, quand le Saint-Simon ouvre ses portes sur un projet insensé, étalé sur 42 500 m2, loué aux municipalités de Chiyah, Ghobeiré et Haret Hreik. Le saint du Saint-Simon n’était autre que Joseph Semaan (Simon en arabe). Fou, diront certains, illuminé, penseront plus tard les autres, il rêve d’une plage de sable, les pieds dans l’eau, et des chalets blancs en bois, avec des volets colorés, alignés en toute démocratie, sans doute inspirés des bords de mer de Deauville ou de la Côte d’Azur. Il l’exécute, vite, tellement vite que, comme en témoigne son fils Nassif, « les ouvriers clouaient encore les planches, fermaient les parois, quand les premiers locataires étaient déjà là, impatients ! ». Les chalets, essentiellement occupés par les ambassadeurs et leurs familles, les belles saisons s’écoulent, douces, doucement, sous un soleil amical. La Seconde Guerre mondiale éclate comme une tempête dévastatrice, emportant avec elle les vents cléments et la douceur de vivre. Le Saint-Simon est, selon Nassif Semaan, « le seul lieu, et mon père le seul personnage qui pouvaient encore réunir les 4 ambassadeurs belligérants ». Durant ces années noires, la plage continue de fonctionner, même autrement. « Il n’y avait plus que les soldats anglais et australiens. »

Avec le retour de la paix, et celui des beaux jours, le Saint-Simon reprend ses bonnes habitudes. La demande grandissant, le nombre de chalets augmente. La plage est accessible aux locataires de chalets, heureux privilégiés, à d’autres baigneurs moyennant un droit d’entrée, aux abonnés et aux invités. Le mélange de genres est impressionnant. D’une part les présidents de la République, les ambassadeurs, les comtes de, et une certaine bourgeoisie à la fois charmante et discrète. De l’autre les messieurs Tout-le-monde.

De trente, on passe, lentement mais sûrement, à plus de deux cent vingt-cinq chalets, sagement alignés sur 7 rangées. « Comme le bois pourrissait, mon père a eu l’idée d’utiliser de l’Eternit. Pour obtenir un chalet, poursuit-il, il fallait vraiment faire l’impossible ; les listes d’attente étaient longues. » Les journées se passaient en famille, ou en couple. Les pneus de voitures deviennent des bouées. Les pêcheurs se mêlent aux mamans qui accompagnent leurs enfants dans l’eau. Les maîtres nageurs surveillent. Les châteaux de sable se construisent par les petits et leurs parents convaincus que le Liban est effectivement la Suisse du Moyen-Orient. Les soirées sont rythmées par d’inoubliables beach parties. Le Saint-Simon devient ainsi synonyme de belle vie. 75 ans plus tard, la nostalgie est encore là…
En 1970, confie Nassif Semaan, « nous avons trouvé nécessaire de privatiser la plage. Seuls les abonnés et les locataires de chalets et leurs invités pouvaient y accéder. » Le Saint-Simon verra défiler des personnalités étrangères et locales, des artistes, des stars, des rois. Il verra apparaître également une nouvelle clientèle soixante-huitarde, plus jeune, imbibée de la vague hippie, du peace et du love. Mais il ne perdra rien de cette simplicité gracieuse et naturelle qui en a fait un mythe.

En 1975, c’est un arrêt total, brusque et définitif de ces images d’Épinal. La vague déferlante de la guerre, puis l’invasion israélienne de 1982 charrient le Saint-Simon sur leur passage, les images et même les archives. Restent les souvenirs qui perdurent. Une tristesse sans doute légitime, qui ressemble à un deuil non achevé et un sentiment amer de plus jamais…

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