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Le Dôme, ou le City center: La mémoire nationale dans une coquille

Posted by jeunempl sur juin 11, 2010

(L’Hebdo Magazine – Delphine Darmency)

Qui, à Beyrouth, ne connaît pas le City center? Peut-être que le nom n’évoque rien, mais l’image de ce Dôme, cet œuf emblématique, ce coquillage, est encrée dans les mémoires de toutes les générations. Il fait partie intégrante de la Place des Martyrs. Celui qui n’a jamais laissé indifférent reste, malgré tout, mystérieux pour la plupart des Beyrouthins.

Le 13 mai dernier, à la clôture de la double exposition Missing d’Umam et In a sea of oblivion de Feel Collective, le public est assis dans l’ancien cinéma du Dôme. «C’est un lieu de rencontre essentiel, je dis ça pour que ceux qui veulent détruire l’espace l’entendent bien», déclare Lokman Slim, fondateur et directeur d’Umam. Dans le Dôme, la pénombre règne. Les gens sont venus s’assoir dans l’obscurité sans savoir sur quoi, ni à côté de qui. Peut-être aux côtés de Nadine Labaki, cinéaste, ou de Lamia Jreige, fondatrice du Beirut Art Center. A y regarder de plus près, il ne reste plus que des gradins, qui devaient accueillir environ 900 places. A droite de la scène, où se déroulent une performance de danse puis un concert, la projection de l’exposition « Dans un océan d’oubli » est inébranlable. Elle continue de montrer le Dôme installé dans la mer. La représentation est finie.

Alfred Tarazi, l’un des responsables de Feel Collective s’interroge: «Pourquoi n’y a-t-il toujours pas de mémorial dédié aux victimes de la Guerre civile. Le Dôme du City center pourrait devenir un mémorial permanent, il faudrait le déplacer vers un autre endroit de la capitale». Le City center est construit en 1965 selon la demande des messieurs Samadi et Saleh. Il est inauguré trois ans plus tard. Sur les plans initiaux de l’architecte Joseph Philippe Karam, il existait trois blocs. Le premier comprenait cinq étages en sous-sol, destinés à servir de garage pour un millier de voitures et de gare routière qui aurait assuré les lignes de taxi-services pour la capitale et toutes les régions du pays. Le deuxième était constitué de trois étages comprenant 144 magasins, un supermarché d’une superficie de 1000 m², un cinéma et un bar-restaurant. Le troisième bloc aurait dû être constitué de trois bâtiments de 8, 12 et 21 étages, groupant 800 bureaux. Seule la tour de 12 étages a finalement été construite. L’ambition du duo Saleh et Samadi était de créer le plus grand centre commercial du Moyen-Orient, aux côtés des souks populaires du centre-ville. Georges Arbid, l’un des grands spécialistes libanais en architecture moderne de la ville se souvient: «Sous la salle de cinéma, il y avait la pâtisserie Samadi, renommée pour ses douceurs arabes. Leur knéfé était mémorable. Ils ouvraient tard la nuit. Mes parents nous réveillaient au retour d’une longue soirée avec le knéfé chaud de chez Samadi».

Détritus et puanteurs

Aujourd’hui, l’entrée des expositions se situe à rue Béchara el-Khoury. A la perpendiculaire, rue Mère Gellas, néanmoins, l’ancien parking n’a pas baissé sa devanture de fer. Rapidement, l’odeur de sanitaires publics se dégage. Les allées du parking sont parsemées de détritus. Sur le palier du premier sous-sol, une flèche indique la direction du City Super Market. En continuant, la lumière du jour n’aide plus à faire ressortir la visibilité des lieux. Pas à pas, la pénombre devient reine, l’odeur se transforme en un savant mélange d’humidité et d’amiante. Les seuls bruits sont ceux de gouttes d’eau. La descente est d’ailleurs retardée par de grandes flaques, parfois profondes. Quant au dernier sous-sol, il est inaccessible, toujours inondé par 50 centimètres d’eau. Certains racontent qu’une grande partie des sous-sols étaient sous l’eau après la Guerre civile. On y aurait trouvé toute une collection de nouvelles voitures. Retour dans la coquille, qui, semble-t-il, fut blanche lors de sa création. Avec un peu de lumière, on distingue cette fois-ci que la couleur du parterre défraîchi est bleue. Les trous à l’intérieur du cinéma ne sont pas à mettre sur le compte de la guerre mais ont servi à tester la résistance des fondations.

Solidere, devenue propriétaire dans les années 90, aurait décidé de faire du Dôme un espace culturel temporaire pour une dizaine d’années, en attendant que la Place des Martyrs se développe. En 2004, une proposition de rénovation du Dôme avait été proposée par l’architecte Bernard Khoury, les événements de 2005 ont mis fin au projet. Quelques mois plus tard, Solidere vendait la parcelle à Abou Dhabi Investment House (ADIH) pour son projet Beirut Gate, en exprimant le souhait que le Dôme soit gardé sans pour autant le concrétiser par écrit. «Je suis tombée sur un article de 2006 qui disait que l’œuf allait être démoli. J’étais sous le choc, bouleversée. Mon premier réflexe a été d’ouvrir un groupe sur Facebook appelé Save The Egg», répond l’activiste Dania Bdeir à la journaliste Nada Akl d’Iloubnan en novembre 2009. La guerre de 2006 aurait joué en faveur du City center. Actuellement, la propriété a de nouveau changé de mains. Le site appartient au Olayan Group. Il faut noter que Solidere continue à s’occuper de la programmation culturelle du lieu et prend à sa charge l’électricité.

Sensibilisation

L’œuf montre toujours le bout de sa coquille mais jusqu’à quand? La Ligue des activistes indépendants (Indy Act) a soutenu l’action de Dania Bdeir en organisant des activités culturelles et sensibilisant des personnes stratégiques. Leur prochaine action est d’écrire un rapport sur l’histoire de l’architecture du Liban expliquant comment les Libanais perdent doucement cette histoire. «L’âge d’or au Liban date des années 60. Les artistes commençaient à développer d’intéressantes structures, qui, maintenant, sont aussi importantes qu’un site archéologique ou une peinture majeure. Ces structures sont les Michael Angelo du Liban. Il ne faut pas que Beyrouth se «dubaïfie»», déclare Waël Hmaidan, directeur d’Indy Act.

Georges Arbid explique que «l’innovation provient surtout de la forme de la salle. La loi interdisait la construction d’immeubles au-dessus des salles de cinéma. Celles-ci se trouvaient en sous-sol avec une cour à ciel ouvert par dessus. Ici, l’architecte a eu l’idée géniale de surélever la salle, gagnant les surfaces en dessous pour la pâtisserie et d’autres boutiques. Cette décision eu comme résultat la nécessité de donner une forme distinguée à cette salle qui devenait tout à fait exposée, d’où la forme en coquille si reconnaissable et insolite dans le paysage urbain de Beyrouth. Pour ma part, je considère que le bâtiment doit être conservé à tout prix».

Le rêve fou du Feel Collective: déplacer le Dôme à 300 mètres des côtes beyrouthines au niveau de Ramlet el-Baida et en faire un monument de la Mémoire nationale, tout en l’intégrant dans un concept de développement durable. «Nous en sommes au stade de l’étude de faisabilité. Des expositions se dérouleront à l’intérieur et la mer servira à générer de l’électricité», explique Maxime Hourani, architecte du groupe. Face à ce projet ambitieux, il pourrait y avoir une parade, «la démolition du City center va coûter cher pour les propriétaires, le déplacer pourrait coûter moins cher, autant essayer de partager les dépenses et puis ce serait toujours bon pour leur image», ajoute-t-il. Quant à l’idée d’installer le Dôme dans la mer, Maxime Hourani conclut que «la mer est symbole de paix, elle est témoin du temps, et puis, elle appartient à tout le monde».

Les chefs d’oeuvre disparaissent

Né en 1923, Joseph Philippe Karam est l’un des architectes phare des constructions modernistes des années 50 et 60. Mise à part la réalisation du City center, on lui doit la seconde phase de l’Hôtel Phoenicia et notamment sur le front de mer à Raouché, l’immeuble Shams avec sa façade colorée et la Gondole détruit en 2004. Beaucoup de ses réalisations sont tombées durant la Guerre civile, et le reste disparaît au profit des nouvelles tours.

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