Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Joumblatt et Hamadé : Quand l’amitié devient embarrasé

Posted by jeunempl sur juin 14, 2010

L’Hebdo Magazine – Ali Nassar

Entre Walid Joumblatt et Marwan Hamadé, rien ne va plus. Le seigneur de Moukhtara en a assez de son intellectuel d’ami. Depuis que la méfiance s’est installée entre les deux hommes, leur relation s’est transformée en fait divers politique à la libanaise. Leurs alliés, comme leurs rivaux, souhaitent les entendre s’expliquer sur les raisons de cet éloignement après avoir été longtemps l’ombre de l’autre. Mais leur silence reste total.

Marwan Hamadé a évité de prendre le train joumblattiste, qui redécouvre les ruelles de Haret Hreik, la route de Damas et tente d’explorer le territoire iranien. Ils sont nombreux à accuser Hamadé d’avoir cherché à exploiter l’opposition druze au retour du seigneur de Moukhtara à l’option syrienne. Il l’aurait caressée dans le sens du poil par des prises de position, des déclarations et des actions, creusant ainsi le fossé qui le sépare de Walid Joumblatt.

Les circonstances de leur rencontre, au début des années 70, ont fondé en partie la nature de leur relation. A en croire des milieux druzes informés, Walid Joumblatt, alors jeune adolescent, se cherchait une protection professionnelle et sociale du fait des tensions, on dit même de la rupture, avec son père Kamal Joumblatt. Pour diverses raisons, dont certaines restent encore obscures, le jeune Walid, né en 1949, est attiré par Marwan Hamadé, de dix ans son aîné. Les débuts dans le journalisme au quotidien an-Nahar de Walid Joumblatt sur l’impulsion de Hamadé, précédèrent de peu son entrée en politique. Son père Kamal est assassiné, et la abaya de la succession familiale et communautaire est alors posée sur les frèles épaules de son fils qui n’avait pas encore atteint la trentaine. Ce nouveau leader ne se contentant pas de l’aide des proches de son père dans le Parti socialiste progressiste (PSP), fait appel à des personnes hors du parti, parmi lesquelles Marwan Hamadé.

Le refus de Hamadé de prendre le train joumblattiste, après le 7 mai 2008, a provoqué de la perplexité à Moukhtara. Hamadé pariait sur le fait que Joumblatt ne pouvait se passer de lui pour certaines relations internationales, notamment avec les Américains et le puissant lobby druze aux Etats-Unis, comme pour ses contacts avec les Européens. D’aucuns affirment que Hamadé avait également compté sur le fait qu’il resterait le médiateur entre Moukhtara et Koraytem pour sauvegarder leur alliance, tout comme le ministre Ghazi Aridi est devenu le lien entre Moukhtara et Damas. Marwan Hamadé n’a pas renoncé à sa présence au cœur du 14 mars, malgré l’annonce par Joumblatt de son retrait du mouvement, tout en y gardant des amis.

Au plus fort de ses efforts pour être reçu à Damas et faire oublier aux dirigeants syriens les accusations qu’il leur lançait dans les attentats commis depuis 2004, Marwan Hamadé, lui, répétait sans relâche, à ses proches et son entourage, le récit de la tentative d’assassinat dont il a été la cible. Il leur racontait, avec beaucoup d’émotions, que la famille Hariri avait fait venir des Etats-Unis un chirurgien spécialisé pour lui reconstituer son crâne. Joumblatt observait et écoutait. Le malaise joumblattiste à l’égard de Marwan Hamadé n’est pas dû uniquement à l’influence de son ancien ami sur des députés de la Rencontre démocratique, mais à sa répercussion sur la situation du leader druze au sein de sa communauté. En s’opposant à la réconciliation avec les chiites au lendemain du 7 mai, Hamadé rejoignait quelques personnalités druzes tel le cheikh Ali Zeineddine, responsable de l’institution caritative «al-Arfan», qui dispense de larges services éducatifs, sanitaires et sociaux au Chouf, et dont l’influence est indéniable dans les milieux spirituels de la communauté. Des voix druzes moins importantes, telles celles du groupe «Daiyat Amar», qui se trouve à Deir Koubel, ont retrouvé Hamadé dans ses positions. Cette association affiche ouvertement son refus de la «réconciliation» avec les chiites et dénonce le retournement de veste de Joumblatt après les affrontements du 7 mai.

Mais le maître de Moukhtara ne s’inquiète pas d’un éventuel poids de Hamadé dans la communauté druze, notamment au Chouf, bien que ce dernier ait obtenu plus de voix que lui aux législatives. Sa déception vient du fait qu’en se distinguant politiquement de lui, Hamadé ravive de vieux souvenirs chez Abou Taymour.

En effet, la famille Hamadé était en conflit avec le palais de Moukhtara depuis l’époque de sitt Nazira Joumblatt. Le leader de la famille était alors Kahtane Hamadé, qui se présentait sur les listes soutenues par le président Camille Chamoun au Chouf contre celles de Kamal Joumblatt. Cette rivalité électorale traditionnelle s’est transformée, au cours de la moitié des années cinquante, en rivalité politique, après l’alliance de Joumblatt père avec le président Jamal Abdel Nasser et sa politique contre l’Occident au Liban et dans les pays arabes. Il faut y ajouter le soutien, par la suite, à la Résistance palestinienne.

Marwan Hamadé, comme l’affirment des sources druzes fiables, avait une position très éloignée de celle de Kamal Joumblatt et n’était pas intégré au Parti socialiste progressiste. Un cheikh druze très connu rapporte que Walid bey a dépêché, ces dernières semaines, plus de six messagers auprès de Marwan Hamadé pour lui demander de stopper son opposition à l’option syrienne, ou du moins de ne plus l’afficher ouvertement. Mais en vain. Cette insistance a provoqué une rupture personnelle avec Hamadé qui ne s’est plus rendu au palais de Moukhtara depuis des mois, alors qu’il visite toutes les semaines Koraytem.

Joumblatt s’est aussi inquiété de l’étroite relation de Hamadé avec les Forces libanaises et la famille Hariri, craignant qu’elle ne porte atteinte à sa position politique et le prive du choix d’un partenaire parmi les chrétiens du Chouf, au moment où il pourrait s’allier au Courant patriotique libre aux prochaines législatives.

Vinrent ensuite les élections municipales pour renforcer ses appréhensions. Après les dissensions provoquées par ce qui s’est passé dans Iqlim el-Kharroub avec Saad Hariri qui a appuyé Marwan Hamadé, sont arrivées aux oreilles de Joumblatt des informations sur l’intervention de Hamadé également dans les élections municipales de Deir el-Kamar en faveur des proches de Samir Geagea et celle d’Akram Chehayyeb dans certains villages de Aley (Kfarmatta).

Après la tentative d’assassinat dont il a été victime au matin du 1er octobre 2004, Marwan Hamadé se promettait, à partir de son lit d’hôpital, de consacrer les jours qui lui restent à vivre à découvrir les auteurs de ce crime. Pour Joumblatt, cette tentative d’assassinat contre Marwan a fait prendre le dessus à la «blessure sur la raison», indique le cheikh druze cité plus haut. Il est possible aussi qu’au moment de cette tentative d’assassinat, «la blessure de chacun des deux hommes soit devenue plus grande que leur raison», chacun d’entre eux ayant eu un moment d’égarement (Lahzat Takhalli). Joumblatt a refusé de participer au gouvernement que formait à l’époque Rafic Hariri. Il a porté un coup à la légitimité de la prorogation du mandat du président Emile Lahoud et accusé les services de sécurité de la présidence de la République du crime du 1er octobre. Le Liban s’apprêtait alors à répondre au premier rapport du secrétaire général de l’Onu sur l’application par le Liban et la Syrie de la résolution 1559. Surmontant son malaise, le seigneur de Moukhtara reste indulgent à l’égard de son ancien camarade Marwan Hamadé et cesse d’afficher des positions politiques en flèche, comme il l’avait fait à travers des articles écrits par intermédiaires interposés.

De source druze, on lie la nécessité pour Joumblatt de considérer les prises de positions de Hamadé «non acceptables imposant une prise de position tranchée, claire et définitive», à son souhait de mettre un terme aux propos de Marwan et de son frère Ali qui l’accusent «d’obédience et de soumission» au Hezbollah et à la Syrie et, par ricochet, d’adresser un message indirect à certaines forces influentes au sein de son parti. Cette même source contredit les informations qui ont filtré concernant la décision de Joumblatt de purger le directoire du PSP, visant certains cadres dont le député Akram Chehayyeb. Le seigneur de Moukhtara, dit-on, a fait assumer à Chehayyeb une certaine responsabilité dans les erreurs commises dans les élections municipales à Aley, et peut-être le visait-il aussi en dénonçant les «mensonges politiques». Mais Chehayyeb reste l’un de ses plus proches lieutenants au point d’ailleurs d’en arriver à mimer ses gestes.

Le même cheikh conseille la relecture de l’éditorial dans lequel Joumblatt officialise sa rupture avec Hamadé. Il y souligne l’existence d’un autre courant druze et d’un autre parti. Joumblatt fait allusion à sa dangerosité, quand il est interrogé sur le fait de savoir s’il fallait s’orienter vers un nouvel accord similaire à celui du 17 mai. Ce courant compte des éléments druzes ayant collaboré par le passé avec l’ennemi israélien et parmi les plus notoires Hicham Nassereddine et des agents responsables de la sécurité du PSP. Joumblatt a promis à la Résistance et à la Syrie de neutraliser ce courant actif au sein du PSP et de la communauté. Le moment est-il opportun? La rupture avec Marwan Hamadé est-elle un premier pas vers la mise à terme de l’influence partisane et communautaire de ces éléments?

Les avis de nombreuses personnalités druzes se rejoignent pour penser qu’en changeant son fusil d’épaule, Joumblatt a dépassé «le moment d’égarement» qu’il a connu et en ce faisant il a, à l’inverse de Hamadé, renforcé sa position politique au sein de la communauté et son leadership familial face aux clans et aux notables druzes de moindre importance. Il se trouve aujourd’hui à l’abri de toute alliance qui se ferait contre lui. Ces mêmes sources prévoient un renforcement de la position de Joumblatt au cours des prochains mois, car sa séparation avec Hamadé pourrait être la clé d’un changement gouvernemental et d’un nouvel équilibre des forces parlementaires.

Une Réponse to “Joumblatt et Hamadé : Quand l’amitié devient embarrasé”

  1. Jhon said

    This article is a complete charade…both Marwan Hamade and Walid Joumblatt are CIA assets, stooges and puppets for decades…they change their tunes according to the wishes of their masters…and act accordingly in a charade/atmospherics…reminiscent of the thousand Arabian nights and lady Chatterley… it’s a game, albeit a dangerous one… Marwan is closer to the MOSSAD though….and Marwan knows that the Syrians/Lebanese « deep state » intelligence system targeted him and almost got him in 2004, so he is unwilling to « forget »….

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