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Lieux de mémoire : Aïn Mreissé, son port, son musée… Un village dans la ville

Posted by jeunempl sur juin 27, 2010

Par Delphine Darmency – L’Hebdo Magazine

A chaque quartier ses repères balayés. Celui-ci est envahi par une armada de grands immeubles. Seul le port de Fekhoura reste les pieds dans l’eau. Aïn Mreissé, ce village dans la ville, prend des airs de quartiers d’affaires londoniens… La mer en plus.

Dans les années 70 du siècle dernier, Aïn Mreissé était encore un joyau architectural, il l’est toujours aujourd’hui, d’une manière bien différente. En se promenant dans ses rues, il y a de quoi perdre la tête à force de la relever. Ici comme ailleurs, les anciennes maisons disparaissent avec leurs habitants, revenant uniquement pour les grands événements, mariages, enterrements et élections. A Aïn Mreissé, il y avait autrefois  trois ports: Minet el-Hosn, Fekhoura et Chouran, au niveau du Bain militaire. Malgré la construction de la route sur la corniche, le port de Fekhoura survit. Dans ce quartier en pleine mutation, les pêcheurs et leurs amis viennent se retrouver au port, le matin ou en fin d’après-midi pour fumer des narguilés, jouer aux cartes, chanter ou faire monter la voix. Leurs pères et grands-pères étaient déjà pêcheurs. Le port existe depuis plus de 100 ans. Avant, les artisans y travaillaient l’argile.

Mounir, 65 ans, est un ami des pêcheurs. Ses souvenirs de Fekhoura commencent lorsqu’il avait 5 ans. «Tout est devenu artificiel. Tous les bâtiments sont nouveaux», se lamente-t-il. Le port est encerclé par de nouvelles constructions; la plus «ancienne», l’immeuble des Rêves (Binayat el-ahlam), est décrite par Mounir comme «le plus grand crime de la région. Il y a quinze ans, le propriétaire a essayé de mettre certains de ses bateaux dans le port, mais il y a eu des mouvements de protestation». Maintenant, il existe un garage pour les bateaux en dessous de l’immeuble.

Mounir se souvient, nostalgique: «Ici, il n’y avait pas de grande famille. Tout le monde prenait soin de tout le monde. Les riches devaient payer pour les pauvres et, le vendredi, si certaines personnes aisées n’avaient pas donné aux plus démunis, leurs noms étaient cités devant la mosquée. Nous étions un village dans la ville. Maintenant, c’est totalement différent, il y a beaucoup d’étrangers».

Au port de Fekhoura, «on pêche de tout», raconte cheikh Kamal, cherwel bleu et moustache proéminente. «On met les filets à 5h du matin et on vient les reprendre à 17h». Il a hérité des filets de son père et possède deux bateaux. Seul un «hamdoulillah» pourra répondre à une question sur ses conditions de vie. Ahmad, lui, a arrêté de pêcher depuis 1975. «Tout devient très cher et le métier n’est plus du tout rentable». Il continue à venir tout de même. Son amour, c’est la mer.

Le bouche à oreille emmène les curieux chez Ibrahim Najem, propriétaire d’un musée particulier. Dans sa rue, quatre immeubles d’une quinzaine d’étages sont en construction. Il faut prendre de petits escaliers pour atteindre sa maison, restée traditionnelle. Short, peau bronzée, il montre à qui veut les voir ses albums photos, détenteurs de pans entiers de la mémoire de Aïn Mreissé. Noir et blanc ou en couleurs, elles sont les preuves d’un autre temps, sans construction à outrance, sans grande avenue passant au milieu du port. Comme le rappelait Mounir, «tous les gens à Aïn Mreissé ne savent pas comment ils ont appris à nager». Ibrahim commente: «Avant, l’eau était parfaite, tout le monde s’y baignait.

Depuis, les restaurants de la côte se servent de la mer comme d’une poubelle». Certes, certains jeunes fous plongent toujours dans la mer au niveau du port, mais l’eau n’y est plus si attrayante. «Les constructions ont débuté il y a 30 ans. Il y a eu un vide», explique Ibrahim, avant d’ajouter que «l’endroit est devenu étranger à lui-même, surtout depuis 15 ans avec ces grands immeubles». Les héritiers, souvent nombreux, ont vendu leurs anciennes maisons. Notre homme a déjà eu un millier de propositions mais les a tous refusées. «Si nous partons, où allons nous aller?».
D’ici, il voit encore un peu la mer, en se penchant dans la rue. Ibrahim a commencé à pêcher des coquillages avec son père. Il a pris goût à la plongée et devient pompier des mers. Une façon de lier sa passion au travail. Il ne s’est pas intéressé uniquement aux coquillages. Il aimait partir à la découverte des fonds marins et de ses trésors cachés, des anciennes épaves. «Les gens parlaient des emplacements d’anciens bateaux échoués», raconte-t-il. C’est ainsi qu’il a par exemple pu explorer le fameux navire français, le Champollion, qui a coulé près des côtes libanaises en 1952. «Il n’y avait plus que de la ferraille mais on a pu retrouver par exemple des seringues d’insuline. L’épave n’était qu’à 10 mètres de profondeur, disparue avec la construction des pistes de l’aéroport», précise-t-il.

En 1981, une opération de sauvetage en mer se passa mal. Un accident de décompression coûta à Ibrahim son handicap actuel, l’interdisant de replonger. Cela ne l’empêche pas de découvrir, il y a six ans, grâce à des amis, une autre épave, un bateau plus ancien que le Champollion, le sous-marin français Le Souffleur. De toutes ses plongées passées, il élabora l’idée d’un musée. Au seuil de la porte du dernier étage de la maison, déborde, telle une vague, le contenu des trésors du musée. Accrochées sur le fronton de la porte, posées sur un morceau de tôle rouillée, les lettres trouvées sur l’ancien sous-marin français: Le Souffleur.

Premier pas dans l’antre d’Ibrahim Najem. Yeux écarquillés et souffle coupé devant l’ampleur du spectacle. Trois pièces envahies de collections diverses et variées, un espace bien trop réduit pour ses occupants. Comme si chaque objet voulait raconter son histoire. Il faudrait y passer des heures pour détailler toutes les pièces du musée, trouver des spécimens rares et précieux et connaître leur passé. L’entassement de ces objets, de ces bijoux de la vie des habitants de Aïn Mreissé, se situe bien au-delà de l’entendement. Des lanternes, lampes, machines à écrire, casques de pompiers, transistors de toutes les couleurs, machines à coudre, fusils, poignards, photos ou peintures de la ville, caisse marchande, fer à repasser, horloges, carapaces de tortue, gouvernails, scaphandriers, coquillages, phonogrammes, vieux projecteurs de cinéma, instruments de dentiste, clés par centaines, qui chacune ouvre la porte à d’autres histoires… A chaque coin, un objet, une histoire. Comme ce diplôme de la République française, adressé à Sabahi Wafic, pour le remercier de son courage lors du sauvetage des naufragés du Champollion.
Un musée du temps. Un besoin de regrouper tous ces précieux objets, preuves d’une vie passée, vécue autrement. Ibrahim n’attend qu’une seule chose, pouvoir agrandir son musée.

Le Souffleur sous les eaux

La côte de Khaldé a été, autrefois, semble-t-il, un cimetière de bateaux. Non loin de la carcasse du Champollion s’était échoué un second bâtiment de la flotte navale française. Le sous-marin Le Souffleur, de type Requin de 78 mètres, avait été torpillé le 25 juin 1941, pendant la Seconde Guerre mondiale, par un navire anglais, le Parthian. Coupé en deux, le sous-marin avait sombré. Seuls quatre rescapés sur les 55 membres d’équipages étaient arrivés à rejoindre la côte.

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