Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Le parti Kataëb: Comme le phénix, il renaît de ses cendres

Posted by jeunempl sur septembre 11, 2010

Arlette Kassas – L’Hebdo Magazine

En 2011, le parti Kataëb –le rocher comme le surnomment avec fierté ses partisans – célébrera son 75e anniversaire. Une série d’activités marqueront cette date-événement. Sous le slogan «Dieu, patrie, famille», le parti a été un acteur principal de l’une des périodes les plus importantes et les plus douloureuses de l’histoire du Liban.

D’une génération à l’autre, les hommes et les femmes de la dynastie des Gemayel ont lutté pour un Liban conforme à leurs principes. La famille compte cinq martyrs: Amine Assouad, Manuel, Maya, Bachir et Pierre. Comme le dit si bien Sami, député du Metn, «les Gemayel, c’est comme une armée. Elle avance. Quand l’un tombe, il y a toujours quelqu’un qui continue».

Depuis 1936, le parti lutte pour défendre ses constantes. Il connaît des hauts et des bas et des différends internes l’ont parfois déchiré. Selon des cadres phalangistes, le parti est, aujourd’hui, sur la voie d’une guérison complète. Il reprend avec force son rôle sur la scène politique.

Les Phalanges libanaises, plus souvent désignées par Kataëb, ont été fondées en 1936 par Pierre Gemayel, Georges Naccache, Charles Hélou, Hamid Frangié remplacé par Emile Yared, et Chafic Nassif. Les premiers partisans ont milité pour l’indépendance du Liban. Le parti Kataëb, conformément à sa constitution, défend une démocratie sociale basée sur «une liberté qui n’est pas celle des capitalistes et une égalité qui n’est pas celle des communistes». Il se voulait, au départ, un mouvement à caractère paramilitaire, avant de devenir un parti de masse.

Le parti s’oppose au mandat français et au Parti syrien national social (PSNS) d’Antoun Saadé, qui milite pour la Grande Syrie. A partir de 1958, cheikh Pierre Gemayel devient l’un des acteurs politiques incontournables de la scène locale. Aucun gouvernement ne se fait sans lui ou sans sa coalition de droite. C’est en 1975 que son fils Bachir devient une figure de proue du camp chrétien. Très vite, il fonde les Forces libanaises, sous la bannière desquelles il réussit à regrouper l’ensemble des milices chrétiennes qu’il avait mises au pas, au prix d’affrontements sanglants.

Après des années de combats acharnés, Bachir est élu président de la République, le 24 août 1982. Mais le 14 septembre de la même année, il est victime d’un attentat à la bombe alors qu’il visitait une permanence du parti, à Achrafié. Amine Gemayel, son frère aîné et député du Metn, lui suc cède. Son mandat est l’un des plus difficiles. A la fin de son sexenat, en septembre 1988, il fut impossible d’élire un nouveau chef d’Etat. Amine Gemayel transmet alors le pouvoir au commandant en chef de l’armée, Michel Aoun, devenu ainsi chef du Cabinet. Quelques mois plus tard, ses relations avec Aoun et avec le nouveau leader des Forces libanaises, Samir Geagea, se détériorent. Il quitte le Liban pour la France où il passera plusieurs années. L’exil d’Amine Gemayel en France, les tentatives des Forces libanaises de mettre la main sur le parti et l’entrée des troupes syriennes marquent le déclin des Kataëb. Tout est mis en place pour détruire un parti divisé.

La nouvelle direction lève alors des options jugées peu conformes avec celles du parti. Le chef de la ligne pragmatique est Georges Saadé, élu pré sident du parti après la disparition du fondateur et la fin du mandat du viceprésident Elie Karamé. Sa réélection en 1989, 1992, 1995 et 1998 et les élections de Mounir Hajj en 1999 et de Karim Pakradouni en 2001, furent toutes contestées par l’opposition Kataëb menée par Elie Karamé. Le 21 juillet 2005, un tribunal donne raison à l’opposition. La conséquence du jugement est de frapper d’illégalité les directions successives du parti depuis 1989, les décisions de ces directions, ainsi que leurs présidents respectifs. De plus, le tribunal nomme l’ancien magistrat Hafez Zakhour directeur provisoire des affaires du parti, précisant que sa tâche sera d’organiser de nouvelles élections dans les plus brefs délais. Karim Pakradouni fait appel et décide de s’entendre avec le président Amine Gemayel.
Une structure provisoire voit le jour: Amine devient chef suprême, Karim Pakradouni président et Pierre Amine Gemayel chef des bureaux régionaux. Un équilibre fut instauré au bureau politique: des membres proches de Karim Pakradouni, parmi lesquels l’ancien député Nader Sukkar, et d’autres fidèles à Amine Gemayel, dont Solange Gemayel, son frère Joseph Toutounji et Walid Pharès.

Dans les années 90, Amine Gemayel et la vieille garde dénoncent donc les nouvelles orientations du parti mené par Georges Saadé. Pour eux, celui-ci ne répondait plus à leurs aspirations. Ce fut une période dure pour toute une génération. Les autres partis ont profité de cette situation. De nombreux Phalangistes ont rejoint les Forces Libanaises ou le Courant Patriotique Libre. C’était le déclin. Beaucoup estiment alors que le parti ne les représente plus et ne renouvellent pas leur adhésion. De 80 000 adhérents, en 1975, ils ne sont plus que quelques milliers dans les années 90. Plus tard, Fouad Abou Nader (petit-fils du fondateur), ancien chef des Forces libanaises, ancien bras droit de Bachir Gemayel et ancien chef des permanences régionales et ses compagnons tournèrent la page Kataëb et créèrent le Front de la liberté.

La présence syrienne est un sujet de discorde au sein du parti. Le chef du bureau politique, Boutros Khawand, est enlevé le 5 septembre 1992. Selon Human Rights Watch, il aurait été incarcéré dans la prison militaire de Mezzé, à Damas, avant d’être transféré au centre de détention de Tadmur.

Pierre Amine Gemayel prend le parti en main et réussit à le sortir de sa torpeur. Après avoir gagné le défi des législatives en 2000 face au président du parti de l’époque, Mounir Hage, il s’attelle à renouer avec les anciens phalangistes. Il réorganise le parti, ouvre de nouvelles permanences et redémarre le recrutement. Le parti est alors en voie de réunification grâce au «courage de Pierre et à la compréhension du président élu du parti Karim Pakradouni», qui avait remplacé Mounir Hajj, comme le souligne le nouveau secrétaire général du parti, Walid Pharès.

Le président Amine Gemayel rentre au pays. Le processus de réunification est mis sur les rails. Mais le 21 novembre 2006, Pierre Amine Gemayel, désigné ministre de l’Industrie dans le premier cabinet de Fouad Siniora, est assassiné. Le parti est de nouveau visé, le 19 septembre 2007, par l’attentat à la voiture piège qui coûte la vie au député Antoine Ghanem, membre du bureau politique. La réconciliation Kataëb reste cependant en marche. Le président Gemayel est élu chef suprême du parti. Et en janvier 2008, les partisans d’Elie Karamé, ancien président du parti, réintègrent le bureau politique.

Relations avec les autres partis

Les relations des Kataëb avec les autres partis sont, aujourd’hui, basées sur le respect mutuel. Les Forces libanaises et les Kataëb sont redevenus des alliés. Avec le Courant patriotique libre, la situation est plus délicate. S’ils sont d’accord sur beaucoup de points, comme cela s’est avéré aux dernières sessions parlementaires, des divergences essentielles portent sur des dossiers telles les armes du Hezbollah et les relations avec la Syrie.
Avec les autres partis chrétiens, les contacts sont différents. Ainsi, une réconciliation avec les Marada a eu lieu et Sleiman Frangié a été l’hôte des Gemayel à Bickfaya. Leur collaboration se poursuit à plus d’un niveau. Avec le Tachnag, ce sont des hauts et des bas. L’alliance entre les deux partis remontait aux années soixante, mais au début de la guerre, le Tachnag a choisi la «neutralité positive», refusant de se battre aux côtés des Forces libanaises. En 1978, des heurts ont lieu entre les deux partis. Aux par tielles du Metn, en 2007, le Tachnag s’est franchement opposé à Amine Gemayel dont la réaction colérique n’a pas arrangé les choses. Actuellement, le climat entre eux est au beau fixe. Une page est tournée. Les deux partis ont exprimé leur volonté de collaborer, mais il est prématuré de parler d’alliance politique.

Mécontent des méthodes du secrétariat général du 14 mars, le parti a pris ses distances sans changer pour autant son engagement auprès de la Révolution du Cèdre. Walid Pharès affirme que le parti a attendu longtemps que les autres le rejoignent dans ses principes, soulignant que le «Liban d’abord» reste avant tout un slogan phalangiste lancé depuis des années.

Les relations personnelles du président Amine Gemayel avec le Premier ministre Saad Hariri sont excellentes. Dans la formation du gouvernement, les Kataëb se sont sentis lésés par le choix du portefeuille qui leur est accordé (le ministère des Affaires sociales), mais les choses se sont arrangées.

Avec Walid Joumblatt, la situation est plus nuancée. Le parti passe outre les nouvelles positions du leader druze, essaie de comprendre ses motivations, et maintient de bons contacts avec la communauté druze. Des constantes historiques font que les deux communautés sont également concernées par la vie en commun au Liban.

Le secrétaire général du parti, Walid Pharès, affirme que beaucoup de points communs existent entre les Kataëb et le Hezbollah, mais que les divergences se situent au niveau de deux questions fondamentales: les armes et les relations avec la Syrie. Les Kataëb comprennent les inquiétudes du Hezb et souhaitent que ce dernier tienne compte de celles de leurs compatriotes de façon à les rassurer et à être rassuré.

Au sein du parti, des divergences de vue transparaissent parfois, mais quand la décision est prise au bureau politique, tout le monde s’incline. Des médias ont longtemps évoqué des conflits entre Amine Gemayel et son gendre Michel Mekattaf, puis d’un conflit discret et parfois plus bruyant entre les deux jeunes députés Gemayel: Sami et Nadim. Sami n’avait pas assisté à la réunion du 14 mars au Bristol, l’année dernière. Nadim, lui, s’est retiré de la conférence du parti, le 11 avril dernier, au Forum de Beyrouth, alors que son cousin prononçait un discours. Les responsables du parti, eux, ont une lecture différente de ce que l’on appelle «conflit silencieux» entre les deux cousins. Les Kataëb constituent l’un des partis les plus institutionnels. Même le président suprême ne peut prendre des décisions qui ne soient pas approuvées par la plus haute instance, le bureau politique. La compétition entre Sami et Nadim existe comme elle existerait entre d’autres responsables du parti. C’est une ambition légitime pour chacun d’aspirer aux premiers postes. Cette compétition renforce le parti. Elle s’arrête toutefois aux décisions prises par le bureau politique. Chacun peut donner son avis et en discuter, mais c’est avant tout un parti démocratique et chacun doit respecter les décisions du bureau politique. Il existe un mécanisme de prise des décisions et un autre pour s’assurer de leur bonne exécution. Il n’y a pas de «centres de pouvoir» à l’intérieur du parti. Les relations personnelles entre Sami et Nadim sont excellentes; chacun a sa manière de s’exprimer et sa méthode de traduire les principes et les constantes du parti. Mais, en fin de compte, la compétition s’arrête là.

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Une Réponse to “Le parti Kataëb: Comme le phénix, il renaît de ses cendres”

  1. Bravo – je trouve très professionnelle votre manière de traiter la question.

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