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Ehden, Bsarma, Dahr al-Aïn : La loi du sang entre les chrétiens

Posted by jeunempl sur juin 5, 2010

L’Hebdo Magazine – Julien Abi Ramia

Le mobile et la scène du crime sont quasiment les mêmes, seuls les noms changent. Le meurtre de Dahr al-Aïn est le dernier d’une longue liste de faits divers tragiques qui secouent la communauté chrétienne maronite du Nord depuis des décennies. En cause, les rivalités claniques, l’héritage milicien et sa conjugaison au présent sous sa forme politique.

Dans le Nord, subsiste sans doute la dernière zone chrétienne du Liban où –la guerre civile – celle qui a opposé les factions libanaises entre elles continue de faire des victimes, des dizaines d’années plus tard. La structure politique féodale si particulière de la région lui a survécu. Deux générations plus tard, les dynasties Frangié, Moawad, Doueihy et Karam tiennent encore le haut du pavé. Les anciennes milices devenues partis sont toujours des acteurs politiques incontournables. L’héritage de ces années, y compris le moins reluisant, s’est perpétué. Non pas que le temps se soit arrêté, mais les rancœurs ancestrales se sont aigries. Et quelques fois, la ligne rouge est franchie. La mécanique est souvent la même. Un petit village où tout le monde se connaît, où les rivalités – familiales, politiques ou les deux, c’est selon – y sont très puissantes. De là à croire que ces sombres histoires se règlent par les armes, il n’y a qu’un pas. Vendetta à caractère politique, affrontement partisan à caractère familial, c’est une question de curseur. Dernier épisode en date, l’affaire de Dahr al-Aïn qui a fait ressurgir des mots et une haine mémorielle, pensai-t-on, enterrée.

Le petit village est situé dans le caza du Koura, à cinq kilomètres à l’ouest de Zghorta et vingt du nord de Bécharré. Depuis les élections municipales de 2004, les familles Saleh et Bersaoui se tirent la bourre. Le 26 mai dernier, à l’orée du scrutin, les deux fils de Hanna Bersaoui, responsable des Forces libanaises de la localité, attaquaient les trois frères Saleh, Tony, Nayef et Jacques. A la suite de cette attaque, ce dernier a dû être hospitalisé. Les assaillants ont été maîtrisés et enfermés. Mais, afin de ne pas exacerber les tensions dans le village, qui auraient très bien pu contaminer la région toute entière, les notables du village ont convaincu la famille Saleh de retirer leur plainte contre les fils Bersaoui et leur permettre de sortir de prison le jour même. Ces quelques heures passées à l’ombre n’ont pas refroidi les ardeurs de ces deux jeunes. Les provocations ont continué. Malgré les conseils de Nayef, Tony s’est alors mis en tête de demander à leur père Hanna de calmer ses enfants. Voulant le dissuader, Nayef l’a suivi. La suite malheureuse, on la connaît. Lorsque les enfants Saleh sont entrés dans sa boucherie, Bersaoui père, vraisemblablement sous pression, a ouvert le feu avec sa kalachnikov. Tony meurt sur le coup, Nayef un peu plus tard.

La bataille médiatique est enclenchée. Les Marada et les Forces libanaises, malheureusement rompus à ce genre d’exercice, se répondent à coup de communiqués, les uns le qualifiant de meurtre politique, les autres d’incident familial. Sauf qu’entretemps, Hanna Bersaoui prend la fuite. Il se rendra aux autorités dans la soirée de samedi, soit deux jours après son crime, apparemment sous l’injonction des Forces libanaises qui l’ont appelé publiquement à se livrer.
Quelques heures plus tôt, le leader des Marada, Sleiman Frangié, organisait une conférence de presse dans sa résidence de Bnaichay. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’y est pas allé de main morte. Cible nominative mais sous-entendue, le «criminel» Samir Geagea. «Je me demande pourquoi il n’y a pas eu d’incidents sur la scène chrétienne pendant toute la période de détention de certaines personnes? Pourquoi, depuis que cet homme est sorti de prison, tous les incidents qui se sont produits sur la scène chrétienne impliquent des partisans des Forces libanaises?».
Accusant au passage les alliés des FL, notamment le Premier ministre Saad Hariri «d’appuyer un criminel», Frangié a prévenu: «Ce n’est pas à moi d’assumer le rôle des services de sécurité. Je ne descendrai plus dans la rue pour empêcher mes partisans d’agir. Je n’exercerai plus de pressions sur nos hommes et je présente mes excuses à chaque individu que j’ai appelé à faire montre de retenue. Que l’Etat assume ses responsabilités à l’échelle nationale. Plus personne n’est responsable de personne».

Réponse cinglante du berger à la bergère signée du député FL de Bécharré, Elie Keyrouz: «Les FL coexistent parfaitement avec toutes les factions politiques mais n’ont eu de conflits sanglants qu’avec les Marada, pour des raisons historiques liées à leur mentalité militaire, féodalo-politique, à leur despotisme et à leur tendance à attaquer les gens, à essayer de supprimer les autres et à refuser le dialogue. Les provocations et les menaces du député Frangié sont en parfaite concordance avec son passé politique fondé sur le sang, la rancune et le harcèlement de ses rivaux».

Le mot de la fin sortira de la bouche d’un Sleiman Frangié catégorique, assurant qu’une réconciliation avec le chef des FL est hors de question. «Le sang ne fait qu’augmenter entre nous». Au cours de ces dernières années, les faits divers du même type avec les mêmes acteurs mais dans des rôles différents, ont fait les gros titres de la région. Au milieu du mois de septembre 2008, à Bsarma, deux morts et trois blessés, des deux côtés. Ghassan Ghazi, un responsable local du Parti syrien national social (PSNS), avait été arrêté, suspecté d’être responsable de l’altercation meurtrière. Pour information, Bsarma se situe à 7 km de Dahr al-Aïn.

La députée Sethrida Geagea est revenue jusqu’en 2005 pour évoquer le cas de l’un des partisans du chef des Marada, Abou Wajih Frangié, qui avait abattu deux jeunes membres des FL de Bazaoun et s’était réfugié en moins de 24 heures à Damas. Le triangle Amioun (bastion historique du PSNS)-Tripoli-Bécharré est souvent l’objet de débordements sécuritaires.

Une Histoire à écrire

Revenons un instant sur l’affaire de Bsarma. La victime, Youssef Frangié, appartenant au courant Marada, était non seulement le représentant du parti dans ce village, mais surtout un membre actif de la guerre civile notamment lors du tristement célèbre épisode d’Ehden.

Voici la source principale de toutes les tensions qui couvent dans la région. La lutte, souvent meurtrière entre les Frangié, dirigeant les brigades Marada, et la branche milicienne des Phalangistes, hante toujours les esprits. Il n’est pas question de donner quitus à l’un ou l’autre camp. Il est question d’observer la prégnance toujours vivace d’un 13 juin 1978 que la doxa populaire comme l’événement fondateur des divisions interchrétiennes à l’échelle nationale et régionale. La bataille de Joud el-Bayeh et les tueries entre les deux camps à Chekka et les villages alentour font aussi partie de la triste saga de la région.

Pourtant, on pourrait tout aussi bien sourcer le début des tensions à l’église Notre-Dame de Miziara, le 16 juin 1957. L’histoire retiendra que c’est au moment du massacre perpétré dans cette église – dix-huit morts – que politiquement, le président Sleiman Frangié (grand-père du leader des Marada) prendra la «succession» de son frère Hamid (père de Samir Frangié) à la tête de la représentation zghortiote…

50 ans plus tard, peu de choses ont changé. Les structures politiques sont pratiquement les mêmes. Pourtant, les Marada, dans le courant de l’année dernière, ont entamé un processus de rapprochement avec les Kataëb. Les Forces libanaises restent la seule et unique exception.

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