Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Ibrahim El Ali dans l’émission « C’est pas du Vent » : On travaille à restaurer les forêts primaires

Posted by jeunempl sur juin 28, 2010

Libnanews – RFI

Le 28 avril dernier, RFI consacrait la deuxième partie de son émission environnementale « C’est pas du Vent » au Liban. Son invité du jour n’était autre que le célèbre écologiste libanais Ibrahim El Ali. A ses côtés, plusieurs spécialistes le soutiennent et profitent de l’émission pour expliquer les problèmes qui touchent l’environnement au Liban, mais aussi les solutions qui les accompagnent. Libnanews vous propose une retranscription de cette émission radio instructive.

Dominique Desaunay: Bienvenue à tous dans cette 2ème partie de « C’est pas du Vent » en compagnie d’Ibrahim El Ali, président de Mawassem Khair qui veut dire Moissons de la Bienfaisance en français, et dont la mission est de faire découvrir et de sauvegarder la biodiversité et la richesse de la nature au Liban.
Alors, c’est un petit souvenir du Liban que j’allais visiter sur les petits marchés. Je n’en reviens pas, ils ont des porte-voix pour haranguer la foule et vendre leurs fruits et légumes, et autres chouchous.
Ibrahim El Ali, le pape a un jour déclaré; « Le Liban, c’est plus qu’un pays, c’est un message ». Et pour vous donc, réussir une politique de protection de l’environnement au Liban, c’est du même coup transmettre ce message à l’ensemble de la planète?

Ibrahim El Ali: Tout à fait, c’est exactement ça. On voit bien par exemple que les télévisions arabes sont très très développées dans l’espace médiatique. Et pourtant, tout est focalisé par rapport au Liban. Le Liban est un véritable prisme. Déjà dans l’histoire du Liban, ça a été à travers les Phéniciens, à travers le prisme de la civilisation de la Méditerranée, la construction de tous les ports. Le Liban a véhiculé toutes ces graines qu’on a retrouvées et ça crée un espace méditerranéen dans la faune végétale. Et il y a véritablement un message. Ce n’est pas seulement son espace géopolitique ou géostratégique, c’est également la richesse de son eau, des plantes, de son littoral, de sa population.

Dominique Desaunay:
Votre ONG Mawassem Khair a commencé son action en participant au désamorçage de plus de 4000 bombes au Liban-Sud ainsi qu’à la lutte contre les incendies. Mais au-delà de ces actions de terrain, vous pensiez déjà au reboisement de la région?

Ibrahim El Ali:
Je pense au reboisement de la région, surtout au reboisement de la forêt primaire. On a maintenant de plus en plus de forêt de pins qui se mettent en place. Le pin se développe rapidement mais ça tue la forêt primaire. Ce n’est pas riche en biodiversité.
Avec mon ami Alain, nous travaillons beaucoup sur ce projet.

Dominique Desaunay:
Alors, l’idée, c’est de fédérer un peu toutes ces ONGs libanaises qui s’occupent des problèmes environnementaux. Donc, vous nous proposez une rencontre avec Ifat Edriss, présidente de l’ONG libanaise « Cedars for care » qui depuis 1998, propose de lutter contre la disparition des fameux cèdres du Liban. Comment l’avez-vous rencontrée Ifat Edriss?

Ibrahim El Ali: C’est à travers une AMIE que je salue ici Houda Seoud. Elle s’occupe surtout du nettoyage du littoral, de la protection des espaces et animaux marins, comme les tortues de mer. Elle fait un travail remarquable.

Dominique Desaunay:
Et elle est avec nous. Ifat, bonjour!

Ifat Edriss:
Bonjour à tous, bonjour Ibrahim.

Ibrahim El Ali: Bonjour Ifat!

Dominique Desaunay:
Alors des cèdres du Liban au nettoyage des côtes, vous proposez aussi à quiconque de découvrir la biodiversité marine et de prendre conscience qu’il y a des espèces menacées du côté du Liban.

Ifat Edriss: Tout à fait, c’est ce qu’on fait ici depuis 1997. On fait du monitoring pour les dauphins, des hippocampes et on vient de savoir qu’il y a des phoques qui sont menacés et déjà très rares dans la Méditerranée. Il y en a 4 à Beyrouth.

Dominique Desaunay: Vous aidez les petites tortues à trouver le chemin de l’eau, parce que si j’ai bien compris, c’est un lieu de ponte les côtes libanaises.

Ifat Edriss: Tout à fait, il y a une plage d’1,6 km de long sur laquelle les tortues viennent pondre. Lorsque les coquilles explosent, les tortues ne savent pas aller vers la mer, parce qu’il y a les lumières de la municipalité.

Dominique Desaunay: Elles se dirigent vers la lumière en fait.

Ifat Edriss:
Voilà! Il faut les aider à trouver le chemin. Bien sûr, s’il y a un rat ou un chien qui vient les manger, on ne fait rien. Il faut que la nature fasse elle-même son propre équilibre.

Dominique Desaunay: Alors, j’aimerais bien qu’on parle un peu de la journée du 16 mai qui va se produire. Journée de nettoyage de la côte des fonds marins. Là, vous attendez plus de 25.000 personnes qui prendront part à cette journée exceptionnelle où le citoyen prend conscience qu’il faut nettoyer et dépolluer la côte. C’est bien ça?

Ifat Edriss:
Tout à fait, en 1997, on venait à peine de sortir de la guerre. Et tout ce qui était déchets était jeté à l’eau, il n’y avait pas de gouvernement. Alors, on s’est réveillé en 1997 avec plein de déchets partout sous l’eau et sur les côtes. Nous sommes alors 5 plongeurs, on a fait cet appel. Et 40.000 personnes ont répondu. C’était sous l’eau et sur les plages. Cette année, on va reprendre ça car on a toujours des déchets qui sont jetés vers la mer malheureusement. Et j’attends Ibrahim impatiemment parce qu’il va venir nous aider!

Dominique Desaunay:
Merci Ifat Edriss. Ibrahim El Ali, pour prendre la mesure de la pollution du littoral, je vous propose de redécouvrir ce reportage diffusé sur France Télévision, sur la montagne de déchets au Sud Liban à Saïda très exactement.

Reportage: On l’appelle la poubelle de la Méditerranée. Une montagne de 50 m de haut dont les déchets plongent directement dans la mer. Aux portes de Saïda, dans le Sud du Liban. Mohammed el Saajri est plongeur professionnel et il a vu grandir la montagne.

Mohammed el Saajri: Autrefois, c’était une petite décharge. Il n’y avait pas autant de matières plastiques, de conserves, de métaux ou d’ordure. Aujourd’hui, elle reçoit toutes sortes de déchets, des produits chimiques et industriels. Tout atterrit ici, c’est une catastrophe pour nous et la Méditerranée.

Mohammed el Saajri nous invite à plonger.
Par 5 mètres de fond, notre surprise est totale. Au fur et à mesure de notre progression, nous découvrons un cimetière marin. Pas la moindre trace de vie. Les Posidonis, ces plantes aquatiques indispensables à la reproduction des espèces ont disparu. La lumière du soleil est cachée en permanence par des sacs en plastiques qui flottent entre deux eaux. A l’entrée du site, aucun contrôle! Nul ne sait vraiment ce que la montagne recèle, sauf peut-être ces Palestiniens ferrailleurs qui vivent de la décharge.

Ferrailleur palestinien: on trouve de tout ici: du plastique, des boites de déchets d’hôpitaux, beaucoup de seringues aussi. On sait que c’est dangereux, mais il faut bien vivre.

Les jours de chaleur, le méthane dégagé des matières organiques s’enflamment. Un nuage de fumée recouvre alors la ville.

Médecin: L’air est contaminé, la mer est contaminée, les nappes phréatiques sont contaminées. Résultat, nous constatons de plus en plus de maladies respiratoires, de problèmes allergiques et depuis un certain temps, de cancers.

Le maire de Saïda a proposé de transféré les déchets vers d’autres sites pour être traités, sans succès.
Maire de Saïda: Au Liban, tout prend rapidement une tournure communautaire et confessionnelle. On ne peut pas déplacer les ordures de Saïda, considérée comme sunnite, dans un zone chiite (voisine). De même, on ne peut transférer de déchets musulmans dans une région chrétienne.

La solution envisagée par les Libanais serait d’extraire les déchets toxiques de la montagne, de l’aplanir, de la stabiliser, puis de la vendre en terrain à bâtir pour amortir le coût de l’opération.

Dominique Desaunay: Ibrahim El Ali, vous avez déclaré à un moment donné que le Liban n’est pas une poubelle. Mais franchement, encore faut-il savoir si les mentalités sont prêtes à embrasser cette cause environnementale dans ce pays.

Ibrahim El Ali: Je pense qu’il y a eu un grand changement à la suite de la visite de notre premier ministre Hariri au sommet de Copenhague. Quand je finançais de mes propres sous la campagne de reboisement « Le Liban n’est pas une poubelle », mes voisins et mes amis me disaient « mais tu es fou de mettre ton argent, achète un terrain pour tes enfants, c’est mieux ». Le Libanais avait une pratique d’environnement, mais il n’avait pas une conscience de l’environnement. Le fait qu’Ifat arrive maintenant à mobiliser le 16 mai de 25.000 à 40.000 citoyens, je ne suis pas sûr qu’on arrive ici en France au même résultat. Le Liban, de Nakoura au Sud à Tripoli au Nord, on est tous mobilisé pour cette campagne. Et ça, je crois qu’il y a une impulsion importante du premier ministre qui fait que ça se passe.

Dominique Desaunay:
Il y a aussi la société civile.

Ibrahim El Ali: C’est ce que je veux souligner justement. La problématique de l’environnement à travers ces différentes ONGs fait qu’on surmonte les problèmes politiques, les problèmes religieux et confessionnels au Liban et c’est quelque chose qui appartient à tous les Libanais.

Dominique Desaunay:
Alors, ce combat avec votre association, vous le menez avec des partenaires historiques. Magda Abou Dagher est cofondatrice et vice-présidente de l’ONG « Jouzour Loubnan ». Bonjour Magda!

Magda Abou Dagher:
Bonjour!

Dominique Desaunay:
Alors, il n’y a pas que le cèdre qui soufre au Liban. Il y a aussi le genévrier, autre arbre auquel vous portez toute votre attention car vous vous occupez du reboisement, mais en haute montagne.

Magda Abou Dagher:
Vous ne citez que le genévrier mais en fait, il y a toute une panoplie de plantes tout à fait intéressantes à côté du cèdre et du genévrier. Donc, voilà, je suis la vice-présidente de Jouzour Loubnan et je suis également prof associé à l’université St Joseph. Ce qui fait que j’ai plein d’étudiants qui à mes côtés et près à être mobilisés pour reboiser le Liban dans le cadre de l’opération « 7ème jour » conduite par l’université St Joseph.

Dominique Desaunay:
Comment fait-on concrètement pour reboiser dans des endroits de type assez escarpés, haute montagne et quand on veut réintroduire cette notion de « forêt primaire ». Donc on ne reboise pas n’importe comment?

Magda Abou Dagher: En fait, la mission de notre ONG, c’est justement d’agir dans des zones arides de haute montagne… ces régions-là qui étaient jadis boisées et couvertes d’une riche forêt formée de cèdres, genévriers mais également de pins et plein d’autres espèces secondaires. Donc ici, il faut avoir une approche un peu pragmatique. D’abord, il faut commencer par tâtonnement de façon à restaurer cet écosystème. Donc revoir ce qui était présent à la base dans cet endroit-là, prendre en considération le changement climatique, la nature du sol, les précipitations,etc…  et essayer de voir les espèces susceptibles de repeupler cet endroit et leur donner un maximum de chances de le faire.

Dominique Desaunay: Alors, pour la communication, vous avez aussi un Facebook.

Magda Abou Dagher: Oui, en fait ça c’est le Facebook de l’association.

Dominique Desaunay:
Cela vous permet de constituer un réseau.

Magda Abou Dagher: Oui, avant de passer au réseau, je voudrais juste signaler que, pour l’association, la problématique principale était de trouver sur le marché libanais et régional, ces plants là qu’on devrait utiliser pour le reboisement en haute montagne. En fait, l’ONG a créé un laboratoire de germination et de conservation des graines où on peut aller récolter dans la nature et dans les boisements naturels des graines par exemple de pruniers sauvages, des épines d’arbustes sauvages qui se trouvent à coté du cèdre et du genévrier, de les faire pousser et ensuite de confier ce protocole de germination aux collectivités locales chez qui on va planter. De cette façon là, on  favorise un peu le développement local et économique. Et en même temps, on ne se base pas sur l’introduction d’espèces invasives ou étrangères.

Dominique Desaunay: Ibrahim El Ali, donc on parlait juste à l’instant de l’importance de reboiser à l’identique et en traditionnel. Il existe donc des pépinières de cèdres?

Ibrahim El Ali: Oui, Magda fait un travail formidable à travers son laboratoire et ses étudiants. J’ai participé à des journées de reboisement avec elle, je peux vous dire que c’est une véritable fête. On part en car depuis Beyrouth. On va en haute-montagne et vraiment, c’est une très grande joie. Regardez, on prend des enfants, qui viennent accompagnés de leurs parents et qui plantent un cèdre avec Magda. Quand je suis venu participer à cette journée, je disais à l’enfant; « Regarde cet arbre, donne-lui un nom ». Il s’identifie à cela. Il y a quelques semaines, j’ai vu ici dans la banlieue parisienne des enfants qui avaient des pistolets et qui jouaient à la guerre. Si on arrivait à amener les élèves des maternelles, des écoles ici à faire des sorties en classe et reboiser, on changerait la donne.

Dominique Desaunay: Et c’est un peu votre projet ici.

Ibrahim El Ali: Tout à fait! Mais je voudrais rappeler également que Magda était Prix de l’UNESCO de la femme scientifique, et elle fait un travail remarquable. Je la félicite. Et j’aimerais bien qu’à travers Ifat, Magda, Mawassem Khair, on fasse une confédération d’ONGs sur l’environnement pour proposer des projets de loi au gouvernement. Comme le grenelle de l’environnement ici en France, on ferait des assises à travers les municipalités au Liban. Ca serait une idée qui à mon sens pourrait changer beaucoup de choses.

Dominique Desaunay: Alors Magda merci, vous êtes d’accord pour prendre date du rendez-vous que vous fixe Ibrahim?

Magda Abou Dagher:
Je suis tout à fait d’accord, c’est notre devoir!

Dominique Desaunay: Très bien. Et voici l’adresse du site de l’association: http://www.jouzourloubnan.org

Dominique Desaunay:
Ce grand projet méditerranéen, vous le menez aussi par exemple avec Alain Fried-Lander, maître de conférence et professeur à l’université de Provence à Marseille en sciences de l’environnement. Juste un mot par rapport à Alain Fridlender, comment travaillez-vous avec lui?

Ibrahim El Ali: On a fait une semaine de visite au Liban pour voir différentes espèces, différentes graines. Vraiment, je voudrais dire un truc qui est extraordinaire. On était en pleine montagne des cèdres, en haute montagne à 2000 mètres, et Alain pousse un cri énorme avec l’écho de la montagne! Je lui dis, mais Alain qu’y a-t-il? Il me dit qu’il a trouvé une plante qui était hyper-rare, une petite plante jaune, une fleur. C’est cette joie de partager ce travail avec lui!
On travaille à restaurer les forêts primaires. Par exemple, à Jezzine, on a une forêt de pins qui est très développée et très importante. Mais le pin est un arbre qui tue la biodiversité.

Dominique Desaunay: En fait, c’est acide si on comprend bien. Ca crée des terres acides et la biodiversité n’aime pas cette acidité. Ca tue pas mal de micro-organismes qui seraient par contre nécessaires à d’autres arbres de la forêt primaire.

Ibrahim El Ali:
C’est ça.

Dominique Desaunay: Alors, Alain Fridlender, bonjour!

Alain Fridlender: Bonjour, bonjour à tous les auditeurs, je profite de la magie des ondes pour saluer Magda à Beyrouth et Ibrahim à Paris.

Dominique Desaunay: Alors, comment se porte le végétal sur le pourtour de la méditerranée?

Alain Fridlender: Le végétal se porte bien si on le laisse tranquille. Alors, je voudrais intervenir sur cette question de forêt précisément, notamment sur ces notions de forêt climatique, à ne pas confondre avec la forêt climatique, ni primaire, ni avec les reboisements, et en particulier insister sur la question qui taraude un peu tous les écolos de Méditerranée de ne pas confondre un champ d’arbres avec une forêt, un champ de cèdres avec une cédraie. Une forêt, c’est un mélange de nombreuses espèces de plantes, avec beaucoup d’arbres. Les arbousiers, les genévriers, les cèdres, les pins, et ne pas oublier surtout les chênes avec beaucoup d’espèces au Liban qui sont extrêmement menacées et qui ont souvent été menacées. Et on pourrait parler également de la forêt de Bkassine, à Jezzine. Et je pense que là, c’est très intéressant de bien souligner qu’une forêt, ce ne sont pas des mètres cubes de CO2, de carbone, et ce ne sont pas non plus des mètres cubes de bois. Parce que très longtemps, on a pensé que la forêt, c’était du bois à exploiter ou actuellement avec la taxe carbone, du CO2 à rentabiliser. En fait, c’est beaucoup plus complexe, une forêt, c’est un milieu de vie où vivent des animaux, des plantes, des arbres et beaucoup d’espèces.

Dominique Desaunay:
Oui, on parle d’ailleurs d’écosystèmes en terme de forêt. Alors, le projet si on a bien compris, veut revivifier en fait la forêt primaire qui est moribonde au Liban, pour remplacer la forêt de pins actuelle pauvre, qui ne permet pas d’héberger en tout cas une biodiversité riche.
Quels sont les problèmes réels en terme de reboisement? Que faut-il faire exactement? D’abord faire un constat et ensuite, quels sont les moyens d’action que vous pouvez nous indiquer Alain Fridlender?

Alain Fridlender: Je pense qu’il y a deux axes. Le premier axe, le plus important peut-être, est de sensibiliser les gens, c’est-à-dire de bien comprendre qu’une pinède, ce n’est pas une forêt mais le plus souvent un champ d’arbres. Le cas de la forêt de Bkassine est édifiant parce que finalement, beaucoup de gens essaient de protéger cette forêt qui est en fait un champ de pins pignons. Alors, c’est un intérêt, mais un champ de pins pignons, ça ne protège pas les sols de l’érosion, ça ne protège pas la population de la chaleur, ça ne protège pas les troupeaux des canicules et puis, tout s’en va. Et sous une forêt de pins, il n’y a plus de champignons, il n’y a plus rien. Alors que dans cette forêt, il faut bien prendre conscience que cette pinède plantée, c’est un champ d’arbres qui apporte des pignes, très utiles en pâtisserie, mais disons qu’en terme de richesse et de valeur écologique, mais aussi de richesse pour l’agriculteur, ce n’est rien du tout. Dans ces forêts, on a des cours d’eau qui sont extrêmement riches, qui hébergent une flore remarquable. Cette flore permet de maintenir l’humidité, d’éviter les inondations, et également, ce sont des corridors extrêmement résistants aux incendies. Donc, si on transforme cette pinède, qui est une monoculture de pins finalement – c’est un champ d’arbres comme un champ de maïs en fait-, si on la remplace en reboisant comme le disait Magda avec de nombreuses espèces, des genévriers, des chênes, des rhododendrons, qu’on favorise la végétation naturelle des cours d’eau, on aura alors une forêt beaucoup plus diversifiée dans laquelle on va pouvoir avoir des oiseaux, des aliments ou bien des glands pour les troupeaux, pour les animaux sauvages ou même les animaux d’élevage. Il y aura donc plus de richesse pour l’agriculture et également de l’ombrage. Qui dit ombrage dit reformation d’un sol. Et lorsque le sol se reforme, on aura beaucoup moins d’assèchement du milieu. Et dans une région comme le Liban où certes, il pleut et où il y a une relative sécheresse, si on a un sol qui s’est reconstitué, si on a une végétation diversifiée, eh bien on aura une bien meilleure résistance au feu. On aura des lieux plus riches en terme agricole et également, on pourra avoir une meilleure résistance aux canicules et à toutes ces questions là. Donc, sans intervenir en terme de gestion d’incendie, de gestion de crues, le simple rétablissement d’une forêt diversifiée avec sa biodiversité va permettre d’éviter les inondations et les phénomènes d’incendies. En fait, il n’en faut pas beaucoup et je pense que le premier point, c’est certes agir et reboiser cette forêt, mais c’est surtout sensibiliser les gens à cette diversité. Je parlerais par exemple du cas de cette forêt de Bkassine où il y a des financements pour la protéger mais par manque de connaissance finalement, on a voulu protéger les arbres, les pins, du feu. Mais ce n’est pas le plus important. Le plus important, ça va être de protéger les torrents qu’il y a et de favoriser les chênes qui étaient entrain de pousser naturellement dans cette forêt.

Dominique Desaunay:
Oui Alain, on l’a bien compris, en fait tout est lié dans une forêt. Que ça soient les cours d’eau et ce qui y habite. Mais j’aimerais vous poser la question, Alain et Ibrahim, il faut combien de générations pour refaire une forêt?

Alain Fridlender: Une forêt, c’est très long. Mais il faut commencer. C’est très long, mais c’est en même temps relativement rapide. Parce que si on se promène dans cette forêt de pins, on se rend compte qu’en fait, naturellement, il y a déjà des chênes qui poussent spontanément. Et finalement, il suffirait de favoriser ces chênes. Alors, évidemment, ils ne vont pas repousser en 50 ans, ils seront trop petits. Mais naturellement, ils regerment déjà d’eux-mêmes. Donc, il suffit de favoriser leur croissance, en défavorisant plutôt les pins et en les favorisant. Et petit à petit, ça se fera. Évidemment, ce sera très long, il ne faut pas rêver.

Dominique Desaunay: Eh bien oui, ce sera très long, merci Alain Fridlender!
Ibrahim El Ali, vous aurez assez d’une vie pour mener à bien tous vos projets au Liban et ailleurs?

Ibrahim El Ali:
Oui, bon, il ne suffit pas d’une vie, il suffit d’un arbre. Je suis quelqu’un qui plante des arbres. Il suffit que je donne cet amour aux enfants et puis, ça continuera. Mais je voudrais rebondir sur cette richesse du peuple libanais, cette richesse des ONGs libanaises qui ont très peu de moyens financiers. Regardez le travail d’Ifat, Magda, on pourrait tous se réunir à une trentaine d’ONGs et faire des propositions au gouvernement, et je crois qu’on ferait beaucoup avancer la problématique de l’environnement au Liban. D’autant plus que ce Liban est un véritable message à l’humanité.

Dominique Desaunay: Merci Ibrahim pour votre passage dans « C’est pas du Vent »!

Retranscription de l’émission radio « C’est pas du vent » de RFI avec Ibrahim El Ali
Libnanews

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