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Liban : coup d’Etat permanent

Posted by jeunempl sur mai 31, 2010

Le Monde – Wassim Henoud

« Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne ! » (Jean-Pierre Chevènement, ministre socialiste).

Il semble que cette règle de la Ve République française qu’avait crûment énoncée Jean-Pierre Chevènement, ministre sous François Mitterrand, en démissionnant avec fracas le 22 mars 1983 pour protester contre « la parenthèse libérale », soit la seule qui ait été bien apprise et assimilée par le Parti du courant du futur ; ce parti qui a tout fait pour accaparer durant les mandats de M. Chirac, l’amour de la France pour le Liban.

François Mitterrand avait déjà dénoncé dans son livre-pamphlet Le Coup d’Etat permanent, aujourd’hui devenu introuvable, l’arrogance et la concentration du pouvoir entre les mains du général de Gaulle. Il n’avait pas hésité cependant, après avoir pris le pouvoir en 1981, à user gaillardement de ces mêmes prérogatives qu’il avait jadis dénoncées, pour incruster ses réseaux dans tous les rouages de l’Etat. Il est également celui qui a le plus usé de l’article 49-3 de la constitution qui permet de faire passer des textes de lois en engageant la responsabilité politique du gouvernement mais en les soustrayant à un débat parlementaire.

ARROGANCE

Une terrible guerre a été menée depuis 1969 contre la République du Liban et toutes ses institutions pour briser le « maronitisme politique ». Il fallait faire sauter, nous avait-t-on martelé à grand renfort de fausses idées nationalistes et révolutionnaires, d’argent, de mercenaires, et de déluges de fer et de feu, le seul verrou qui empêchât la justice sociale et le développement démocratique au Liban. Une guerre qui ne s’est achevée qu’après avoir donné la République en pâture, sous Taëf [accords de 1989 qui avaient mis fin à la guerre civile], à ceux qui avaient tout fait pour la détruire. Par la suite, des naïfs, éblouis par le gaspillage tapageur de nos réserves financières, ont cru qu’une nouvelle ère de prospérité, de démocratie et de liberté s’annonçait pour les Libanais. Or on voit qu’aujourd’hui, le coup d’Etat permanent, si tant est qu’il ait jamais existé avant Taëf, a simplement changé de masque. Le résultat n’est pas brillant, et pour ceux qui le pratiquent, il n’y a pas vraiment de quoi être fier.

En effet, grisés par leur succès à avoir réduit la vie politique à un bazar où tout s’achète et se vend, ils ont perdu la tolérance envers l’avis désintéressé et libre de l’autre ; ils ne sont plus habitués à être contredits. Sous des dehors mielleux, l’arrogance est dure. On a même entendu récemment, pour égayer probablement la pâle journée électorale à Beyrouth, le chef de la majorité proclamer, comble du mépris de la démocratie, que les élections, ça fait du bruit pendant une semaine ou deux, et après tout revient là où il était. C’est dire le peu d’égards pour l’opinion du peuple, de ceux qui prétendent le représenter et gouverner en son nom.

Après les élections municipales de Beyrouth, M. Ziad Baroud, le ministre de l’intérieur, n’écoutant que sa conscience, et fidèle à son honnêteté intellectuelle, a attribué la faible participation aux élections au fait que la loi proportionnelle n’ait pas encore été appliquée. C’est-à-dire aux atermoiements qui ont empêché le passage au Parlement de la réforme de la loi électorale pourtant approuvée par un gouvernement d’Union nationale. En ce faisant, et jugeant de la violence des propos tenus à son égard, par le député Ammar Houry, il a dû avoir mis un sérieux coup de pied dans la fourmilière si patiemment construite depuis Taëf par le parti de M. Hariri. Ce parti qui a apprivoisé toute une classe politique, a cru assez longtemps qu’il n’y avait que le général Michel Aoun pour résister contre sa mainmise sur les affaires de l’Etat. Il découvre aujourd’hui qu’il y a une nouvelle souche politique et pas des moindres, qui est contrariée par ses méthodes et qui marque brutalement, à travers la déclaration du ministre Baroud, son impatience, voire sa désapprobation, envers ses méthodes.

BAFOUER LES RÈGLES DE L’ÉQUITÉ ET DE LA JUSTICE DE L’ETAT

La feuille de route économique proposée par M. Charbel Nahhas, ministre des télécoms, en ramenant l’exercice budgétaire à ses bases naturelles et saines de politique de développement social, a jeté un énorme pavé dans la mare d’une politique de gouvernements qui se sont succédé depuis Taëf. Une politique volontaire d’appauvrissement, d’asservissement, et d’incitation à l’émigration pour mieux mettre la main sur le dernier pays libre dans un océan de liberté de pacotille. Car voyez-vous, un lieu de villégiature est tellement meilleur quand les indigènes sont habitués à quémander un pourboire et à vivre la tête baissée et la fierté en berne !

Ce coup d’état permanent du gouvernement fait qu’un ministre qui émet une opinion libre est un ministre politiquement à abattre. On l’a vu avec Georges Frem, Georges Corm, puis Gebran Bassil, suivi de Ziad Baroud, et maintenant Charbel Nahhas, pour ne mentionner que ceux-là, car il y en a eu et il y en aura encore d’autres. En revanche, ce gouvernement ne voit aucun mal, sous les excuses les plus diverses, à occulter les comptes de l’Etat ou de la municipalité de Beyrouth, depuis qu’il a mis la main sur le pouvoir au début des années 1990. Esquiver l’exercice du budget depuis 2004, bafouer les règles de l’équité et de la justice de l’Etat avec des exonérations fiscales iniques, et des taxes qui ne le sont pas moins, ou détruire les fondements de la justice sociale en minant les institutions d’assurance maladie, de maternité et de sécurité sociale, ne l’émeuvent pas outre mesure, car ce sont les fondements même de son action politique. Claquer 750 millions de dollars pour créer un bloc parlementaire qui protège cette mise à pied des institutions de l’Etat, devient finalement très bon marché ; même pas le prix d’un carré d’immeubles à Beyrouth.

Or nous ne sommes pas sous un régime présidentiel comme en France. Et aucune autorité populaire ne peut couvrir indéfiniment la longue liste des exactions commises au profit de quelques-uns et au détriment du bien collectif. La feuille de vigne de la démocratie et de la souveraineté, ingénument utilisée pour habiller le leadership du gouvernement en défenseur des libertés des temps modernes, est tombée. Il faudra maintenant procéder au plus vite et toutes affaires cessantes, à la réforme et au changement de ce monstre constitutionnel qu’est Taëf, ainsi qu’à la mise en place de lois électorales, législatives et municipales qui permettent une meilleure représentation des Libanais et une gouvernance plus transparente. Sans cela, toute autre réforme économique ou politique est douteuse et vouée à l’échec, car portant en son sein la graine de la discorde ; un fléau dont le Liban a assez souffert, et dont il est fort à parier qu’il ne s’en remettra pas s’il venait à y germer encore une fois.

Wassim Henoud est journaliste.

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