Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Bassil : L’électricité 24h/24, un projet enfin sur les rails

Posted by jeunempl sur juin 29, 2010

(L’Orient le Jour)

Après 30 ans de courant « on-off », des pertes de plusieurs milliards de dollars et un manque à gagner inestimable sur le plan économique, les Libanais ont enfin aujourd’hui un plan de « sauvetage » qui devrait leur garantir, d’ici à 2015, un des droits les plus basiques, pourtant parmi les plus bafoués : l’électricité 24h/24.

Privilège acquis dans la quasi-totalité des pays du monde, même les moins avancés parmi eux, les Libanais en ont toujours rêvé : l’électricité 24h – ce luxe dont ils sont privés depuis environ trois décennies – est finalement en passe de devenir réalité, ou presque ; après de longues années vécues au sein d’un binôme d’une autre ère – « courant de l’EDL – générateurs » (ou « Dawlé/Moteur », en libanais) – si révélateur, par ailleurs, de l’érosion de la notion d’État dans leur inconscient collectif – ces mêmes Libanais peuvent enfin se targuer aujourd’hui d’avoir un plan, une feuille de route, qui devrait les aider à sortir de l’ornière, à renouer avec la normalité et surtout à mettre fin au déficit chronique et pandémique d’une institution publique, devenue symbole national de la gangrène d’un État…

Le plan soumis par le ministre Gebran Bassil, et approuvé la semaine dernière en Conseil des ministres, constitue en effet un pas important en avant. Même s’il ne s’agit pas du premier plan en matière de restructuration du secteur de l’Énergie – il a été précédé par d’autres schémas directeurs, tous restés lettres mortes – ce plan est le premier depuis Taëf à franchir le seuil du gouvernement et à recevoir son aval.

Dans un entretien exclusif avec L’Orient-Le Jour, le jeune ministre aouniste s’est dit confiant quant aux chances de réussite de son plan, en dépit des obstacles techniques, financiers et politiques auxquels il pourrait faire face, expliquant, en parallèle, les tenants et aboutissants d’une feuille de route s’étendant sur quatre ans, et dont les effets devraient se faire sentir d’ici à un an.

Une panoplie de solutions pour pallier le faible niveau de production

Le plan proposé par Gebran Bassil, qui envisage notamment la mise en place d’une infrastructure pour le gaz liquide et la construction d’un gazoduc le long de la côte libanaise, s’articule autour de deux axes principaux : d’abord, le rééquilibrage du déficit énergétique, à travers une augmentation de la production électrique de près de 1 500 mégawatts à l’heure actuelle à 4 000 mégawatts à l’horizon 2014, voire 5 000 mégawatts (MW) après 2015. Ensuite, la réduction du déficit financier, par le biais notamment d’une baisse du coût de production électrique, une optimisation du système de collecte des factures, et la hausse des tarifs, calculés aujourd’hui sur base d’un baril de 25 dollars.

Au niveau du déficit énergétique, « notre plan porte dans un premier temps sur l’acheminement de près de 250 MW de l’étranger, l’augmentation de la capacité de production des centrales fonctionnant au gaz (CCGT) et des moteurs alternatifs (Reciprocating Engine) entre 600 et 700 MW, mais aussi l’aménagement des centrales électriques en place, qui devrait accroître leur capacité productive d’environ 245 MW », indique Gebran Bassil. À ces mesures imminentes devant produire au total près de 1 200 MW supplémentaires s’ajoute la construction, à terme, de nouvelles centrales d’une capacité totale de 1 500 MW (fonctionnant notamment au gaz naturel), ainsi qu’une augmentation de la production hydroélectrique à environ 120 MW, à travers la construction de nouveaux barrages, ajoute-t-il.

Toutes ces mesures, étalées sur une période de quatre à cinq ans, devront ainsi produire près de 2 700 MW supplémentaires (en plus des 1 500 MW déjà existants) portant ainsi à plus de 4 000 MW la production totale d’électricité dans le pays.

Le plan prévoit, en parallèle, d’optimiser la distribution du courant pour limiter les « fuites » dues à l’utilisation du réseau de basse tension, à travers l’achèvement de la construction du réseau de haute tension. Ces pertes sont estimées aujourd’hui à près de 18 % de la production nationale.

La feuille de route stipule, par ailleurs, un plus grand recours aux énergies renouvelables, à l’ombre d’une facture pétrolière qui pèse aujourd’hui près de 13 % du produit intérieur brut (PIB), celles-ci devant atteindre 12 % du total de la production électrique d’ici à 2014 (un objectif qui reste toutefois modeste par rapport aux 20 % fixés par les pays de l’Union européenne).

Pour le ministre Bassil, la diversification des sources d’énergie est d’autant plus importante qu’elle permet, au-delà de l’aspect purement écologique, de limiter la dépendance du Liban aux fluctuations des cours mondiaux de pétrole. Le plan prévoit à cet égard une finalisation de l’atlas des vents, qui vise à repérer les sites les plus venteux du pays en vue de l’installation de turbines éoliennes.

Il envisage, en parallèle, un usage plus accru du gaz naturel – un combustible moins cher et moins polluant – fixant à 66 % la part de cette ressource dans la production électrique totale d’ici à 2014. Rappelons à cet égard que les deux centrales de Zahrani (Sud) et de Beddawi (Nord), construites au milieu des années 90, et d’une capacité totale de 900 MW, ont fonctionné depuis leur instauration au mazout, alors qu’elles étaient conçues pour fonctionner au gaz. Selon certains analystes, cela n’a non seulement limité la production de ces centrales à 30 % de leur capacité optimale, mais a engendré également des pertes indirectes chiffrées à plusieurs milliards de dollars (deux milliards de dollars, selon certaines estimations).

Pétrole, gaz, charbon, eau ou vent, la hausse de l’offre à près de 4 000 MW s’avère plus que nécessaire, au vu d’une augmentation de 7 % de la demande par an. Celle-ci avait déjà atteint un pic de 2 500 MW l’été dernier, contre une production locale de 1 500 MW, ce qui a valu aux Libanais des coupures draconiennes de courant durant les mois les plus chauds de l’année. Rappelons en outre à cet égard qu’une étude élaborée par le ministère de l’Énergie et des Ressources hydrauliques il y a plus d’un an avait estimé à 1 700 MW le déficit énergétique en 2014, si aucun plan d’action n’était mis en route, ce qui équivaudrait à plus 14 heures de rationnement par jour.

Réparer le « désastre » financier, une priorité

L’exécution d’un vaste plan de redressement revêt, à la lumière de ces résultats alarmants, auxquels s’ajoute le fardeau financier découlant du statu quo actuel, un caractère de double urgence. Car au-delà du risque de voir le pays plonger dans le noir, les pertes abyssales encourues par le Trésor pour couvrir le déficit rampant de l’EDL – sans évoquer les pertes indirectes et le manque à gagner inestimable sur le plan économique – constituent un des principaux chapitres du désastre « électrique » au Liban. Le déficit de l’EDL, qui a culminé en 2008 à 1,6 milliard de dollars, avant de reculer légèrement l’an dernier à 1,5 milliard de dollars, soit plus de 3 % du PIB, alimente depuis plusieurs années une des spirales les plus pernicieuses ; l’État, qui croule déjà sous le poids d’une dette colossale, emprunte en effet de l’argent pour couvrir ce déficit. Résultat : le service de la dette ne cesse d’augmenter – il représente à lui seul aujourd’hui près de la moitié des recettes fiscales – empêchant une meilleure orientation des dépenses publiques et entravant, par la même occasion, une plus forte croissance.

Notons à cet égard qu’entre 1992 et 2010, les pertes directes du Trésor liées à ce secteur se sont élevées à 6,4 milliards de dollars, hors intérêts.
« Les Libanais paient aujourd’hui 700 millions de dollars à l’EDL en factures mais ils paient aussi près de 1,7 milliard de dollars aux propriétaires de générateurs pour assurer de l’énergie », indique en outre Gebran Bassil.
Selon une étude élaborée par son ministère, les pertes indirectes (qui incluent, entre autres, le montant déboursé aux propriétaires des générateurs) s’élèvent aujourd’hui à 3,1 milliards de dollars, portant à près de 4,4 milliards de dollars le déficit total du secteur de l’électricité pour le Trésor (les pertes directes incluses). Selon le ministre Bassil, « si les choses restent en l’état, ce déficit se creusera pour atteindre 9,5 milliards de dollars en 2015 ».

Pour éviter la dérive, le plan prévoit donc une série de mesures susceptibles de pallier ce déséquilibre, à travers une baisse du coût de la production (qui représente 65 à 70 % du déficit de l’EDL), une réduction des pertes techniques et non techniques (factures impayées, branchements illicites etc.), ainsi qu’une hausse des tarifs.

En détail, la feuille de route porte sur la mise en place d’une infrastructure gazière permettant de réduire de manière substantielle le coût de production électrique. Rappelons qu’un rapport élaboré par le consultant mondial Poten & Partners avait récemment indiqué que l’utilisation du gaz naturel liquéfié (GNL), rien qu’au niveau de la centrale de Zahrani, pourrait économiser 75 à 80 millions de dollars par an. Ce rapport, adopté par la Banque mondiale (BM), avait en outre appelé les autorités libanaises à profiter de la conjoncture actuelle, les réserves globales de gaz devant augmenter en moyenne de 80 millions de tonnes par an d’ici à 2013.

Le plan approuvé en Conseil des ministres prévoit, en parallèle, la mise en place d’un système électronique permettant de couper le courant à ceux qui refusent de payer leurs factures (Smart Grid Network) et de traquer de manière plus efficace les branchements illicites au réseau. Cela nécessitera toutefois l’installation de nouveaux compteurs sur l’ensemble du territoire – une tâche qui s’avère ardue, au regard de la capacité financière de l’État et de la structure « sensible », sur le plan politico-militaire, de certaines régions. « Nous chargerons toutefois des compagnies privées pour qu’elles s’occupent de la mise en place de ces compteurs », assure Gebran Bassil, soulignant que le pays sera découpé à cette fin en plusieurs régions, de manière à ce que le choix des sociétés privées – pragmatisme oblige – soit plus ou moins en harmonie avec la structure confessionnelle de ces zones…

Enfin, le plan suggère une révision des tarifs, de manière à prendre en compte l’évolution des cours mondiaux de pétrole. Ces tarifs sont en effet calculés aujourd’hui en base d’un baril de 25 dollars, alors que le prix de ce dernier avait culminé à 150 dollars à la veille de la crise mondiale, avant de chuter à 40 dollars au lendemain de la débâcle et de se stabiliser aujourd’hui autour de 80 dollars.

La hausse des prix des tranches des kWh de 0,0958 à 0,1478 dollar entre 2010 et 2015 devrait largement contribuer au rééquilibrage du déficit du secteur de l’énergie, estime le ministre Bassil. En effet, selon deux scénarios élaborés à cette fin, une augmentation de 43 % de ces tarifs, en sus des mesures précitées, devrait réduire le déficit à zéro, tandis qu’une hausse de 54 % des prix permettrait au secteur de devenir excédentaire, à hauteur de 200 millions de dollars (voir graphe).

Un coût total d’environ cinq milliards de dollars

Le plan de redressement proposé par le ministre Bassil, qui comporte en outre une restructuration de l’EDL, à travers notamment une amélioration de son capital humain (la moyenne d’âge des employés de la compagnie s’élevant aujourd’hui à 58 ans), nécessitera un financement total de 4,87 milliards de dollars.

Pour cela, l’État aura notamment recours au « partenariat public-privé (PPP) », souligne Gebran Bassil, qui estime à 2,3 milliards de dollars la contribution du secteur privé à ce projet d’envergure. « Les dons et aides internationaux, sur lesquels nous misons également, devraient en outre permettre d’assurer près d’un milliard de dollars ». « Quant à l’État, il devra contribuer à hauteur de 1,5 milliard de dollars », indique-t-il.

« L’essentiel est de pouvoir mener à bout cette phase transitoire, à l’issue de laquelle les choix stratégiques, telle que la privatisation, pourront être débattus. Tous ces débats théoriques n’ont aucun sens tant que nous n’avons pas atteint un équilibre, sur le double plan énergétique et financier », souligne Bassil.

Encore faut-il que les fonds nécessaires à la concrétisation de ce plan soient assurés et que cette feuille de route, ambitieuse et pleine d’espoirs, ne soit diluée dans les méandres de la politique politicienne et qu’elle ne subisse pas le même sort que celui d’autres plans de réformes au Liban, renvoyés systématiquement aux calendes grecques…

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