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Ghassan Rahbani: Le rebelle au cœur tendre

Posted by jeunempl sur juin 13, 2010

(Joumana Nahas – L’Hebdo Magazine)

Il vient d’avoir 46 ans, le 13 mai dernier, mais il a gardé l’expression juvénile et rebelle sous laquelle les Libanais et le monde l’ont toujours connu. Simple, sans chichis, ce papa de trois petites filles, complètement gâteau, est amoureux de la musique, de sa famille, de son travail, de la vie. S’il a porté le treillis milicien puis l’uniforme militaire durant les années de Guerre civile, c’est aujourd’hui un homme assagi qui a reçu l’équipe de Magazine dans son studio, dans la région de Naccache. Rencontre sans tabou avec un rockeur pas comme les autres.

«Fils de». C’est là une expression qui collera à tous les Rahbani pour encore des années. Ghassan n’a pas fait exception: il a d’abord été fils d’Elias Rahbani, neveu des grands Mansour et Assi, et de l’incomparable Feyrouz. Un héritage que le musicien avoue avoir vécu, enfant, comme un privilège, un cadeau: «Les gens aiment les Rahbani et, du coup, on m’aimait aussi… C’est un grand cadeau de la vie que de naître avec un nom admiré, respecté, et apprécié bien au-delà des frontières du pays».

Mais attention! Ghassan Rahbani fait remarquer que son patronyme ne veut nullement dire que pour lui plus que pour d’autres, il était évident de réussir dans la musique. Il a dû faire ses preuves, comme n’importe quel artiste, peut-être même plus.

Ancien milicien

Mais avant d’en arriver à l’homme que nous connaissons aujourd’hui, le jeune Ghassan a été un vrai révolté, bien avant l’adolescence. Il se souvient avec nostalgie et humour du temps passé en dehors de la classe, renvoyé par ses profs, pour ses innombrables frasques. Il se souvient même qu’en classe de seconde ou première, il n’avait même plus acheté les livres scientifiques obligatoires! Pas la peine, se disait le jeune homme, qui se sentait comme un «outsider» par rapport à l’enseignement traditionnel qu’on lui prodiguait. Lui, c’était la musique qui l’intéressait, qui le passionnait. Et pourtant, un peu plus jeune, Ghassan, ému par la laideur de l’infrastructure de son pays et par le manque d’urbanisme, redessinait sa ville et ses alentours en réinventant déjà un monde meilleur: «Je voulais devenir architecte! Mais quand j’ai vu que mes notes dans les matières scientifiques ne suivaient pas mon ambition, je me suis dit que mes immeubles risquaient de s’effondrer!».

Réaliste donc, et surtout encouragé par des parents que l’artiste qualifie aujourd’hui de «cools», le jeune homme se lance, dès après la philo, dans des études approfondies de musique. Il continue d’ailleurs jusqu’aujourd’hui, avec son professeur Hagop Arslanian, à s’approfondir en matière de sons. Des études dont il dit qu’elles ne prennent jamais fin, tant le monde de la musique ouvre des portes insoupçonnées. «C’est ce qu’il y a de plus beau. Je passe encore aujourd’hui des heures avec mon prof à analyser des morceaux, des symphonies, des concertos… Il faut arriver à ressentir la musique avec tous ses sens; il faut en voir les couleurs, en toucher la substance, en percevoir le goût et même parvenir à la palper».

Qui aurait dit que cet homme si sensible, si profondément touché par la douceur que la musique peut apporter, ait pu se laisser entraîner avec la même passion pour le treillis milicien? Pour Ghassan Rahbani, il n’y a là aucune contradiction. Vers 11 ou 12 ans, quand la guerre éclate, il prend tout naturellement l’uniforme des phalangistes et rêve de libérer son pays. Il n’était pas rare que le jeune garçon, lui-même veillé par son père, passe des nuits entières à veiller sur la sécurité de son quartier. C’est Elias Rahbani qui tenait pour son fils le fusil, auquel le jeune Ghassan vouait alors de l’admiration. Aujourd’hui, ce père de trois enfants se souvient de cette période de sa vie en parlant de «naïveté»: «tout se décide dehors, alors à quoi bon?».

Vitamine, Mamnouh…

En parallèle avec les sombres années de guerre, à la maison on baignait dans du Chopin, du Mozart ou encore du Bach… C’est vers 14-15 ans que le jeune Ghassan, dont les goûts musicaux se précisaient, découvre le hard rock, genre qu’il défend aujourd’hui avec ardeur. Il raconte qu’il est un jour tombé sur Deep Purple, le légendaire groupe de rock, alors qu’il était chez un disquaire. Le monde de Whitesnake, Iron Maiden ou encore Led Zeppelin lui ouvre ses portes, et c’est alors presque une révélation. Avec la guerre qui continuait à faire rage, seule la puissance vocale des dieux du heavy metal pouvait avoir un quelconque poids. Engagé depuis toujours dans sa musique et ses paroles, Ghassan comprend très jeune que toutes les musiques et toutes les langues du monde peuvent servir de support à ses textes aux messages forts.

S’il commence, tout naturellement, à chanter et composer en anglais, il se met à l’arabe aussi, juste après la fin de la Guerre civile, pour pouvoir toucher le plus de monde possible. Vitamine, Mamnouh… Le «vrai» Ghassan fait son apparition; il invente un genre que les Libanais, jeunes et moins jeunes, vont plébisciter d’une seule voix. C’est du hard rock à la libanaise, avec des textes forts, où le jeune homme osait dire tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas. A-t-il eu peur? A-t-il jamais été menacé? Jamais, ni l’un ni l’autre. «Je n’avais à l’époque ni femme ni enfants, j’étais rebelle. Je me disais que si je devais vivre au Liban, c’était sans compromis».

Referait-il la même chose aujourd’hui? Probablement, même si l’homme a changé, mûri. Aujourd’hui, toutes ses décisions sont mues, avant tout, par le devoir familial: le bien-être de Christy et Cindy, ses jumelles de trois ans, ainsi que de l’adorable petite Mia, tout juste un an, prime sur tout le reste. Comme beaucoup de pères, et peut-être beaucoup plus que certains, Ghassan Rahbani est très engagé dans son devoir de paternité. Il avoue être sans défense devant ses petites fées, fruits de son amour avec Dalida, l’artiste des 4 Cats, le groupe qu’il a fondé en 1998. L’heure du bain des petites, ainsi que l’heure de sortie des classes, sont sacrées pour ce papa qui essaie de passer beaucoup de temps avec ses enfants, et qui ne dit pas non à l’éventualité d’un quatrième bébé, garçon ou fille! On s’attarde un peu devant les photos des petites, on discute éducation et anniversaires d’enfants, et Ghassan Rahbani en loupe presque un rendez-vous très important, avec le grand Melhem Barakat: une grosse production musicale, signée des deux grands, pourra être admirée cet été à Baalbeck. Silence, on répète…

Ce qu’il en pense

Le niveau de certains artistes libanais
«On appelle cela de l’art! C’est malheureux, et cela nuit à tous les vrais artistes, tous ceux qui s’y connaissent un minimum en matière de musique. Il faut que les gens essaient de lire entre les lignes et se méfient de ce qu’ils voient. Ce n’est pas parce que certaines chaînes de télévision que je ne vais pas nommer passent en boucle des chansons indigestes qu’il faut y voir un reflet de ce que les Libanais ou les Arabes aiment. C’est ce que certains producteurs aiment! Il faut lutter contre ces pseudo-artistes qui ternissent le nom de l’art Libanais. Il faut continuer à proposer du bon travail, et c’est à mon avis ce que recherchent les gens».

La musique rock
«Elle est d’un grand romantisme malgré son aspect fort et violent. Ce n’est pas parce que le tempo est fort qu’il faut pour autant s’imaginer que c’est juste une cacophonie! Les plus grands romantiques sont des rockeurs…».

La rébellion
«Je ne suis pas si rebelle que cela vous savez… C’est mon appartenance au Liban qui a fait de moi un rebelle. Si j’étais né ailleurs, je n’aurais pas été révolté. C’est simplement que je réclame le changement vers le meilleur. Je ne peux pas rester apathique. Je me dois d’exiger plus d’ordre et par conséquent plus de démocratie dans mon pays».

Plus jamais de course à la députation!

Si la campagne électorale qui a précédé le 7 juin 2009 était, pour l’artiste, faite de grands moments, Ghassan Rahbani estime que son expérience en politique s’arrête là. Il n’essaiera plus de briguer une place de député, pour de multiples raisons. D’abord, il ne veut pas ternir son nom, respecté de tous, dans les méandres de la politique libanaise, pas toujours propre. Ensuite, en tant que père de famille, il ne veut prendre aucun risque, même minime. Enfin, cet amoureux de la liberté s’est senti asphyxié les derniers jours de la campagne par les gardes et le dispositif sécuritaire qui l’entourait. Lunettes noires et veste sombre, très peu pour notre rockeur! Qui compte tout de même continuer sa lutte pour l’environnement de son pays, sujet qui lui est cher, même s’il n’est pas installé sur le siège qu’il a un jour brigué. 

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