Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

L’eau, bientôt denrée rare au Liban et au M-O ?

Posted by jeunempl sur septembre 26, 2010

(Suzanne Baaklini – L’Orient le Jour)

Le changement climatique dans notre région devrait se traduire, selon la plupart des modèles, en une pénurie d’eau. Cela, on le sait depuis quelque temps. Mais les conclusions d’un grand symposium qui s’est tenu récemment à la LAU sont encore plus pessimistes que prévu.

L’impact du réchauffement climatique sur les ressources hydrauliques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Tel est le vaste programme que s’est proposé d’explorer cette année le cinquième symposium du Forum arabo-allemand pour les études environnementales, organisé à la Lebanese American University (LAU) de Jbeil cette semaine, en collaboration avec de nombreux partenaires dont la Fondation Friedrich Ebert, qui en a financé une grande partie, les ministères concernés et le Conseil national pour la recherche scientifique (CNRS). Experts libanais et allemands se sont succédé pour traiter divers aspects de cette épineuse question.

Le ton a été donné dès la session d’inauguration avec Nagib Saab, secrétaire général du Forum arabe pour l’environnement et le développement (AFED). Il a parlé du rapport que présentera cette organisation au cours de son congrès annuel en novembre prochain, précisant qu’il sera alarmiste. « Au cours de la rédaction de ce rapport, nous avons compris que les pays arabes feront face dès 2015 et non à partir de 2025, comme on le croyait précédemment, à des conditions de grave pénurie d’eau, en d’autres termes que leur part annuelle per capita sera inférieure à 500 mètres cubes, moins d’un dixième de la moyenne mondiale qui est de 6 000 mètres cubes », a-t-il dit. Il a rappelé que les ressources en eau de la région arabe proviennent aux deux tiers de l’extérieur, que 13 pays arabes font partie des 19 pays les plus pauvres en eau de la planète, que dans 8 de ces pays, la moyenne annuelle per capita est inférieure à 200 mètres cubes…

« La région arabe est la plus aride du monde, a poursuivi M. Saab. D’ici à la fin du vingt et unième siècle, des prévisions alarmantes, fondées sur des modèles climatiques, parlent de 25 % de baisse des précipitations et de 25 % de hausse du taux d’évaporation. » Il a parlé de la mauvaise gestion : méthodes d’irrigation inefficaces, eau propre issue de la coûteuse désalinisation utilisée pour irriguer des récoltes à basse valeur ou même des terrains de golf, prix réduits pour l’accès à l’eau potable… « La pénurie d’eau est peut-être le défi le plus important que le monde arabe aura à relever au cours des décennies suivantes. Sans concertations et efforts communs pour améliorer la gestion hydraulique et les institutions concernées, la situation ne fera que se détériorer davantage », a-t-il conclu.

L’intervention de Talal Darwiche, directeur du Centre de télédétection du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), n’était en rien plus rassurante. Il a beaucoup parlé de la dégradation du sol et de ses conséquences, notamment sur l’agriculture, appelant à protéger les ressources parce qu’il s’agit-là de la première mesure pour l’adaptation au changement climatique. M. Darwiche a donné des statistiques significatives : « En mai dernier, 67 % du Liban était en état de désertification. Si on compare ce chiffre à la même période en 2003, il y a eu une dégradation rapide et visible. Cela est dû aux mauvaises pratiques. » Il a ajouté que le CNRS pense que seule une bonne gestion des ressources permettra au pays de faire face au changement climatique et de préserver sa nature unique.

Intérêt des Européens

Cette session inaugurale était modérée par Fouad Hashwe, chef de la faculté des arts et des sciences à la LAU, Jbeil. Celui-ci a expliqué à L’Orient-Le Jour l’importance de soulever cette question actuellement. « Le problème est mondial, et il est particulièrement aigu au Moyen-Orient, a-t-il dit. Il est devenu évident que même sans changement climatique, les ressources hydrauliques de nos pays sont insuffisantes à satisfaire les besoins des populations et que la situation va empirer avec la baisse du taux de précipitations. Il faut donc traiter ce sujet d’un point de vue scientifique, mais aussi faire en sorte de propager l’information, notamment à travers les médias. Le public, dans notre région, reste globalement peu sensibilisé aux risques futurs. Il faut confirmer l’exactitude de ces données scientifiques et augmenter l’éveil autour des moyens d’adaptation aux changements. »

Que prévoient-ils donc à l’issue du congrès ? « Ce congrès se terminera par des recommandations sur les précautions à prendre pour éviter les conséquences les plus graves du changement climatique, a répondu M. Hashwe. Peut-être ne pourrons-nous pas influer sur les hausses de températures, mais nous pouvons changer de comportement par la rationalisation de l’utilisation de l’énergie et de l’eau et, surtout, par la remise en question de notre mode de vie. Le Liban reste peut-être un peu plus chanceux car il a des ressources plus ou moins abondantes, mais la gestion de ces ressources est critique. Il y a beaucoup trop de gaspillage, à un moment où il ne faudrait plus gaspiller une seule goutte. Toute la gestion des ressources devrait être réformée. »

M. Hashwe rappelle que l’initiative de ce symposium vient du Forum arabo-allemand pour les études environnementales, d’où la présence de nombreux experts allemands. « Nous avions tenté une première fois d’organiser ce symposium ici, en 2006, mais le projet a été ajourné en raison de la guerre, se souvient-il. D’une manière générale, les universités allemandes sont très intéressées par ce qui se passe dans cette région. En effet, les Européens commencent à ressentir les effets du changement climatique, mais ils craignent que le Moyen-Orient, et le pourtour méditérannéen en particulier, n’en soit encore plus affecté. Les impacts économiques et sociaux se répercuteront aussi chez eux, d’où le fait qu’ils veulent en discuter avec nous dès aujourd’hui. Il faut préciser que nous avons aussi parmi nous beaucoup d’universitaires d’Afrique du Nord et de Jordanie. »

Modèles climatiques plus ou moins catastrophiques

On a beaucoup parlé, durant le congrès, de l’impact du changement climatique sur les ressources. Ralf Klingbeil, de l’Escwa, a évoqué les risques qui guettent la région en raison de la pénurie d’eau. Selon lui, en Irak, beaucoup de déplacés ont identifié le manque d’eau comme la principale cause de leur mouvement. Il a pointé du doigt l’importante croissance démographique par rapport à une croissance économique qui reste modeste (équivalente à celle de l’Italie et de l’Espagne réunies pour toute la région). « Au Moyen-Orient, il reste très peu de ressources renouvelables à exploiter, en raison de la surexploitation durant des décennies, il faudra donc se tourner vers des méthodes plus innovantes », a-t-il dit. M. Klingbeil a exposé les résultats de nombreuses études montrant que la baisse des précipitations est désormais une réalité. Il a identifié des mesures à prendre et dans le cadre desquelles l’Escwa peut collaborer avec les pays : modifications des politiques, négociations sur les bassins transfrontaliers, etc.

Un cas précis, celui du fleuve Nahr Ibrahim, a été exposé par Abdel Rahman Ardakan, de la Lebanese Canadian University. Son intervention était basée sur sa thèse de doctorat, au cours de laquelle il a exploré huit modèles de fonte des neiges (le facteur le plus important pour le renflouement des nappes phréatiques, selon lui) dans un cadre de changement climatique, avec des impacts divers sur cet important fleuve du Liban. Il a pris en compte les paramètres (pluie, vent…) actuels et fait des projections sur 5, 10, 15 et 25 ans. Il a déploré les lacunes dans les statistiques sur les décennies passées. Ses modèles ont révélé des possibilités allant d’un léger changement dans le cycle à des baisses catastrophiques du niveau des ressources hydrauliques.

La plupart des modèles de changement climatique montrent que la région, Liban inclus, connaîtra une baisse de précipitations. C’est ce qu’a démontré Hamed Assaf, de l’AUB. « Le Liban a jusque-là été privilégié dans ses ressources hydrauliques, mais cet avantage pourrait disparaître avec le temps », a-t-il dit. Parmi les facteurs aggravants, une demande croissante qui affecte les aquifères, touchés par une salinité de plus en plus importante, des sources d’eau polluées, des problèmes avec les bassins transfrontaliers… La situation dans le pays sera plus ou moins catastrophique selon les modèles présentés par l’expert : du pur désastre pour les plus pessimistes, au changement à peine perceptible pour les moins alarmistes.

Mais que fait le Liban entre-temps ? Dans un mot bref, prononcé au début de la session qu’il modérait, le directeur général du ministère de l’Eau, Fadi Comair, a fait allusion au plan décennal rédigé il y a quelque dix ans, mais dont si peu de projets ont été exécutés, soulignant l’importance d’un environnement politique propice pour avancer dans ce domaine.

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