Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

La Forêt des pins, un havre en marge de la cité

Posted by jeunempl sur septembre 5, 2010

Sanaa al-Khoury – Les Hirondelles

Au carrefour des communautés, le Parc de Beyrouth pourrait rendre l’espace urbain plus cohérent. Inexploité, il ne joue pas son rôle.

Espace interdit, monde en marge de la ville, la Forêt des pins Horsh al-Sanawbar ressemble à un triangle de verdure clôturé au coeur de la capitale. Du côté de Tayouné, sur son portail verrouillé, se dresse un avertissement: «Interdit d’y entrer sans permission ». Assis à l’ombre d’un pin, un gardien dévisage les curieux. Une tasse de café à la main, il leur recommande de s’éloigner, ou bien d’aller chercher un permis à la municipalité.

Une formalité qui n’en est pas une, car pour obtenir le précieux sésame, il faut avoir au moins 35 ans. Condition sine qua non, même si elle n’est pas toujours suffisante, les riverains pensant même que ces fameux permis sont «réservés à des pistonnés ». De l’autre côté du parc, vers Qasqas, seuls de petits terrains vagues sont ouverts aux enfants et à la promenade. Un comble pour un jardin dit «public».

Dans le but de développer un espace urbain cohérent et dynamique, les espaces verts sont incontournables. Dans les grandes capitales du XXIe siècle, les stratégies globales prévoient toutes des espaces plantés et entretenus par la collectivité. Les Beyrouthins – si c’était leur cas – y trouveraient un refuge au stress du quotidien, un espace de rencontre et d’expression. Dans ce cadre, la Forêt des pins devraient être le poumon de la ville et le point de convergence de ses habitants, vu son emplacement: ses 300 000m² sont bordés par Qasqas, Tariq el-Jdidé, Sabra et Chatila, Badaro, Aïn el-Remaneh, Chiyah et Ghobeyri. Ces quartiers regroupant toutes les divergences confessionnelles du pays, le parc s’avère un point de rencontre… Mais aussi un terrain fertile pour des conflits sectaires et sociaux.

Projets et promesses

Au sortir de la guerre dans les années 90, le Conseil de développement et de reconstruction (CDR) et la municipalité de Beyrouth ont mis au centre de leur préoccupation la restructuration du parc. En 1995, le projet Horsh Beirut au coeur de Beirut de demain est lancé, en partenariat avec la région Ile de France. Entre 1995 et 1998, environ deux millions de dollars sont investis dans le projet. Mais depuis, les promesses d’ouverture au public sont restées lettres mortes. Au début, la fermeture était motivée par la protection des jeunes pousses afin de préserver leur croissance.
Une école «verte», dirigée par l’association Ard («terre» en arabe), a même été installée au sein du parc pour enseigner aux élèves le respect des espaces verts.

En 2004, le parc est finalement ouvert au public, mais… «vite refermé à cause des actes de vandalisme et des abus», explique Ryad Alayli, ancien membre de la municipalité de Beyrouth. Selon lui, cette dernière « a consacré un budget de 35 millions de dollars sur six ans pour l’entretien des espaces verts et l’implantation de 1400 arbres ». Mais l’ouverture au public, elle, est toujours remise aux calendes grecques.
Alayli affirme pourtant que «la municipalité forme des gardiens qui vont se charger du maintien du parc après son ouverture, ainsi que des pompiers».

Absence de vision globale

Fadi Shayya, architecte et chercheur, ne se satisfait pas de ces notes de bonne intention, tout en ne niant pas l’importance des projets réalisés. Auteur du livre At the Edge of city – reinhabiting public space toward the recovery of Beirut’s «Horsh al-Sanawbar», il déplore l’absence de «vision globale de l’espace urbain et de son avenir». Avec une once d’ironie, Shayya se demande pourquoi les citoyens payent des impôts utilisés pour l’entretien du parc sans être autorisés à en profiter? «Si nous pensons au développement durable, le premier pas n’est pas de fermer le parc aux gens», remarque-t-il.

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