Mouvement pour le Liban

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Saad Hariri vs Fouad Siniora: Le passé rattrape le Futur

Posted by jeunempl sur juin 21, 2010

L’Hebdo Magazine – Ali Nassar

Au lendemain de l’assassinat du président Rafic Hariri, l’héritier étant resté à l’ombre, Fouad Siniora est appelé à occuper le Grand sérail. Il y passera deux mandats successifs des plus difficiles. Même après avoir rendu le flambeau à cheikh Saad Hariri, représentant de la famille, le Premier ministre sortant n’a jamais douté de la confiance dont il jouissait. Il a connu de pénibles journées au Sérail et a vu se briser les griffes de ses rivaux. Qu’y a-t-il de changé?

Le chef du gouvernement, Saad Hariri, et son directeur de bureau, Nader Hariri, ont eu un aparté après lequel ils se sont dépêchés de quitter discrètement la pièce loin des yeux d’une foule arrivée très tôt à la Maison du Centre. Ce jour-là, devait avoir lieu la première rencontre entre Saad Hariri et le président syrien Bachar el-Assad. Nombreux parmi les présents, députés, politiciens, partisans ou fonctionnaires, avaient souhaité faire partie de la délégation officielle qui se rendait en Syrie. Fouad Siniora, quant à lui, s’attendait à être la première personnalité à accompagner le président Hariri. Etant, depuis les législatives de 2009, le chef du bloc parlementaire du Courant du futur et le favori de la famille, il était normal que la réconciliation rétablisse son image devant la direction syrienne. Siniora n’avait pas été invité à participer aux préparatifs de la visite de Hariri à Damas, le 19 décembre 2009. Le conseiller du roi saoudien, Abdallah Ben Abdel Aziz, avait réussi à aplanir les obstacles devant la rencontre Hariri-Assad. C’est en prenant connaissance des informations sur la visite que Siniora a compris que Saad Hariri avait pris de la distance à son égard et que le jeu politique régional a repris le dessus. C’est Nader Hariri qui sera désormais le confident et le détenteur des secrets de la «Maison» et c’est à lui que seront confiés les dossiers relatifs à Damas.

Le destin du jeune Saad Hariri, après le crime du 14 févier 2005, est bouleversé. Il a toujours été loin du bourbier politique libanais jusqu’au moment où il est appelé par la famille à assumer les responsabilités politiques. Les rumeurs veulent que Hariri, convaincu de prendre les rênes du commandement politique sunnite, après la démission de Omar Karamé, est surpris de voir Fouad Siniora prendre le pas sur nombre d’éminents concurrents et se trouver à la tête du gouvernement. Lorsque le mandataire a pris la place du mandant à la tête du troisième pouvoir, l’image de Siniora, pour nombre de gens, dont Saad Hariri, était liée à ses anciennes fonctions auprès de Rafic Hariri.

Un des cadres du Mouvement nationaliste arabe (MNA) à Saïda dit de lui: «Cet homme est entré dans la vie politique par le biais de Hariri père auprès duquel il travaillait en trésorier, gérant de son patrimoine personnel. Son nationalisme arabe, qu’il revendique, remonte aux années scolaires à l’école des Makassed islamique. A l’instar de la majorité des jeunes des années cinquante, il ne faisait pas de différence entre l’action nationaliste et le goût pour les chants et poésies arabes».

Siniora s’est distingué par son professionnalisme pendant la période où il a détenu le maroquin des finances dans les six gouvernements de Rafic Hariri (1992 2004). Son rôle exécutif n’a jamais été à l’encontre de la vision économique de Hariri, ou comme le qualifie l’ancien ministre Georges Corm, de «Haririyé», copie libanaise du néolibéralisme. C’est pourquoi le ministre Siniora a conservé plusieurs qualités répandues parmi les responsables des finances: le calme, le mutisme et l’isolement. A l’époque où il se trouvait à la tête du gouvernement, Siniora est apparu en tuteur de Hariri fils. Un cadre nationaliste arabe rapporte que Siniora était pressé de mettre son portrait à côté de celui du président martyr, après l’avoir longtemps eu en dessous.

Fouad, retourne là où tu étais

La légende à Saïda veut que la relation du président Rafic Hariri avec Fouad Siniora soit celle de «l’authenticité et de la fidélité». Il est certain que cette relation amicale s’est renforcée en partie à cause de la compétence de Siniora, de sa capacité à gérer les intérêts de Hariri et la confiance que ce dernier a mis en lui dans l’administration de ses affaires privées et publiques.

Rafic Hariri avait réussi à harmoniser, par son ingéniosité, les différentes composantes du Courant du futur, faisant du «Haririsme» politique le miroir de l’entente syro-saoudienne sur le problème libanais. Le bloc du courant de Rafic Hariri, ou ce qui est connu aujourd’hui sous le label de «Courant du futur», n’intègre pas seulement des proches de la Syrie et de l’Arabie saoudite, mais inclut également, pour des raisons historiques ou pragmatiques, des courants «égyptiens» dont Fouad Siniora, qui occupe une place de choix dans ce qu’on appelle «les élites sunnites», originaires de la capitale, des grandes villes et même de la périphérie. Au sein de ce courant, on retrouve aussi des cadres du Mouvement nationaliste arabe, des Libanais proches du mouvement Fateh palestinien tels que Mohammad Kachli, Radwan es Sayyed ainsi que des intellectuels, des personnalités politiques et autres, qui ont épaulé le président Hariri dans la médiatisation intellectuelle et organisationnelle de son projet politique.

Une éminente personnalité égyptienne révèle que le président Siniora au pic de sa confrontation avec l’opposition libanaise a, lors de l’une de ses visites officielles au Caire, demandé à rencontrer l’homme politique et le journaliste égyptien Mohammad Hassanein Haykal. Ce dernier l’a reçu dans sa résidence proche du Caire. A l’affirmation de Siniora de son appartenance au Mouvement nationaliste arabe, Haykal lui aurait rétorqué: «Vous étiez, il y a peu, dans ce mouvement mais vous l’avez quitté pour une relation avec les Américains. Mon conseil, Fouad, est de revenir là où tu étais».

Après le crime du 14 février et du fait du vide créé par le retrait des troupes syriennes (26 avril 2005), le rôle du «courant égyptien» dans le Courant du Futur s’est amplifié. Une personnalité sunnite modérée souligne que l’insistance de l’équipe Siniora à accuser politiquement la Syrie, les services de renseignement libanais et la Résistance, de cet acte de terrorisme et l’arrestation des quatre officiers ont prouvé la dangerosité de cette implication et ont embarrassé Hariri fils. Cette même personnalité indique que cheikh Saad, malgré sa douleur, n’a pas adopté tout de suite les accusations lancées par cette équipe. Il s’est enthousiasmé pour la visite de Siniora et du mufti à Damas le 31 juillet 2005. Toutefois, les pressions psychologiques et médiatiques intenses auxquelles il a été soumis de la part de l’équipe de Siniora lui ont fait croire aux accusations.

Un homme politique, proche de Damas, considère que Siniora a beaucoup profité de la dégradation des relations syro-saoudiennes pour renforcer sa position politique et personnelle. Il accuse Siniora d’avoir apposé à la troisième présidence un caractère sunnite dur, afin d’obtenir une légitimité communautaire à sa machine politique. Il s’est appuyé pour cela sur des cheikhs qui ont des liens solides avec le gouvernement du Caire, tel le mufti du Mont-Liban, Mohammad Ali Jouzou et d’autres… Ce même politicien affirme que la «siniorite» a constitué une force d’attaque contre la politique «haririenne». C’est ce qui explique que certains, parmi les proches les plus en vue de Hariri, se soient éloignés de lui. On cite dans ce contexte, l’ancien président du bloc parlementaire du Courant du futur, Bahige Tabbara, l’ancien ministre Fadl Chalak et d’autres… et l’éloignement volontaire ou imposé de certains de ses piliers après les événements du 7 mai 2008 dont le directeur de l’organisation Salim Diab et nombre de ses adjoints qui ont servi de boucs émissaires pour couvrir la responsabilité politique de Siniora.

Pour un diplomate arabe, Siniora aurait entretenu des relations privilégiées avec la direction des néo-conservateurs américains. Il se souvient que, lors de la visite de l’ancien Premier ministre aux Etats-Unis, le 18 avril 2006, la secrétaire d’Etat de l’époque, Condoleezza Rice, lui avait réservé un accueil particulier en lui rendant visite au lieu de sa résidence pour un aparté, avant de l’accompagner à la Maison-Blanche où George W. Bush l’avait reçu dans le bureau ovale. Il ajoute que le rôle de Siniora dans la «naissance du Grand Moyen-Orient» était encouragé par Le Caire. Trois infractions sérieuses y ont été faites au Liban: l’internationalisation du crime du 14 février, celle des relations libano-syriennes par le biais du dossier des frontières et la récusation de la légitimité des armes de la Résistance. Ces infractions sont, aujourd’hui encore, des documents importants pour la diplomatie égyptienne. Riyad avait ses calculs personnels avec l’Administration Bush, non seulement sur la question libanaise mais sur des dossiers saoudiens internes.

Les néoconservateurs ont travaillé à affaiblir la ligne réformiste du roi Abdallah placée dans le cadre d’une orientation nationaliste. Ils ont exercé un chantage contre le royaume wah habite, qui refusait la normalisation avec Israël, à travers des pressions financières et médiatiques et en faisant pression sur certaines forces à l’intérieur de la famille royale. Le jeu politique moyen-oriental a pris fin avec le sommet économique arabe qui s’est tenu au Koweït, en 2008, où dans son intervention, le roi Abdallah avait souligné la nécessité d’une réconciliation arabe, l’ouverture sur Damas et l’éradication de la séparation saoudi-égyptienne.

De retour de Damas, après sa première rencontre avec Bachar el-Assad, Saad Hariri n’a pas tari d’éloges sur son hôte. Il a averti ses conseillers et les députés de son bloc de respecter ce climat d’ouverture et de réconciliation. Il a également demandé aux membres de son courant d’effectuer un travail spécial auprès des médias pour expliquer aux assises populaires le changement qui s’opère dans la politique de Hariri et de son courant.

Dans l’entourage de Hariri, certains n’ont pas été convaincus du climat instauré avec Damas. Des informations ont été diffusées sur la forme de la rencontre: les accolades, les initiatives et les sourires. Hariri leur a rapporté que le président Assad lui avait affirmé: «Je n’ai pas tué ton père et si quelqu’un de chez moi l’a fait, je suis disposé à vous le livrer».
Les proches de Siniora auraient été les principales sources de parasitage de la visite de Damas et de ses conséquences dites «dangereuses». L’ancien Premier ministre s’est placé à la gauche de Hariri depuis que ce dernier a pris le pouvoir au lendemain des législatives de 2009. Il s’est empressé de renforcer sa position sunnite après sa sortie du Sérail. Il a obtenu un siège dans l’hémicycle parlementaire et pris le leadership du Courant du futur. Il s’est, enfin, saisi du dossier de la corruption financière de Dar al-Fatwa afin de contrôler la gestion des waqfs.

Les proches de Hariri et de Damas pensent que la «Siniorite» est devenue un handicap de la nouvelle politique «haririenne». Ils précisent qu’au moment où Damas affichait de l’optimisme au lendemain de la première visite de Saad Hariri, considérant qu’on retrouvait ainsi l’engagement du père qui avait toujours agi en ministre des Affaires étrangères au nom de la Syrie à travers le monde, le bataillon des conseillers s’est mobilisé contre l’abolition des lignes de démarcation sur la route Beyrouth-Damas. L’Arabie saoudite s’est rapidement investie contre les rebelles qui refusent la réconciliation et pour renforcer le rôle du jeune Premier ministre. Ces mêmes cercles révèlent que «Riyad a averti les fauteurs de troubles que le Liban est au cœur d’une entente solide entre le royaume et la Syrie. Que cette entente est stable et non tributaire des dossiers concernant les deux capitales: ceux de la Palestine, de l’Irak sans oublier le Yémen».

Toujours de même source, on insiste sur la dégradation des relations égypto-saoudiennes qui pousse le président Hosni Moubarak à encourager ceux qu’on qualifie de rebelles. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmad Aboul Gheit lui-même ne s’est pas contenté de rencontrer le président Saad Hariri à Beyrouth, lors de sa dernière visite, mais il a demandé à voir le président Siniora et le Dr Samir Geagea. Toujours selon les mêmes cercles, l’intervention saoudienne contre Siniora et ses supporters, notamment en interdisant toute mise en cause des clauses de l’agenda politique entre la Maison du Centre et Damas, qu’organise Nader Hariri, a permis le succès de la deuxième visite de Saad Hariri en Syrie qui s’est déroulée dans la sérénité pour les deux parties.
Le président Siniora réalise qu’il a été entraîné dans le piège tendu par Nabih Berry en acceptant de lui répondre sur l’affaire des onze milliards dollars dépensés par le gouvernement sous son mandat. Dans l’entourage du Courant du futur, on reproche à Saad Hariri la timidité de sa défense de son prédécesseur. Le Premier ministre ne s’est pas empressé d’apporter son soutien à Siniora dont les «lieutenants», tels les ancien ministres Jihad Azour, Mohammad Chateh et Ahmad Fatfat, en passant par Houri et certains députés de Hariri proches du courant égyptien, s’en sont chargés. Même la défense officielle, diffusée par l’actuelle ministre des Finances, a revêtu un caractère purement technique, alors que Siniora a besoin d’un oxygène politique.

Certains cercles bancaires beyrouthins vont jusqu’à abonder dans le sens des attaques contre Siniora malgré les tentatives de ce dernier de justifier les dépenses financières occultes qu’évoque le président Berry. Des proches du député du Hezbollah Hassan Fadlallah prétendent que l’opposition connaît l’endroit où ont été déposées les aides financières arabes, notamment saoudiennes, accordées après l’agression de juillet 2006. Ils affirment que l’immunité parlementaire et politique de Siniora n’empêchera pas ses adversaires de lui demander des comptes.

Des sources politiques de haut niveau révèlent que Hariri qui a réalisé le sens de la réconciliation et des relations libano-syriennes et confirmé sa volonté de récupérer le rôle de son père disparu, en visitant Damas avant et après Washington. Ces mêmes sources déclarent que Hariri, qui réalise que les ténors du nouveau jeu régional lui ont réservé une place de choix dans leurs grands projets, a promis aux personnes concernées à Damas, directement ou par le biais d’un nombre d’émissaires, qu’il ne permettra pas de compromettre sa relation avec la Syrie à n’importe quel prix et que ceux qui refusent de se plier à sa décision et d’accepter son action seront obligés de quitter ses rangs. A bon entendeur salut.

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