Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Etienne Pinte, député UMP des Yvelines: «Je suis prêt à rencontrer Hassan Nasrallah»

Posted by jeunempl sur juin 19, 2010

L’Hebdo Magazine – propos recueillis par J. A.R.

Etienne Pinte, député UMP des Yvelines, est le président du groupe d’amitié France-Liban à l’Assemblée nationale. Ami du Liban de longue date, c’est dans l’une des salles de réception de la Résidence des Pins que nous le rencontrons.

Quel est l’objet de votre visite au Liban?
Je participe à un séminaire de formation de hauts fonctionnaires des Assemblées nationales de plusieurs pays arabes dont le Liban; et cette année, nous nous sommes concentrés sur le thème de la démocratie parlementaire. J’en ai profité pour rencontrer mes collègues du groupe d’amitié parlementaire Liban/France.

Comment définiriez-vous vos relations avec les parlementaires libanais? Parlez-vous le même langage?
Nous nous comprenons assez aisément. Nous pouvons parler le même langage, ce qui ne veut pas dire que nous vivons les mêmes réalités. Elles sont même parfois très différentes, d’où l’utilité de perpétuer le dialogue entre nous.

Vous dialoguez avec des parlementaires du Hezbollah?
J’en ai rencontré lors de la visite, l’année dernière, d’une délégation parlementaire libanaise à Paris. Ils parlaient un français impeccable, qu’ils ont appris dans les universités françaises. Au fond, je me dis que la patrie des droits de l’Homme a cette incroyable faculté à recevoir des gens de tous bords et de tous horizons. Le dialogue avec les représentants du Hezbollah est forcément différent, peut-être plus compliqué. Mais, en tant que président du groupe d’amitié parlementaire France-Liban, je ne fais aucun ostracisme vis-à-vis des uns et des autres. Il est vrai que certains de mes collègues français me demandent pourquoi dialoguer avec le Hezbollah ou avec Michel Aoun. Je leur réponds que le Liban est un éventail de sensibilités, de partis et de mouvements et le Liban ne se fera jamais les uns contre les autres.

Considérez-vous donc que le Hezbollah soit un parti fréquentable?
A l’époque où le Hezbollah et le Hamas étaient considérés comme des factions terroristes, les pays occidentaux leur demandaient de rentrer dans le processus démocratique, de participer aux élections. A partir du moment où ils l’ont fait, nous ne pouvons ignorer leur existence politique. Du coup, les deux partis sont dans une position ambigüe. Malgré le fait qu’ils aient élu des représentants, la question du départ se pose toujours. Je suis personnellement partisan du dialogue. Nous ne pouvons pas éternellement rester sourds à ce qui se passe dans le Liban-Sud ou à Gaza.

Le fait que le Hezbollah soit représenté au gouvernement libanais fait-il une différence?
A partir du moment où un gouvernement libanais ne peut être formé sans les principales forces politiques du pays, dans une logique de cohésion nationale, leur présence au Conseil des ministres est somme toute logique. D’ailleurs, si le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, souhaitait me rencontrer, je serais prêt à le faire.

Et ce, malgré sa position vis-à-vis d’Israël?
Ma position, c’est que nous ne dialoguons ou ne négocions pas uniquement avec nos amis. Si nous voulons sortir d’une situation compliquée, il faut dialoguer avec ceux qui ne sont pas de notre avis. Et sa position vis-à-vis d’Israël ne change pas mon opinion. Prenez l’affaire de la flottille de Gaza. Les embargos ont toujours été un échec à travers l’histoire politique de ce monde. Ce qui s’est passé à Gaza était une initiative courageuse et logique d’un certain nombre d’ONG pour contrer le blocus. Les propos de notre ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, m’ont choqué en qualifiant cette affaire d’incident. Ils m’ont choqué car c’est avant tout un acte de piraterie qui a été commis par les Israéliens, dans les eaux internationales, qui s’est soldé par la mort d’hommes. C’était peut-être un crime, mais certainement pas un accident. A cette occasion, j’ai durement interpellé le Premier ministre François Fillon. J’ai proposé que le gouvernement français demande à l’Union européenne de geler momentanément l’application de l’accord d’association entre l’Europe et Israël ainsi que le gel de l’adhésion d’Israël à l’OCDE tant que l’enquête internationale impartiale n’aura pas rendu ses conclusions. D’une manière générale, la position des Israéliens vis-à-vis des Palestiniens est incompréhensible, voire à certains égards, irresponsable et inhumaine.

On a beaucoup parlé ces dernières semaines du transfert d’armes de Syrie vers le Liban-Sud. Quelle est votre position?
La France en particulier, ainsi que d’autres pays, doit agir auprès de ceux qui facilitent le transfert d’armes d’Iran en Syrie jusqu’en Cisjordanie en dialoguant avec Damas et peut-être plus en amont, avec l’Iran, pour stopper la livraison d’armes au Hezbollah afin d’arrêter d’alimenter la poudrière. C’est pour cette raison qu’il faut poursuivre le dialogue avec tous ces pays, et en particulier (et c’est une donnée nouvelle), avec la Turquie.

La montée des tensions dans la région remet-elle en cause l’ouverture de la diplomatie française vis-à-vis de la Syrie?
Ça ne peut pas la remettre en cause. En juillet 2008, dans le cadre du Sommet de l’Union pour la Méditerranée, grâce à l’initiative du président Sarkozy, nous avons réuni autour d’une même table Israël, la Syrie et le Liban. Entre les deux derniers cités, la reprise du dialogue s’est poursuivie jusqu’à l’échange d’ambassadeurs entre Beyrouth et Damas. Les positions stratégiques de la Syrie, de la Turquie et de l’Iran ne doivent pas nous amener à rompre ce processus. A partir du moment où nous avons été des facilitateurs, nous devons aller jusqu’au bout.

Que voulez-vous dire par «aller jusqu’au bout»?
Je n’attends pas beaucoup, même si ça devrait être son rôle, de l’Union européenne. Le rôle des Etats-Unis et de la France semble être primordial dans la région. Il ne faut pas s’arrêter en chemin. La Turquie, qui veut exister dans la région, a un rôle essentiel dans le rééquilibrage des forces. Et ce, même si je regrette l’initiative tripartite entre le Brésil, la Turquie et l’Iran sur la coopération nucléaire. Tout cela, ce sont des péripéties.

Pensez-vous donc que la Syrie continue de s’ingérer dans les affaires libanaises?
Je le pense. Malgré le départ des troupes syriennes et l’échange d’ambassadeurs entre Damas et Beyrouth, l’influence de la Syrie sur le Liban reste importante. Les autorités libanaises donnent l’impression de retrouver l’habitude, que nous avions condamnée, de chercher ses ordres à Damas. Nous avons des difficultés à comprendre les raisons pour lesquelles, depuis quelques mois, les responsables politiques libanais se retournent trop fréquemment vers la Syrie. Il y a une certaine permanence de la dépendance vis-à-vis de la Syrie. Les Etats-Unis et la France ont fourni beaucoup d’efforts pour obtenir l’autonomie du Liban. Il devrait être rassuré du poids de ses deux grands alliés.

Comment évaluez-vous le magistère de Saad Hariri à la tête du gouvernement?
Dans une première phase, j’étais assez confiant. Aujourd’hui, je m’interroge. Je ne reconnais pas le Saad Hariri que nous avons connu il y a quelques mois. On a l’impression d’un certain délitement. Il faut qu’il reprenne les choses en main. Il y a une certaine dérive que nous n’arrivons pas à comprendre. D’autant que, je le répète, il a suffisamment d’alliés pour se sentir indépendant. Je crois aussi qu’il y a un manque de volonté politique, de la part des partis libanais, de conforter Saad Hariri. Ce jugement vaut également pour le président Michel Sleiman.

Ne pensez-vous pas que donner au Liban une telle responsabilité dans la région puisse l’affaiblir?
Non, à condition que les autorités libanaises se sentent confortées et accompagnées par ses soutiens. Je sais bien que les Etats-Unis sont dans une position paradoxale, ambiguë, en raison de son soutien à Israël. Mais la France devrait pouvoir conforter le Liban dans son indépendance. Dans le LibanSud, le Hezbollah est une épine. Les autorités doivent constamment jongler avec toutes ses considérations. L’Armée libanaise n’est pas suffisamment crédible pour assurer la mission de sécurité dans le Sud qu’effectue la Finul. J’ai confiance dans cette armée, à condition que le gouvernement l’utilise à bon escient et la redéploye là où sa présence est nécessaire.

LES PRIORITÉS DE LA COOPÉRATION
Etienne Pinte nous a expliqué qu’il participait à Beyrouth à «un séminaire de formation de hauts fonctionnaires des Assemblées nationales de plusieurs pays arabes dont le Liban; et cette année, nous nous sommes concentrés sur le thème de la démocratie parlementaire.» Le député français a une vision très précise de ce que devrait être la coopération bilatérale: «Je ne voudrais pas que, sous couvert de la coopération, les Libanais pensent régler des problèmes qu’ils doivent régler eux-mêmes. Quand les Libanais ne savent pas comment s’en sortir, ils appellent au secours. Il y a quelquefois confusion des genres. Il ne faut jamais renverser les responsabilités». A bon entendeur…

Chaque fois qu’Elie, un architecte, démarre un projet, il fait le plein « d’Aspirine » ou de « Panadol », noms empruntés au lexique médical pour décrire un des maux dont souffrent le Liban: l’obligation de verser des pots-de-vin aux fonctionnaires pour que les affaires tournent.
« Nous devons verser beaucoup de ‘Panadol’ aux responsables municipaux, à la police, aux inspecteurs en bâtiment et à toute personne impliquée dans un projet pour assurer sa bonne marche », explique Elie, qui n’a souhaité être identifié que par son prénom.  « Sinon le projet risque d’être retardé pendant des mois ou même des années, souligne-t-il. Et la quantité de +Panadol+ dépend de l’importance du projet, de son emplacement et du rang du responsable qui reçoit le pot-de-vin ».

Transparency International, organisation anticorruption basée à Berlin, classe cette année le Liban au 130e rang sur une liste de 180 Etats, du moins corrompu au plus corrompu. Il figure à la 14e place sur une liste de 20 pays du monde arabe.

La corruption est endémique dans ce pays de 4 millions d’habitants, régi par un système confessionnel qui profite aux clans ou partis au pouvoir.

Les pots-de-vin sont versés pour obtenir un permis de construire, un permis de conduire, éviter de payer de grosses factures d’électricité ou des impôts, ou même pour obtenir un divorce, estiment des experts. « La corruption au Liban touche la totalité de la société et existe dans toutes ses formes, notamment le copinage, le clientélisme, l’achat de voix et le détournement de fonds », souligne Transparency International.

« Cela commence au plus haut niveau du gouvernement », explique Gina Chammas Mrad, consultante financière qui a travaillé dans le secteur public. « Si vous êtes issu de la classe moyenne, soit vous devenez corrompu soit votre niveau social recule ».

L’impact de la corruption s’est traduit par une perte de confiance dans le système et l’effondrement de l’Etat de droit, souligne Mme Mrad. La corruption a également contribué à une dette publique colossale de plus de 50 milliards de dollars, une des plus importantes au monde en terme de pourcentage du PIB.

Rami, ingénieur en électricité, explique qu’il ne peut pas conclure un contrat sans distribuer des enveloppes. « Ca va du petit employé de ministère au chef d’un département administratif », souligne-t-il. « Dans chaque estimation de projet, nous devons tenir compte des pots-de-vin ». « Ca fait partie du processus. Sinon les démarches administratives peuvent rester bloquées entre deux étages d’un ministère. C’est comme ça que les affaires se font au Liban », ajoute Rami. Le message est clair quand il reçoit un appel téléphonique d’un responsable l’invitant pour une visite de courtoisie. « Quand on vous demande de passer prendre un café, vous savez que vous devez arriver avec une enveloppe préparée », dit-il en riant.

Mais, pour lutter contre la corruption, le gouvernement a promis des réformes et une agence gouvernementale anticorruption a été mise en place en mai dernier. « Il faut changer les mentalités, pas seulement accuser l’administration », estime auprès de l’AFP la ministre des Finances Raya al-Hassan. Elle propose d’informatiser les formalités pour réduire les possibilités de fraudes.

« Il faut niveler le terrain de jeu, pour qu’il soit clair et que les règles soient les mêmes pour tout le monde », estime Fadi Saab, consultant financier à la tête de la Lebanese Transparency Association, une ONG anticorruption.

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