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Halte aux abus d’antibiotiques

Posted by jeunempl sur septembre 8, 2010

(L’Orient le Jour – Nada Merhi)

Depuis près d’une décennie, la sonnette d’alarme est tirée au niveau mondial mettant en garde contre l’abus d’antibiotiques. Et pour cause ! Les bactéries sont de plus en plus résistantes à ce genre de traitements, comme c’est le cas d’ailleurs dans plusieurs pays du monde. Au Liban, la situation n’est pas sous un meilleur jour.

Reviendrons-nous à l’ère préantibiotique ? Cette question soulevée il y a près d’une décennie par Time Magazine est d’une actualité brûlante avec la résistance de plus en plus accrue aux antibiotiques observée au cours des dernières semaines dans certains pays d’Europe. Au Liban, la situation n’est pas plus brillante, en raison notamment de l’anarchie qui règne dans le processus de vente des médicaments, les antibiotiques étant administrés sans prescription, et aussi de l’automédication, l’un des sports favoris des patients.
«Normalement, de par la loi, on ne peut se procurer les antibiotiques que sur ordonnance, explique le Dr Nadine Yared, spécialiste en médecine interne et maladies infectieuses. Pratiquement, et ce n’est pas un secret, on peut avoir accès à l’antibiotique sans avoir consulté un spécialiste, sans qu’il y ait même une indication médicale, et donc sans prescription.»

Or ces pratiques ne sont pas dépourvues de risques. «Depuis le début du siècle dernier, on a remarqué qu’à chaque fois qu’une bactérie est exposée à une classe d’antibiotiques, elle devient au bout de quelques années résistante à cette classe, souligne le Dr Yared. Au fil des ans donc, une bactérie particulière aurait pu accumuler plusieurs résistances à différentes antibiothérapies, ce qui se traduit théoriquement par une bactérie qui n’est plus sensible à aucune classe d’antibiotiques couramment en usage.»

C’est ce qui s’est passé dans le monde entier, principalement en Europe, où l’usage des antibiotiques diffère d’un pays à un autre. En Angleterre, à titre d’exemple, «le patient ne peut avoir que des molécules simples et sous ordonnance médicale», insiste le Dr Yared. «Les molécules les plus développées ne peuvent être procurées que sur prescription d’un spécialiste en maladies infectieuses, poursuit-elle. En revanche, dans d’autres pays d’Europe, les antibiotiques sont fournis d’une manière beaucoup plus facile. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs la résistance aux bactéries en Angleterre est minime par rapport à la France ou à l’Espagne, surtout lorsqu’il s’agit de bactéries d’intérêt communautaire, c’est-à-dire de bactéries responsables d’infections dans la collectivité, comme les otites, les infections de la peau, de la gorge… Ces infections sont trop courantes et, en raison de l’usage des antibiotiques, les germes qui en sont responsables deviennent de plus en plus résistants. Donc, globalement, dans les pays où la loi sur l’usage des antibiotiques est observée, la résistance est relativement moindre. Par contre, dans les pays où l’usage des antibiotiques est fréquent, surtout sans aucune prescription, la résistance atteint de très hauts niveaux.» C’est le cas du Liban, où les spécialistes constatent un nombre de bactéries résistantes à une grande gamme d’antibiotiques, comme les E-coli, bactéries responsables entre autres des infections urinaires. «Actuellement, ces E-coli sont sensibles uniquement à des antibiotiques qui se donnent par voie intraveineuse ou intramusculaire, déplore le Dr Yared. Et comme toute autre antibiothérapie, elle a déjà développé une résistance. Au Liban, ces germes commencent déjà à sécréter certaines enzymes qui inhibent même cette dernière classe d’antibiotiques.»

Indications des antibiotiques

La grande peur des spécialistes reste donc de voir arriver le jour où aucune antibiothérapie ne serait plus efficace, d’autant plus que l’industrie pharmaceutique n’arrive plus à fabriquer de nouvelles molécules. «C’est la raison pour laquelle nous insistons sur la nécessité d’organiser l’usage des antibiotiques qui ne doivent être prescrits que par des spécialistes, pas par le pharmacien ou la voisine», insiste encore le Dr Yared.
Quelles sont les indications des antibiotiques? «Ces médicaments sont administrés lorsque les infections sont bactériennes, ainsi que dans des cas empiriques ou prophylactiques, comme chez les personnes souffrant d’une immunosuppression, répond le Dr Yared. Ils ne sont pas indiqués en cas d’infection virale, comme la grippe, puisque ces molécules n’agissent pas sur les virus et que le patient ne fait qu’en subir les effets secondaires, comme une allergie, une infection mycosique, une candidose périnéale, diarrhée, vomissement, inflammation du côlon…»

Quelle est la situation actuelle au Liban? «Nous ne disposons pas d’une étude nationale qui pourrait la définir, note le Dr Yared. Toutefois, des études sont menées au niveau de chaque hôpital sur les bactéries qu’on y rencontre. Cela ne reflète certes pas la population des bactéries qui existent au Liban, mais nous permet d’avoir une idée de ce qui se passe. Si nous comparons les données d’un même hôpital sur plusieurs années, nous constatons que toutes les bactéries acquièrent de plus en plus de résistance. Ce qui est d’autant plus grave vu que, pratiquement, on a atteint le bout de la chaîne industrielle pharmaceutique.»

Et le Dr Yared de poursuivre: «Je pense que la responsabilité est partagée entre les médecins qui prescrivent, les pharmaciens qui n’appliquent pas la loi et vendent les antibiotiques sans ordonnance, les patients qui s’automédicamentent et les décideurs qui semblent inconscients de l’ampleur du problème. Personnellement, j’estime que les médecins sont les premiers responsables, parce qu’ils doivent accorder du temps à leurs patients et leur expliquer dans quels cas une antibiothérapie est indiquée, d’autant que ce traitement n’est pas sans effets secondaires. Au niveau du pharmacien, la responsabilité est claire : il doit se référer à une ordonnance médicale. Il est vrai que le pharmacien s’y connaît en antibiotiques, mais ce n’est pas lui qui examine le patient. Par ailleurs, il y a toute une campagne de sensibilisation à mener auprès de la population pour la sensibiliser aux dangers des antibiothérapies non indiquées.» L’expérience française dans ce domaine, au regard de la campagne «Les antibiotiques, c’est pas automatique» qui s’est étalée sur plusieurs hivers depuis 2001, a fait ses preuves, puisque cinq ans après son lancement, les prescriptions d’antibiotiques ont chuté de 26,5%.

Donc, il n’est jamais tard pour agir. «Plus on donne des antibiotiques, plus la bactérie subit des mutations, insiste encore le Dr Yared. Il est donc conseillé d’arrêter cet abus le plus tôt possible. Parce que si on utilise une antibiothérapie logique, médicalement indiquée, la bactérie mutera moins. D’ailleurs, une théorie laisse entendre que les bactéries ont un certain état de base d’usage de l’énergie et c’est dans cet état le plus simple qu’elles sont très sensibles aux antibiotiques. Quand cette bactérie doit muter et combattre pour sa survie, elle dépense plus d’énergie et devient moins virulente que la souche plus simple. Donc, si on ne la stimule pas, elle aurait tendance à reprendre son état simple. Mais cela reste hypothétique. Pratiquement toutefois, nous avons eu certains cas cliniques où la bactérie est redevenue simple. Mais nous ignorons si cela peut englober toute une population de bactéries. Nous sommes encore au stade de la théorie. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs une action immédiate est nécessaire, parce que si la situation actuelle se poursuivait, nous atteindrons le stade où aucune antibiothérapie ne serait plus efficace.»

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